« Aujourd’hui, les thématiques de la souveraineté numérique et de l’indépendance technologique intéressent de plus en plus les collectivités territoriales, elles sont en recherche d’informations et de solutions », explique Jehan Monnier, cofondateur de Belledonne Communications qui organise l’événement AlpOSS (Alpes Open Source Software) en partenariat avec OW2 et la ville d’Échirolles, « tout le monde a encore en tête l’épisode de la suspension des services Microsoft du procureur de la Cour Pénale Internationale, et cela fait réfléchir ».
La sensibilité du sujet a sans doute joué un rôle important dans la hausse de l’affluence de cette troisième édition (plus de 500 participants préinscrits). Pour l’occasion, l’événement a d’ailleurs dû quitter les locaux de la mairie pour investir la salle de La Rampe, plus vaste. Certes, AlpOSS attire essentiellement des acteurs et collectivités régionales, mais pas uniquement. Des éditeurs d’envergure nationale, comme Bluemind et Linagora par exemple, étaient présents. Le rendez-vous est donc en train de trouver sa place pour offrir, en province, un espace de débat et de solutions autour de l’open source.
Une maturité fonctionnelle
Pour cette édition 2026, si la souveraineté numérique a constitué le fil rouge des échanges, le champ des thématiques traitées dans les conférences et les ateliers a été élargi. Intelligence artificielle, virtualisation, gestion d’infrastructures, sécurité, modèles économiques du libre : l’ensemble de la chaîne de valeur a été explorée.
L’IA, en particulier, a été abordée sous l’angle de son intégration dans des architectures ouvertes et interopérables. En effet, l’enjeu pour les collectivités n’est plus seulement d’expérimenter des outils d’IA, mais de s’assurer que ces solutions s’inscrivent dans des environnements maîtrisés. Les différents intervenants ont également insisté sur la maturité fonctionnelle de l’offre open source. Messageries collaboratives, téléphonie IP, suites bureautiques, partage documentaire : l’ensemble du spectre des besoins des collectivités peut désormais être couvert.
L’open source dérisque les investissements
« Il n’y a plus de lacunes fonctionnelles, mais l’open source change aussi un peu les termes des contrats entre fournisseurs et utilisateurs », poursuit Jehan Monnier, « en effet, avant d’investir dans une technologie, les collectivités veulent en général avoir la garantie de sa pérennité, et l’open source apporte cette garantie, il permet de dérisquer les investissements ».
Si la ville d’Échirolles, engagée depuis plusieurs années vers l’open source, est un bel exemple de l’adoption de choix stratégiques forts en matière de souveraineté numérique, de plus en plus de collectivités s’engouffrent dans cette voie. « Certaines sont d’ailleurs en train de changer d’échelle, comme la ville de Lyon qui est partiellement sortie d’Office 365, ou encore la région Occitanie qui a lancé une grande consultation sur le sujet avec la CANUT (Centrale d’Achat du Numérique et des Télécoms, NDLR) », souligne Jehan Monnier, « autrement dit, aujourd’hui, quelle que soit leur taille, toutes les collectivités peuvent décider de s’orienter vers l’open source ».



