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Automobile : désormais autorisé, le "rétrofit" cherche ses débouchés

Mobilité

Depuis 2017, le garagiste vendéen Brouzils Auto pousse pour donner un cadre légal au "rétrofit", soit la conversion de véhicule thermique en électrique ou hydrogène. C’est chose faite depuis un arrêté de début avril. Les premières applications se dessinent en Pays-de-la-Loire.

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La première voiture rétrofitée en France : une Coccinelle de Volkswagen devenue l’Électro-Cox © e-Néo

C’est l’histoire d’une petite révolution nichée dans un arrêté publié le 3 avril dernier. Le texte signé du ministère de la Transition écologique définit les conditions du "rétrofit" dans l’Hexagone, soit la « transformation des véhicules à motorisation thermique en motorisation électrique à batterie ou à pile à combustible ». La Commission Européenne avait préalablement donné son feu vert à la France le 13 février 2020, comme à l’Allemagne ou au Royaume-Uni avant elle.

Dans le détail, des voitures aux camions, tous les véhicules de plus de cinq ans sont désormais convertibles à l’électrique à batterie ou à pile hydrogène. Un délai ramené à trois ans pour les motos/scooters. Plus besoin d’obtenir l’accord du constructeur pour réaliser le changement : la responsabilité juridique est transmise au "rétrofiteur ". « Je suis heureux, mais il y a encore du boulot. Ce n’est que la ligne de départ, toutes les étapes d’homologation doivent être franchies pendant un an », bride Jérémy Cantin, 38 ans, un entrepreneur vendéen aussi inventif que tenace.

Tout démarre en 2017 dans son garage, Brouzils Auto, implanté dans une anonyme zone artisanale à mi-chemin entre Nantes et La Roche-sur-Yon. Avec ses huit salariés, tous spécialisés dans la restauration de voitures anciennes, ils réalisent en quatre mois (avec difficulté) un premier "rétrofit" : une Coccinelle de Volkswagen devenue "l’Électro-Cox" qui paradera ensuite sur les estrades du Vendée Énergie Tour 2017 et du Mondial de l’Auto 2018, à Paris. Sur fond de vide juridique total. « Si vous convertissiez un véhicule, personne ne pouvait vous l’homologuer et il ne passait pas le contrôle technique pour non-concordance avec la carte grise au niveau du carburant », relate Jérémy Cantin.

 

Relancer l’économie locale

D’où la création début 2019, avec ses salariés, d’une société dédiée : e-Néo. L'entrepreneur bénéficie également de l’intensification du lobbying, notamment via la Fédération nationale de l'artisanat automobile (FNA), et du soutien d’élus locaux, avant tout celui de l’ex-député Alain Lebœuf, aujourd’hui président du SyDEV (Syndicat départemental d'énergie de la Vendée) . « Au vu du nombre de véhicules qui circulent sur la route, vous vous rendez compte de l’intérêt si l’on peut en convertir au moins quelques-uns en véhicules propres ! » argumente à Smart City Mag ce dernier comme il l’avait fait il y a deux ans à la direction générale de l'énergie et du climat (DGEC) du ministère de l’Écologie, alors un peu incrédule car méconnaissant la technologie.

À force de rendez-vous - au moins trois fois l’an à l’Hôtel de Roquelaure, à Paris -, Jérémy Cantin a su convaincre ses locataires successifs, Nicolas Hulot et surtout François de Rugy – « il a été décisif » glisse le dirigeant. Mais quels sont désormais les débouchés de ce "rétrofit" à la française ? Pour Alain Lebœuf, du SyDEV, « nous ne sommes pas dans une logique de subvention du tout, mais sur la création d’une activité par la mise en réseau sur le territoire notamment. Ce qui est ici un peu dans le chromosome des Vendéens ».

Un camion modifié pourra bientôt transporter 44 tonnes d’hydrogène sur un rayon de 200 kilomètres dans le cadre du projet ligérien de filière H2Ouest. Une soixantaine de clients de Brouzils Auto se sont déjà positionnés pour une conversion de leur véhicule. L’idée serait, à terme, d’avoir dans chaque région quelques garagistes "rétrofiteurs". Seul bémol, ses perspectives sont tracées pour l’instant dans l’indifférence des constructeurs automobiles français. « La crise du Covid-19 révèle que c’est bien notre activité qui a une influence sur le climat. Qu’au lieu d’acheter des véhicules construits à l’autre bout du monde, on peut soutenir et relancer une économie locale par la conversion verte de leurs moteurs, près de chez soit » n’en démord pas Jérémy Cantin.

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