Ce 4 février devient le Jour de la Carte. Une coalition d’acteurs, réunis autour de l’Institut national géographique (IGN) pour former la République des Cartes, organise la première édition de cet événement. Il se veut « l’équivalent de la Fête de la musique » sur le thème de la cartographie, indique Sébastien Soriano, président de l’IGN. Des ateliers, des expositions ou encore des jeux seront proposés sur tout le territoire pour donner à chacun « des outils afin de mieux comprendre le monde ». « Les cartes nous influencent. Or, le GPS dans les smartphones rend les utilisateurs trop passifs », regrette Sébastien Soriano. Mais cet événement grand public représente également un enjeu pour les collectivités.
« Les gens ont perdu toute connaissance du lieu où ils habitent », déplore Damien Deville, anthropologue et géographe culturel membre du comité d’orientation de la République des cartes, pour qui cette journée permet aux collectivités de sensibiliser aux questions stratégiques de leur territoire. « La carte est un outil essentiel dans l’aménagement du territoire, elle permet d’anticiper des phénomènes comme l’érosion du littoral ou encore d’apporter de nouveaux services », énumère à son tour Karine Hurel, déléguée générale adjointe à la Fnau (Fédération nationale des agences d'urbanisme) et enseignante membre du comité d’orientation.
Et Damien Deville de préciser : « Faire échanger les citoyens sur le thème des cartes peut faire émerger de nouvelles données, comme les meilleurs endroits en poussette pour endormir un enfant ou celui où s’installer pour réfléchir. Ces zones sont au cœur de la construction de l’identité individuelle et de l’appropriation du territoire ne sont pas au centre de l’action publique. Cela permettrait aux élus de ne pas travailler seulement sur l’attractivité, mais aussi sur le bien-être territorial. »
Vers un plus grand rôle de la donnée géographique
Plusieurs élus misent sur le Jour de la carte pour rappeler l’importance de la donnée géographique. « L’information géographique est un sujet qui s’impose de plus en plus avec le réchauffement climatique, la gestion de la biodiversité par l’instauration de trames ou la gestion des nouvelles mobilités. La carte devient indispensable pour les collectivités », souligne Jean-Michel Morer, maire de Trilport (Seine-et-Marne) et représentant de l’Association des petites villes de France (APVF) au Cnige, avant d’ajouter : « Le Jour de la Carte va aussi montrer l’importance d’être maître de ses données et de l’orientation que l’on veut en donner comme vecteur d’informations. »
Ce dernier préconise aux collectivités de veiller à la souveraineté des plateformes traitant la donnée géographique et de travailler à la standardisation des données.
Une dizaine de collectivités se sont ainsi engagées dans ce Jour de la carte, à l’image des villes de Jonzac (Charente-Maritime), qui va utiliser la cartographie pour montrer les évolutions du territoire. Mais aussi Marseille, qui ouvre ses cartes du territoire (plans anciens, fonds marins, localisation des animaux sauvages, etc.) et prévoit notamment un atelier de cartographie citoyenne pour apprendre à collecter des données, cartographier et imaginer le futur du quartier.
Ou encore Trilport, qui a prévu ce 4 février une série d’animations – jeux mobiles et jeux de société, exposition photo ou encore ateliers pour apprendre aux promeneurs à se positionner sur une carte et à comprendre les conséquences de l’échelle cartographique utilisée sur notre vision territoriale. « Nous avons mis à contribution plusieurs services de la ville pour que cette journée permette aux citoyens de créer du lien avec la commune », précise Lauriane Chesneau, responsable d’espace de vie sociale.
Les impacts territoriaux de l’événement seront étudiés par la République des Cartes, avec l’espoir que ce ne soit que la première d’une longue série d’éditions. L’IGN, qui accompagne les collectivités, annoncera au printemps 2026 un nouveau projet de jumeau numérique territorial.



