SMARTCITY
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LE MAGAZINE DES VILLES ET DES TERRITOIRES CONNECTÉS ET DURABLES

Sous la smart city, un fleuve de contradictions

Numérique

À l’heure où plus de 50 % de la population mondiale habite en centre urbain, la smart city s’impose comme le modèle pour rendre ces espaces agréables à respirer comme à sillonner. Mais nul n’est parfait, et la ville intelligente se construit sur des paradoxes tant écologiques qu’idéologiques.

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La smart city promet à ses habitants une meilleure utilisation de l’énergie, des services de transports non polluants et archi développés, des rues connectées attentives à nos besoins, une surveillance accrue pour plus de sécurité… Bref, une ville sur-mesure, qui se transforme au gré des besoins de chacun. Un système global lourd à mettre en place, coûteux et complexe, mais qui se développe partout sur le globe. 

 

Le prix vert de la connexion

Qui dit smart dit connexion, application, production de données. La smart city ne peut fonctionner que si ses habitants adoptent un mode ultra-connecté, grâce auquel ils accèdent aux services. La gouvernance de ces services s’enrichit de ces mêmes données pour rendre plus performant le système. Ce cercle vertueux occasionne un stockage de données massif, alimentant le big data dont il est avéré que l’impact environnemental est catastrophique. En France, le fonctionnement des Technologies de l’Information (les TIC ou IT), représente 13,5 % de la facture électrique nationale, et constitue 5 % des émissions de gaz à effets de serre. L’informatique émet même plus de gaz à effet de serre que l’aviation!
C’est tout le paradoxe des smart cities : comment travailler à optimiser les ressources par le biais d’une meilleure connaissance des circuits et habitudes, tout en usant d’appareils fatalement énergivores ?

 

Green thinking

Fatalité ? Justement pas. À la lumière de ces nouveaux éléments et d’une préoccupation climatique mondiale, le domaine du "green IT" est en plein développement. Certaines smart cities en ont fait leur fer de lance à l’instar du Stockholm Royal Seaport en Suède. Dans ce un projet d’éco-ville, le tri des déchets ainsi que leur acheminement se font par des réseaux souterrains ; de cette manière, on évite l’utilisation polluante des camions récolteurs, tandis que la chaleur produite par l’action du tri est récupérée pour être réutilisée chez les habitants. Dans le même esprit, l’entreprise française Qarnot computing utilise des "ordinateurs-radiateurs" : la chaleur produite par les ordinateurs en train de calculer sert à chauffer certains HLM parisiens. Le très green think tank français The Shift Project évoquait dans un rapport que « la transition numérique telle qu'elle est actuellement mise en œuvre participe au dérèglement climatique plus qu'elle n'aide à le prévenir. (…) La surconsommation numérique n’est pas soutenable. » L’expansion du "green IT" pourrait bien contrecarrer de telles conclusions.

 

Vers une dérive autoritaire ?

Mais les smart cities soulèvent d’autres questions, outre les enjeux écologiques au cœur desquels elles se situent, comme la gouvernance des données. L’intervention du privé dans la gestion des données, dans la maintenance des équipements, interroge sur le rôle de l’État et des collectivités dans le pilotage des informations récoltées sur les citoyens. La possession de telles datas ouvre la porte à une société de surveillance aux allures de roman d’anticipation. Le chercheur Francis Pisani met en garde les villes contre l’émergence d’une « datapolice » (comme à Los Angeles ou à Munich), et prône l’hybridation d’une vision technocratique à une vision collaborative du système.

L’autre problème posé par les smart cities est la question du niveau de vie qu’elles requièrent. Singapour, ville prototypique du genre, démontre bien que, poussée à l’extrême, la ville intelligente ne peut accueillir qu’une population riche. Or, si plus de la moitié de notre population vit en ville, les niveaux de vie de chacun sont très disparates.

Les acteurs de la smart city ont embrassé la problématique environnementale avec le déploiement d’équipements et de solutions green, un premier pas a donc été franchi. Reste à avancer sur les questions plus politiques et sociétales du sujet.

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