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La sobriété numérique : un enjeu autant social qu’environnemental pour les collectivités locales

Numérique

Tribune rédigée par Léo Donse, consultant numérique/ville intelligente pour Espelia

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La fabrication et l’utilisation des équipements numériques des utilisateurs émettent 4 fois plus de Gaz à Effet de Serre (GES) que les data centers La part du numérique atteindra 6% des émissions mondiales de GES en 2025, soit trois fois les émissions de l’aviation civile. La fabrication des équipements utilisateurs (smartphones, ordinateurs, télévision, tablettes, montres connectées,…) représente à elle seule 40% des gaz à effet de serre totaux du numérique mondial et contribue très majoritairement aux tensions sur les stocks d’eau disponibles et à l’épuisement des minerais (sans oublier les conséquences géopolitiques et les problématiques relatives au respect des droits de l’Homme1).


Transition numérique et transition écologique ne peuvent être dissociées

Léo Donse, consultant numérique/ville intelligente pour Espelia

La part croissante du numérique dans les émissions de GES et la prise de conscience citoyenne de cette réalité place la question de la sobriété numérique à l’agenda des collectivités territoriales et les questionne désormais dans leur fonctionnement quotidien comme dans leurs projets de "territoires intelligents". En termes de service, l’objectif de la sobriété numérique consiste à réduire la puissance informatique (RAM, CPU, bande passante, nombre de serveurs, etc.) nécessaire au fonctionnement tout en préservant la performance. Cela peut parfois se traduire par une ingénierie combinant les potentiels de puissance de calcul ou de visualisation de solutions high tech (demain les calculateurs quantiques ?) à des lowtech fiables, résilientes, économes en énergie et peu polluantes.
Si certaines collectivités commencent à se positionner sur la question, toutes manquent encore d’outils opérationnels pour décider et agir. Sujet éminemment transverse, la gestion de l’impact environnemental du numérique demande aux collectivités un cadre structuré d’analyse et de plan d’actions pour engager une démarche cohérente et réellement efficace : promotion de ressourceries et de tiers lieux (do it yourself / DIT / Fablab), lutte contre l’obsolescence des services numériques, promotion de la mutualisation et de l’économie de la fonctionnalité, commande publique responsable (éco-label) et réemploi, promotion d’une articulation high tech / lowtech, ouverture des APIs des objets connectés, éco-conception des services numériques, structuration d’écosystèmes territoriales, etc.


Des avantages économiques et une meilleure inclusion numérique

Le secteur privé marchand a bien saisi les avantages, notamment commerciaux, de l’éco-conception numérique: ouverture à de nouveaux clients moins bien équipés, expérience utilisateur améliorée, temps de chargement réduit, meilleur référencement des sites grâce à des poids de pages plus faibles, etc. 

Du côté des collectivités territoriales, la réflexion sur les avantages des actions de sobriété numérique semble encore balbutiante. Pourtant, au-delà des enjeux économiques, la sobriété numérique contribue par exemple à une meilleure inclusion des citoyens : elle permet aux personnes rencontrant des difficultés à renouveler de façon régulière leurs équipements numériques2 de ne pas se trouver exclues de l’accès aux services en raison de l’ancienneté de leurs terminaux, pourtant encore fonctionnels. Elle permet aussi, grâce à un "allégement" des services numériques, de donner accès à des services à une population qui pour l’instant n’en bénéficie pas sur smartphone (pas du tout, ou de façon dégradée), car en dehors des zones de couverture 4G. Rappelons qu’en 2018, 23% des citoyens français équipés d’un smartphone n’avaient toujours pas accès à la 4G pour se connecter à internet (Baromètre du numérique 2018). En comptant les citoyens non équipés de smartphone, c’est plus d’un citoyen sur deux qui n’a pas accès à la 4G. Or, être exclu des usages numériques implique d'être exclu non seulement de la société de l'information, mais aussi de plus en plus de l'accès aux services publics essentiels, pourtant piliers de notre démocratie.
Les promesses de nouveaux services liés à l’arrivée prochaine de la 5G ne doivent pas faire oublier cette réalité au risque d’accélérer et d’agrandir cette fracture numérique.

 

1 Le 1er janvier 2021, une nouvelle législation entrera en vigueur dans l’Union européenne: le règlement relatif aux minerais provenant de zones de conflits.

2 Le coût trop élevé du matériel est la deuxième raison invoquée en France métropolitaine pour expliquer l’absence de connexion à internet à domicile, à seulement 6 points du manque de compétences (Insee Analyses, 2019)

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