SMARTCITY
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4 scenarios d'impact du numérique sur l'urbanisme

Smart city
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Nicolas Douay, maître de conférences en aménagement et urbanisme à l’Université Paris Diderot et auteur de "L’urbanisme à l’heure du numérique".
Parler de smart city, c’est parler de politique

Nicolas Douay, maître de conférences en aménagement et urbanisme à l’Université Paris Diderot et chercheur à l’UMR Géographie-Cités, publie "L’urbanisme à l’heure du numérique" (Éditions ISTE), un ouvrage issu de son mémoire d’habilitation à diriger des recherches. Selon lui, le numérique impacte l’urbanisme de quatre manières différentes mais néanmoins complémentaires. Autant de scénarios possibles pour la smart city.

Quelle est le principal impact du numérique sur l’urbanisme ?

L’urbanisme n’a pas attendu le numérique pour bouger ! Les mutations technologiques ont souvent produit des changements sociaux importants qui se traduisent spatialement. Aujourd’hui, la ville intelligente fait ainsi partie des concepts incontournables. Il y a quelques siècles, l’imprimerie influença le développement des villes, plus récemment le train puis la voiture ont eu aussi des effets importants.

Aujourd’hui avec le numérique nous avons accès à de nouvelles quantités de données produites, traitées et distribuées, qui bouleversent les enjeux et les méthodes de l’urbanisme. Par exemple, cela permet de mieux informer et associer des acteurs qui ne l’étaient pas avant, voire de les intégrer à la décision par l’intermédiaire des technologies "civiques" que les anglophones désignent comme étant des Civic Tech. C’est là, un des changements majeurs car on a peut-être la possibilité de changer les rapports de pouvoir dans la production de l’espace.

 

Quel est le rapport entre le numérique, l’urbanisme et la smart city ?

L’expression "smart city" fait partie des concepts incontournables et dominants de la production urbaine contemporaine : résiliente, durable, créative, la ville se devrait maintenant d’être également "intelligente". Dans certains cas, ce terme peut apparaître comme un nouveau mode de narration des politiques urbaines sans en changer réellement la substance. Le "smart" est alors un outil pour développer l’acceptabilité sociale des projets, afin de convaincre les réticences locales. C’est aussi un outil pour séduire à l’extérieur, le tout dans un contexte de compétition entre les grandes métropoles. Sur le terrain, la réalité de la smart city est multiple, plus ou moins technique, plus ou moins privée, plus ou moins citoyenne ou investie par les institutions locales… En ce qui me concerne, j’ai observé comment le numérique a impacté les méthodes de l’urbanisme, mais aussi ses acteurs et ses processus. Et comment il a influencé la pratique de l’aménagement.

 

Vos recherches vous conduisent à formuler quatre hypothèses...

Oui. J’imagine quatre scénarios, quatre directions possibles pour l’urbanisme et la smart city. Pour résumer, il y a l’urbanisme de type "algorithmique", celui des experts, qui renouvelle la notion d’expertise et de rationalité par la technologie. La deuxième hypothèse pourrait s’intituler "l’urbanisme ubérisé", s’appuyant sur des plateformes privées. Le troisième scénario est celui d’un "wiki-urbanisme" avec des mobilisations citoyennes et le développement de modèles alternatifs. Enfin, le quatrième modèle est celui d’un urbanisme "open source", marqué par la transformation des pratiques participatives des institutions en charge de l’aménagement.

 

Où peut-on en trouver des illustrations concrètes ?

Si l’on voulait schématiser, on pourrait dire que Rio de Janeiro s’inscrit dans le premier scénario par son centre d’opération géant, conçu au départ pour faire face aux risques environnementaux et qui gère aujourd’hui les mobilités et les flux d’énergie. Le modèle ubérisé se retrouve dans les services bien connus d’auto ou de vélo partagés. Quant au troisième scénario, on le voit dans plusieurs villes du nord comme du sud de cette planète. À Marseille par exemple, on observe des usages du web qui nourrissent le débat public sur l’aménagement : pétitions en ligne, cartes participatives, groupes facebook. Dans la catégorie urbanisme open source, enfin, je citerai plusieurs initiatives en termes de budget participatif, dont Paris qui se distingue par l’ampleur des budgets.

 

Les élus et les décideurs doivent-ils - et peuvent-ils – se positionner au regard de ces quatre directions possibles ?

Ces modèles ne sont pas forcément exclusifs les uns des autres, dans la pratique ils sont surtout articulés dans des configurations locales qui sont forcément hybrides mais peuvent être dominés par une de ces dimensions. En fait, parler de smart city, c’est parler de politique et les responsables politiques et techniques des villes ont donc des choix à faire. Nous pouvons évoquer, par exemple, le cas de Montpellier qui a mis fin à son partenariat avec IBM pour reprendre le contrôle de ses données.
Ainsi, la ville intelligente ne doit pas se résumer à la technologie et aux perspectives de profits pour les groupes privés. Il faut penser plus largement aux usages et réintroduire du politique et de la politique au sens le plus noble du terme. Les élus et décideurs doivent donc s’approprier ses enjeux pour en faire un outil de développement et d’émancipation de nos villes.

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