Depuis le début de l’année, le département de la Haute-Loire déploie des caméras embarquant de l’intelligence artificielle (IA) pour analyser le trafic routier sur des voies disposant des bandes cyclables. « Nous voulions réaliser du comptage de vélos, en mesurant précisément ceux qui circulent sur la chaussée et ceux qui utilisent les bandes cyclables. Car tous les cyclistes ne les utilisent pas, bien qu'elles soient disponibles », explique-t-on au service chargé de la gestion des routes du département. Ces caméras servent également à compter et à mesurer les vitesses d’autres typologies d’usagers, dont les véhicules légers, les poids lourds et les deux-roues motorisés.
Déjà deux caméras ont été déployées sur quinze prévues. « Les premiers retours sont positifs. Les données issues de la première caméra opérationnelle confirment le bon fonctionnement du dispositif. Même s’il est encore trop tôt pour tirer des conclusions statistiques approfondies, les premiers comptages sont cohérents et exploitables. » Les données sont pour l’instant remontées dans l’outil de supervision de la société SWIROO qui fournit la solution d’analyse par IA (intégrée dans des caméras d’Axis). Mais à terme, l’objectif est d’intégrer ces données directement dans le système d’information routier du département.
Les boucles au sol montraient leurs limites
Pourquoi avoir opté pour des caméras IA ? Le territoire exploitait jusqu’à présent des boucles au sol (permanentes ou ponctuelles) pour réaliser ses mesures de trafic. Seul problème, elles ne sont pas capables d’identifier les vélos, à moins d’ajouter des équipements relativement onéreux (piézomètres). Quant aux solutions de type radar, elles montraient aussi leurs limites car « moins précises en particulier pour le comptage des vélos, ainsi que pour différencier leur circulation sur bandes cyclables ou sur chaussée ». Par ailleurs, le département fait face à une contrainte récurrente avec les boucles au sol. « Elles doivent être souvent refaites, lorsque le département réalise un nouveau revêtement de chaussée ».
Dans ce contexte, l’intérêt pour les caméras vidéo dédiées à la mesure de trafic s’est progressivement imposé. D'autant plus que « les coûts ont nettement baissé ces dernières années et les solutions ont gagné en maturité », souligne le département. En 2025, un appel d’offres est donc lancé pour le déploiement de caméras de comptage, avec pour objectif principal de mesurer précisément les cyclistes circulant sur la chaussée et ceux utilisant les bandes cyclables. Le marché est remporté par un groupement associant SWIROO, pour les caméras et l’IA, et ID+, pour l’ingénierie et l’intégration.
Des caméras intégrant des batteries super-capacité
Le projet prévoit le déploiement de caméras sur 15 sites. Elles sont principalement installées sur le réseau d’éclairage public et intègrent des batteries pour pouvoir fonctionner lorsque le luminaire est éteint. Point notable, ces batteries sont de « super-capacité », avec une durée de vie longue, un poids réduit (moins de 6 kg) et une recharge rapide (environ 1 heure). « Il s’agit de batterie de dernière génération, dont la durée de vie peut atteindre 50 ans », souligne Erwan Michel, directeur général de SWIROO.
Sur le plan fonctionnel, le traitement des images est réalisé directement au niveau de la caméra via une IA. Aucune vidéo n’est conservée ni transmise. Seules des données statistiques anonymisées sont remontées vers une plateforme de supervision afin des respecter le RGPD et les règles de la CNIL.
« Ce projet doit nous permettre d’objectiver nos politiques d’aménagement, de prioriser les investissements et de mieux cibler l’entretien du réseau routier, indique le département. Les caméras intelligentes peuvent remplacer les boucles et les radars ou les compléter en constituant une nouvelle brique, plus souple et moins intrusive. »
SWIROO déploie plusieurs dizaines de caméras IA en France
Créée en 2023, SWIROO est une société française, membre du groupe suisse SWISSTRAFFIC, spécialisée dans l’analyse intelligente du trafic et des mobilités grâce à l’intelligence artificielle. « Notre cœur d’activité repose sur la conception, le déploiement et l’exploitation de solutions de caméras IA capables de compter, classifier et analyser des flux de mobilité », explique Erwan Michel.
Sa plateforme swissTRAFFIC AI permet de produire des tableaux de bord et des diagnostics en temps quasi réel, avec un comptage allant jusqu’à 17 classes d’usagers, tout en garantissant la confidentialité des données. « Aucune image n’est envoyée, car l’analyse d’images est réalisée en local. Seules les métadonnées sont envoyées », précise le dirigeant.
Au-delà de la Haute-Loire, SWIROO possède une dizaine de projets en cours en France et une autre dizaine en discussion. La Collectivité Européenne d’Alsace a ainsi connecté une vingtaine de ses caméras à la solution d’analyse d’IA de SWIROO (déployée cette fois sur un serveur) pour de l’analyse de trafic sur le réseau routier alsacien. L’université et la ville de Nevers sont en train de tester les possibilités de cinq caméras IA pour optimiser la fluidité urbaine et le stationnement.
Montpellier a pour sa part connecté dix caméras à la solution de SWIROO (également sur serveur) pour surveiller son tunnel de la Comédie désormais transformé en piste cyclable. Enfin, Saint-Étienne déploie une quarantaine de caméras (une quinzaine sont déjà opérationnelles) pour analyser la mobilité multimodale via des tableaux de bord.
« Notre ambition est de continuer à accompagner les gestionnaires des routes (collectivités, directions des routes ou opérateurs privés) vers des territoires plus sûrs, plus fluides et plus durables, en transformant les flux de données en décisions opérationnelles, au service des élus et des services techniques », conclut Erwan Michel.



