La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) a été publiée le 13 février dernier, au grand soulagement de la filière énergétique française. Pour rappel, la PPE est la feuille de route opérationnelle de la France en matière d’énergie. Elle définit les objectifs de décarbonation et de souveraineté énergétique française, apportant une vision aux acteurs du secteur sécurisant leurs projets d’investissement. Cette troisième édition, dévoilée avec trois ans de retard, fixe les objectifs pour la période 2025-2035.
Cette PPE 3 prévoit de passer de 40 à 60% d’énergie décarbonée en 2030. Pour cela, elle met en avant l’électrification des usages. Le texte met principalement en avant la relance du nucléaire, avec la construction de six EPR2, et la relance des investissements dans l’hydroélectricité. Pour les acteurs du secteur, le point épineux réside dans le faible objectif de production photovoltaïque, qui risque de freiner la filière solaire.
De même, dans l’éolien, l’État priorise le changement de turbine à l’essor du parc. Dernier point de discorde, l’accent mis sur le nucléaire, pertinent dans le mix énergétique, mais aucun des six EPR n’entrera en fonction avant 2042, quand le texte est prévu pour la période 2025-2035. « C’est dommageable, on perd du temps sur nos objectifs, comme celui de la Commission européenne qui avait fixé à 44% la part des EnR à avoir. On en était à 31,3% en 2024 », regrette Béatrice Delpech, directrice générale adjointe du fournisseur Enercoop et membre de l’Alliance pour l’énergie locale.
Des obstacles financiers et techniques
Pour les collectivités, quels sont les impacts de cette PPE 3 ? Le premier d’entre eux concerne le dynamisme des projets. La publication du texte va permettre de relancer les appels d’offres, qui sont « complètement à l’arrêt depuis l’été dernier », avait déploré Vincent Jacques Le Seigneur, président d'Observ'ER, lors de la présentation, fin janvier, du baromètre 2025 des énergies renouvelables électriques. « D’ailleurs, vient d’être relancé l’appel d’offres pour le photovoltaïque supérieur à 500 kW », précise Lionel Guy, chef de département adjoint pour l’énergie, chargé du pilotage technique dédié à la transition énergétique à la FNCCR.
Les ambitions fixées posent néanmoins la question des moyens, quel que soit le secteur. « Comment rendre les objectifs de production concrétisables ? », résume Béatrice Delpech. Par exemple, dans la chaleur, qui doit doubler d’ici à 2030 ses résultats par rapport aux chiffres de 2023, « la PPE 3 est positive pour la création de réseaux de chaleur, mais les collectivités doivent faire face aux restrictions budgétaires. Le Fonds Chaleur opère désormais une priorisation des projets, tous ne seront pas soutenus financièrement et cela risque de mener à un décrochage », analyse Apolline Faure, responsable du Pôle Énergie et Réseaux à l’association Amorce. Les collectivités vont donc devoir trouver de nouveaux mécanismes de financements.
Autre dichotomie que doivent gérer les collectivités : l’ingénierie. « La PPE 3 incite les collectivités à s’engager dans la transition énergétique sans que cela soit en accord avec les capacités territoriales de raccordement », souligne Lionel Guy, à la FNCCR. Un avis partagé par Apolline Faure : « Plusieurs de nos adhérents nous ont fait remonter qu’il n’y a plus de capacité d’injection. Par exemple, le département de l’Indre a des objectifs éoliens dans son schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires (SRADDET), mais plus aucun raccordement ne sera possible dans les trois ans. »
Miser sur des systèmes d’énergie locaux
L’étude publiée par The Shift Project montre néanmoins la volonté des élus locaux à s’engager en faveur de la transition énergétique. Pour leur permettre d’y parvenir, l’Alliance locale de l’énergie, par la voix de Béatrice Delpech, recommande aux collectivités de développer un système d’énergie local : « Il s’agit d’un projet dans lequel la collectivité, les habitants, les entreprises et associations vont être associées à la gouvernance pour définir ensemble les besoins. C’est donc un outil de démocratie locale favorisant une forte acceptabilité. Mais surtout, ils sont pourvoyeurs de richesses pour les territoires. » Plus de 440 projets de ce type ont été labellisés par l’association Energie Partagée. Un exemple, dans le solaire, avec les projets d’autoconsommation collective, plébiscitée par les collectivités selon le baromètre des énergies renouvelables électriques et qui « permettent une maîtrise des coûts ».
Un avis partagé par Lionel Guy, qui conseille de son côté aux collectivités de participer aux entreprises publiques locales dédiées aux EnR. « Il en existe 150 qui ont 950 millions d’euros en capital cumulé. Cela offre au territoire un retour économique qu’il pourra réinvestir dans sa politique de transition énergétique. » Pour la FNCCR, l’un des gros enjeux reste la rénovation des bâtiments publics. Et Lionel Guy de conclure : « On parle beaucoup de production électrique, mais il ne faut pas oublier le volet de la consommation énergétique. On appelle à la duplication de la nouvelle mouture du programme ACTEE, dédié à la rénovation énergétique et porté par la FNCCR. »



