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Sobriété numérique : un sujet balbutiant dans les collectivités

Numérique
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Léo Donse, consultant numérique/ville intelligente chez Espelia
L’empreinte du numérique ne résulte pas uniquement des usages, mais aussi de la fabrication des outils

Le cabinet Espelia et le collectif GreenIT.fr ont mené une enquête auprès de 33 collectivités territoriales afin « d’évaluer leur maturité en matière de sobriété numérique et de réaliser une première estimation de l’impact environnemental de leur parc d’équipements numériques ». Léo Donse, consultant numérique/ville intelligente chez Espelia, détaille les résultats de cette étude.

Les collectivités ont-elles consciences des enjeux liés à la sobriété numérique ?
Dans l’ensemble, elles ont conscience de la problématique et de la relation qui existe entre le numérique, le développement des usages, et l’environnement. Mais les collectivités initient souvent leur réflexion dans ce domaine à partir de leur parc interne, alors que ce n’est pas là où le poids environnemental est le plus lourd, et elles laissent de côté l’ensemble des enjeux.
La problématique est surtout abordée sous le prisme des émissions de CO2 et non pas au travers d’une analyse multicritères et sur l’ensemble du cycle de vie ce qui fait craindre des effets de reports de pollution, par exemple en renforçant la tension sur l’eau douce. L’analyse des sous-enjeux (développement économique, inclusion numérique, changements des modes de faire, approche territoriale, création de filières) est balbutiante. Faute de bien appréhender les enjeux dans leur pluralité, certaines collectivités n’identifient pas encore les leviers à leur disposition pour agir localement et laissent donc l’entièreté du sujet au régulateur national. Or les démarches de sobriété numérique demandent à s’incarner au quotidien dans des projets locaux à l’intersection de différentes politiques publiques locales.

 

Quelles sont les solutions que vous suggérez pour encourager la sobriété ?
L’empreinte carbone du numérique ne résulte pas uniquement des usages, mais aussi et surtout de la fabrication des outils, qu’ils soient utilisés par l’acteur public ou ses administrés. Donc nous recommandons de porter une attention particulière à cet aspect, en structurant des filières de l’économie circulaire – les ressourceries et des « repair cafés » vont favoriser, notamment, l’allongement de la durée de vie des équipements – et celle de l’économie de la fonctionnalité. Cela mène à une réflexion sur la mutualisation des équipements. Il faut encourager le partage d’une imprimante ou d’un box internet entre voisins, mais cela soulève la question de la sécurité informatique. Il faut prendre de la hauteur, aller au-delà de la sensibilisation du grand public, et relier le sujet de la sobriété numérique à toutes les politiques publiques.
Nous préconisons aussi de systématiser le levier de la commande publique. L’idée est de privilégier l’éco-conception des outils numériques au travers de la mention des écolabels dans les cahiers des charges par exemple.

 

La crise sanitaire va-t-elle changer quelque chose à la problématique ?
Le télétravail et l’utilisation du numérique s’est accéléré ces derniers mois. Or, cette accélération est risquée si on ne pense pas à son impact sur l’environnement. Il faut réfléchir aux usages et ressources à privilégier, et arbitrer afin que les externalités positives du numérique soient plus importantes que les externalités négatives. Par exemple, la visio conférence est intéressante puisque les gains en termes de limitation des déplacements et donc d’émission de gaz à effet de serre dus à la mobilité sont beaucoup plus important que l’impact environnemental généré par l’outil numérique. Il y a aussi une articulation entre technologies high tech et solutions « lowtech » à trouver en mobilisant les expertises des acteurs dans les territoires. Et c’est à la collectivité d’être un chef d’orchestre pour faciliter le croisement de ces expertises. La sobriété numérique n’est pas un retour en arrière, c’est une plus pertinente attribution des ressources.

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