L’Adullact lance une alternative souveraine à WhatsApp pour les collectivités
Avec le réseau Déclic, l’Adullact lance une fédération de messagerie instantanée reposant sur le protocole libre Matrix et le client Element. Réservé aux acteurs territoriaux, ce réseau doit offrir aux collectivités une alternative souveraine aux messageries grand public, tout en permettant à terme de communiquer avec Tchap, utilisé par les services de l’État.
« Les collectivités utilisent aujourd’hui largement WhatsApp dans leur communication interne et même externe. C’est une réalité du terrain qu’il ne faut pas ignorer. Mais cet usage pose un certain nombre de questions, notamment en matière de souveraineté et de continuité de service », constate Matthieu Faure, directeur de l’Adullact (Association des développeurs et utilisateurs de logiciels libres pour les administrations et les collectivités territoriales).
L’État dispose bien de sa propre messagerie instantanée, Tchap, développée par la DINUM et reposant sur le protocole libre Matrix. Ce protocole ouvert et décentralisé de communication en temps réel, permet notamment de créer des services de messagerie instantanée interopérables et fédérés. Tchap a rapidement trouvé son public, avec aujourd’hui plus de 800 000 agents inscrits et environ 400 000 utilisateurs actifs, selon les chiffres de la DINUM « Mais Tchap est réservé à l’administration centrale. Les collectivités ne peuvent donc pas s’appuyer sur cette solution », explique Matthieu Faure.
C’est dans ce contexte d’un usage problématique de WhatsApp et d’une alternative existante, mais non accessible aux territoires, que l’Adullact et Déclic (fédération des Opérateurs publics de services numériques - OPSN), ont décidé de lancer une « la fédération Matrix des collectivités ». Son objectif : proposer aux collectivités une alternative souveraine et open source à WhatsApp, dont elles conservent la maîtrise de l’infrastructure et des données, et pouvant même s’interconnecter avec Tchap.
Un « Tchap des territoires »
« C’est un peu un Tchap des territoires », résume explique Matthieu Faure. Lancée le 14 septembre la fédération Matrix des collectivités doit permettre aux collectivités, et aux OPSN, qui la rejoignent, d’exploiter leurs propres serveurs Matrix tout en communiquant au sein d’un même réseau. Contrairement au réseau public Matrix, celui de la fédération est donc fermé et réservé aux acteurs territoriaux identifiés.
La fédération y ajoute également une notion de confiance numérique. Plusieurs niveaux de confiance doivent notamment permettre de mieux identifier son interlocuteur et de distinguer, par exemple, un élu, un agent, un DSI ou un prestataire extérieur. Différents mécanismes structures ces niveaux de confiance : authentification avec ProConnect, chiffrement activé, garantie d’une version à jour ou encore gestion des identités et des annuaires.
Enfin, Tchap et la fédération Matrix territoriale ne sont pas concurrents, mais complémentaires, assure l’Adullact. Une interconnexion avec Tchap est ainsi prévue, d’ici la fin de l’année, afin qu’un agent territorial puisse, par exemple, échanger avec sa préfecture.
" Element " pour accéder à Matrix
Côté utilisateur, la fédération s’appuie sur " Element ", une application libre franco-britannique permettant d’accéder au protocole Matrix. Elle propose les fonctionnalités habituelles des messageries instantanées : conversations et salons, partage de fichiers et d’images, messages vocaux, sondages ou encore chiffrement de bout en bout. Des fonctions plus spécifiques aux collectivités sont également prévues, notamment un annuaire fédéré et la possibilité d’inviter des utilisateurs externes.
Autre enjeu : garantir la pérennité de la solution. Un contrat LTS (Long Term Support) reconductible a été mis en place avec la société franco-britannique Element Software, afin d’assurer la disponibilité des mises à jour de sécurité sur plusieurs années. « Les collectivités ont besoin de solutions qui s’inscrivent dans le temps. La pérennité constitue donc un élément essentiel du projet », insiste le directeur de l’Adullact.
Trois possibilités pour rejoindre la fédération
Pour rejoindre cette fédération et disposer de l’outil ainsi que de l’infrastructure Matrix, une collectivité peut se rapprocher d’un OPSN de son territoire. À défaut, elle peut adhérer à l’Adullact et bénéficier du service. Elle peut également exploiter elle-même son serveur Matrix et demander son raccordement à la fédération, sous réserve de respecter certains prérequis techniques.
Le coût dépend donc du scénario retenu. Le raccordement n’est pas facturé lorsqu’une collectivité exploite elle-même son serveur ; elle assume alors ses propres coûts techniques. Via un OPSN, le tarif dépend de l’offre de celui-ci. Enfin, le service est compris dans l’adhésion à l’Adullact, qui donne également accès à ses autres services. Celle-ci s’élève, à titre d’exemple, à 100 euros par an pour une commune de moins de 1000 habitants et peut atteindre plusieurs milliers d’euros par an pour les plus grands départements.
Le développement de ce projet a demandé près d’un an de travail pour un budget d’environ 100 000 euros, porté par l’Adullact, mais aussi par le SITIV (Syndicat Intercommunal des Technologies de l’Information pour les Villes) membre de l’association et aussi de Déclic.
Quatre collectivités ont testé le dispositif en préproduction. « Les premiers retours sont positifs », confie Matthieu Faure. « Au-delà du gain en souveraineté, cette phase de préproduction a surtout permis de faire émerger de nouveaux besoins, notamment la création d’un annuaire fédéré permettant de retrouver facilement les utilisateurs des différentes collectivités. La fédération Matrix a ainsi vocation à évoluer dans le temps, au gré des usages et des besoins remontés par les collectivités ».



