Depuis 2024, Chartes Métropole mène un projet de déploiement d’un réseau 5G privé. Une initiative lancée dans le cadre de l’appel à projets européen " CEF Digital - 5G and Edge for Smart Communities ", qui est également le socle du projet 5G de Limoges. « Cet appel à projets offre un cadre d’expérimentation, sans objectif commercial immédiat, permettant de se poser les bonnes questions avant toute généralisation », explique Alain Guillotin, DG de C'Chartres Innovations Numériques (C’CIN), société d'économie mixte (SEM) portant le projet 5G de Chartes avec la métropole.
Baptisé "C’Chartres 5G ", ce projet prévoit de déploiement de 40 antennes 5G pour couvrir les sept communes de l’agglomération, avec un budget global de l’ordre de sept millions d’euros, dont près de 5 millions d’euros de financements européens. « Ce projet a pour ambition de déployer une infrastructure 5G privée pour offrir au territoire une connectivité performante, sécurisée et tournée vers l'avenir », a indiqué Chartres Métropole dans un récent communiqué.
Un premier test grandeur nature a été mené lors d’un meeting aérien organisé en septembre 2025. Un des objectifs du projet est en effet de permettre aux professionnels de l’audiovisuel de transmettre leurs contenus (images et sons) via le réseau 5G. Un usage qui a été testé durant cet événement. « Le meeting aérien de Chartres a servi de premier terrain d’expérimentation, avec des enseignements très concrets sur la capacité de la 5G à maintenir des flux vidéo stables là où les réseaux existants s’effondrent sous la charge », poursuit Alain Guillotin.
Une expérimentation centrée sur la résilience et la sécurité du territoire
L’objectif du réseau 5G est de créer une infrastructure résiliente et sécurisée. « Nous avons vécu fin 2024, à Chartres, une coupure électrique de plusieurs heures. Ce jour-là, nous avons constaté à quelle vitesse les points hauts des réseaux de téléphonie publics (4G et 5G) tombaient », rappelle le responsable. Le réseau 5G privé doit donc rester indépendant de ces éventuels incidents énergétiques. « Nous travaillons sur des solutions d’alimentation autonome, avec des batteries offrant six heures d’autonomie, et une réflexion globale sur l’énergie des points hauts, y compris sur les mâts d’éclairage public. Cette dimension ne s’arrêtera pas à la fin de l’expérimentation : elle constitue un chantier de fond ».
Le projet vise notamment à créer des « bulles 5G tactiques », déployées lors d’événements ou de situations de crise. Leur principe : mettre en place très rapidement un réseau privé 5G fermé et sécurisé, permettant de faire fonctionner des caméras, des terminaux de communication ou des applications métiers, indépendamment des réseaux publics souvent saturés. Un autre objectif concerne la couverture de lieux complexes, comme de grandes salles ou des bâtiments où le Wi-Fi est difficile à déployer et où les réseaux mobiles passent mal.
Un réseau complémentaire aux autres infrastructures télécoms
L’expérimentation porte sur les bandes de fréquences 2,6 GHz (n38) et 3,8 -4,2 GHz (n77), les seules ouvertes par l’ARCEP pour ce type de projets. Elles offrent une large bande passante, mais une portée plus courte que les bandes basses. « Ce n’est ni un avantage ni un inconvénient en soi : tout dépend de ce que l’on veut faire. Notre objectif n’était pas de prouver que " ça marche ", mais de comprendre ce que l’on peut faire utilement avec, et à quelles conditions techniques, économiques et organisationnelles ».
Le cœur de réseau est hébergé localement, sur deux datacenters territoriaux, avec une architecture redondée. « Nous avons écarté toute solution nécessitant une dépendance à un cœur de réseau distant : pour nous, il est incohérent de parler de sécurité territoriale en dépendant d’une activation à l’autre bout du monde ». Les premières antennes seront allumées à l’été 2026 avec une fin de déploiement mi-2027. La restitution complète des conclusions est prévue à l’issue des trois ans d’expérimentation.
Enfin, il n’a jamais été question de créer un réseau 5G concurrent de ceux des opérateurs nationaux, souligne le C’CIN. « Notre objectif est de compléter l’existant, pour des usages critiques, sécurisés et résilients. La 5G n’est qu’une brique parmi d’autres, que nous associons déjà à des réseaux LoRaWAN pour les objets connectés. Ce que nous testons aujourd’hui, ce n’est pas une technologie, mais une capacité territoriale à rester opérationnelle en situation normale comme en situation de crise », conclut Alain Guillotin.
Cet article est extrait du dossier "La 5G privée dans les collectivités : quelle évolution et quels usages ? " à paraitre dans Smart City Mag N°72.



