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La campagne municipale à l’heure des civic tech

Elections

En France, les civic tech poursuivent leur développement et le potentiel qu’elles représentent pour revitaliser le système démocratique suscite l’intérêt. Reste à voir, à l’aube des Municipales 2020, quel peut être leur place et leur poids réel dans le jeu politique actuel.

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« Le terme "civic tech" désigne tous les usages des technologies numériques qui ont vocation à améliorer l’efficacité du fonctionnement de la démocratie, en renouvelant les formes d’engagement, de participation des citoyens. Avec l’idée d’apporter une rupture » résume Clément Mabi, maître de conférence en science de l’information et de la communication à l’Université Technologique de Compiègne (UTC) et spécialiste des questions d’expérimentation démocratique. Cyril Lage, co-fondateur et directeur général de la start-up Cap Collectif, pionnier de la civic tech en France, ajoute : « L’ambition est de digitaliser le processus de décision afin que le public puisse être impliqué de façon directe et transparente dans des choix qui le concernent ».
Nés aux Etats-Unis au début des années 2010, avec une dimension très communautaire, ces dispositifs numériques n’ont pas tardé à s’exporter un peu partout sur la planète. Notamment dans l’hexagone, où les premières civic tech ont fait leur apparition vers 2015.


Un intérêt politique croissant

« Au début, nous n’étions pas pris au sérieux. Désormais à Cap Collectif, nous travaillons avec une soixantaine de collectivités. Preuve que, dans les consciences, le potentiel des civic tech gagnent du terrain » relève Cyril Lage. Lesquelles proposent des outils de concertation, de votation, de signalement, de pétition, etc. Par exemple, pour la campagne municipale 2020, la plateforme citoyenne Make.org a organisé des consultations inédites, ouvertes à tous les habitants et associations de Bordeaux, Grenoble et Nantes. Le but : soumettre aux candidats de ces villes les 10 propositions citoyennes locales les plus plébiscitées et révéler, avant le 1er tour, leurs prises de position. A l’instar de Cap Collectif, la société Open Source Politics a aussi élaboré des plates-formes de campagne participative pour des candidats partout en France.
« Le pouvoir ne peut plus être exercé à huis clos et les politiques l’ont compris. Pour créer un échange, nombreux sont ceux à dorénavant revendiquer l’utilisation de civic tech. Cela se vérifie, plus que pour tout autre scrutin, avec la campagne municipale 2020 » constate Cyril Lage. Un intérêt que Clément Mabi justifie ainsi : « Techniquement, ces outils renouvellent les standards du dialogue. Cela donne une image de modernité, de transparence ». Idéal alors que, selon un sondage Cap Collectif – OpinionWay publié en juin 2019, 89 % des Français considèrent que les candidats aux municipales doivent impliquer les citoyens dans l’élaboration de leur programme.


Un impact encore mesuré

Pour autant, « l’engouement populaire pour les civic tech ne semble pas avéré. En dehors des cénacles qui s’y intéressent vraiment et de coups d’éclat comme le Grand débat national, leur percée reste limitée » observe l’universitaire. Comment l’expliquer ? « L’outil ne fait pas la démocratie. Mettre à disposition des citoyens des dispositifs performants est enthousiasmant, mais cela ne résout pas les problèmes systémiques. Si les politiques ne jouent pas le jeu, à bon escient et concrètement, l’impact de ces technologies sera nul ou minime » détaille Clément Mabi.
Selon Cyril Lage, il s’agit « d’apprendre aux décideurs politiques à s’approprier ces outils d’intelligence collective, à les exploiter avec sincérité et à communiquer efficacement dessus, pour parvenir à mobiliser le public. Une dynamique positive commence à faire bouger un système politique sclérosé. Reste maintenant à voir quand les civic tech seront suffisamment mûres pour réellement et systématiquement influer sur des campagnes, des décisions politiques, etc. Pour l’heure, leur poids demeure complexe à vérifier ».

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