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Le numérique, un enjeu électoral ?

Elections

La question numérique a-t-elle évoluée depuis 6 ans ? Représente-t-elle aujourd'hui un argument électoral ? Les édiles, les agents et les administrés se sont-ils appropriés le sujet ? A quelques jours des élections municipales, réponses avec trois acteurs locaux : Anna Angeli, adjointe en charge notamment de la transition écologique et numérique au Pré Saint-Gervais, Sophie Rocher, adjointe en charge de la coordination des politiques publiques, de la culture et de la communication à Marcq-en-Baroeul, et Olivier Taboureux, adjoint en charge des TIC et du développement numérique à Beauvais. Ils nous ont accordés une interview il y a quelques mois, publiée initialement dans Smart City Mag n°29.

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Quels sont vos enjeux actuels, liés au numérique, pour votre territoire ?

Olivier Taboureux : Pour la ville de Beauvais, l’enjeu est d’améliorer la qualité des services rendus aux usagers et de faire des économies. Nous devons aussi faire comprendre aux élus et aux directions que derrière le numérique se cachent des enjeux transversaux, que c’est un point d’entrée, au même titre que l’écologie, qui peut intéresser tout le monde.
Anna Angeli : Au Pré Saint-Gervais, le numérique est un moyen de favoriser les liens entre une population très disparate et de faciliter le vivre-ensemble. Nous avons donc des enjeux forts de médiation et d’inclusion, en plus d’un enjeu de modernisation des services publics. Nous avons travaillé sur une stratégie numérique avec des élus et des agents, et il en est ressorti que la vision que nous voulions porter n’était pas liée aux objets connectés, aux outils, mais à l’humain, au rassemblement de tout le monde et à l’accompagnement des usages.
Sophie Rocher : Pour nous, à Marcq-en-Baroeul, le numérique est un moyen de communication, le plus susceptible de rentrer dans tous les foyers. Nous avons donc développé des outils pour mieux diffuser nos informations et faciliter les procédures. Comme partout ailleurs, nous rencontrons des problèmes d’illectronisme et nous voulons accompagner la population dans les démarches dématérialisées.


Nous sommes à quelques mois de la fin des mandats municipaux. Qu’est-ce qui a changé, en 6 ans, dans la vision politique des nouvelles technologies ?

O.T. : Les technologies ont évolué, tout comme les possibilités ; nous avons donc une sorte de vision prospective glissante. Pour l’application de la ville Beauvais Mobile par exemple, nous regardons ce qu’il se passe sur le marché et on fait évoluer notre outil en fonction. De la même façon, nous repensons les solutions que nous mettons à disposition dans les écoles, pour qu’elles soient plus conviviales, intuitives, simples d’utilisation et qu’elles couvrent les besoins actuels des enseignants et des élèves. Nous avançons par opportunité fonctionnelle et budgétaires, en regardant ce qui devient petit à petit plus abordable financement.
S.R. : Du côté de la communication, il y a eu un pas immense qui a été franchi. Nous sommes passés de documents principalement écris à une plus grande place pour les outils digitaux, complémentaires, comme les réseaux sociaux. Cela nous a mené à davantage de co-construction, puisque nous avons pu mettre en place des communautés en ligne avec lesquelles nous interagissons. Lorsque, récemment, nous avons voulu concevoir un kiosque à musique, nous avons élaboré le projet avec les marquois, pour imaginer ensemble la conception de l’ouvrage mais également les usages. Sans le numérique, nous n’aurions pas autant d’échanges avec les citoyens.
A. A. : Il y a quelques années, il fallait se battre pour porter les questions numériques. Au Pré Saint-Gervais, c’est au travers de ce que l’on voulait faire en matière d’éducation, à l’école, que nous avons amorcé une réflexion stratégique sur ce que les technologies pouvaient apporter à l’ensemble de la population. La question de l’inclusion est donc plus récente. Il faut trouver un équilibre entre la nécessaire dématérialisation - afin de faciliter le travail de l’administration -, la formation des administrés à de nouvelles pratiques, et les problématiques qu’amène le numérique, comme les fausses informations. Enfin, aujourd’hui nous devons également faire comprendre à tout le monde en quoi le numérique peut apporter des réponses aux enjeux environnementaux, tout en ayant conscience de leur part dans l’augmentation des turbulences climatiques…


Côtés agents et administrés, il y a donc des évolutions dans leur appréhension du numérique ?

S. R. : Aujourd’hui, les habitants nous interpellent principalement par mail ou via notre page Facebook, de sorte que les services sont dans l’obligation de réagir plus rapidement qu’auparavant. De plus, les administrés demandent une transparence de l’information et une association aux prises de décision. Les outils numériques sont au cœur de ces évolutions, ils sont au cœur de la démocratie participative. Cela nécessite, pour les élus, de s’ouvrir davantage aux oppositions, et ça n’est pas toujours évident… Sur des sujets comme la rénovation de la voirie, l’élaboration d’un projet d’équipement ou la mise en sens interdit d’une voie, il est important d’associer la population en amont, afin de répondre à leurs préoccupations, tout en ayant le souci de lui faire comprendre que gérer une ville, ce n’est pas aussi simple que ça en a l’air !
A. A. : Notre site internet, un outil de gestion de la relation aux usagers, les démarches administratives dématérialisées ont transformé la façon de travailler de nos agents. Nous avons formé le personnel pour qu’il se familiarise avec ces nouveaux supports, qui impliquent une traçabilité de la demande émise par l’usager et donc une réponse nécessairement plus rapide qu’avant. Nous avons par ailleurs constitué un comité de transformation en interne, pour évaluer les difficultés des agents.
Côté usager, nous avons conservé un guichet pour la réalisation des démarches administratives, pour ceux qui ne souhaitent pas utiliser les outils numériques. Nous accompagnons aussi la population ç prendre en main ces outils. Mais la première inquiétude exprimée lors des réunions publiques était de conserver du présentiel, de l’humain, alors nous avons voulu conserver plusieurs façons d’entrer en contact avec la ville, digitales et non digitales.


Aux prochaines élections, quelle place devrait prendre le numérique dans les programmes ? Avoir une stratégie « smart » est-il devenu un argument électoral ?

O. T. : La ville intelligente n’est pas un argument fondamental. Les gens souhaitent prioritairement avoir un emploi et se sentir en sécurité, même s’ils sont aussi contents d’habiter dans une ville agréable et orientée vers les enjeux du futur.
Mais il y a d’autres sujets qui, s’ils ne sont pas un enjeu électoral, vont être un enjeu de nos territoires au cours des prochains mandats : il s’agit de l’amélioration du dialogue démocratique et de l’accès aux données. Sur ce deuxième point, nous devons réfléchir à davantage de collecte de données en temps réel et à leur accès par le plus grand nombre, dans un souci de transparence.
S. R. : Pour nos habitants, le plus important, c’est de pouvoir bien se nourrir, se déplacer facilement, d’agir de manière écologique, de ressentir du bien-être… mais la ville intelligente n’est pas encore perçue comme étant essentielle à une ville moyenne comme la nôtre, intégrée au sein d’une grande métropole. C’est plutôt sur l’enjeu environnemental que nous mettons nos efforts dans cette campagne électorale.
A. A. : Notre stratégie numérique, établie pour 3 ans, sera à cheval sur le prochain mandat. Mais la smart city n’est ni un argument électoral ni un pilier du programme que nous sommes en train d’élaborer. Nous avons constitué l’association de campagne pour l’équipe sortante, avec 4 commissions, mais aucune dédiée au numérique. Ce sujet est certes transversal, mais nous, les élus au numérique, sommes toujours considérés comme des « sachants », et par conséquent nos collègues ne s’emparent jamais de la question. Ils s’appuient sur nous, n’ont souvent pas envie de s’y intéresser, et nous n’avons pas de réelle réflexion collective, par exemple sur comment les technologies peuvent participer à la transition environnementale.

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