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Covage : ouvrir le jeu pour atteindre les objectifs de couverture

Très Haut Débit
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Pascal Rialland, président du directoire de Covage.
Lorsqu’on commence à exploiter le réseau, le rôle des élus locaux est très important. Ils nous aident à résoudre les problèmes, (...) à expliquer, à faire accepter les choses.

Arrivé mi-octobre à la tête de Covage, dans un mouvement qui a également porté François Rubichon à la tête du conseil d'administration de l’opérateur, Pascal Rialland, transfuge de la direction BtoB du groupe Altice, compte s’appuyer sur la force de frappe financière de ses actionnaires pour avoir un rôle beaucoup plus actif dans la couverture très haut débit du territoire, que ce soit sur les Réseaux d’Initiative Publique ou sur les réseaux privés.

Votre arrivée marque-t-elle une inflexion dans la stratégie de Covage, ou vous allez rester sur les mêmes bases ?

La stratégie d’être un opérateur de réseau fibre reste identique. Mais nous avons plusieurs dimensions nouvelles. La première, c’est que le nouvel actionnaire [Partners group], arrivé en janvier 2016, donne à Covage des moyens plus importants pour investir. Et il est moteur pour qu’on déploie davantage de réseaux, à la fois dans les zones d’initiative publique, mais aussi, si on le peut, dans les zones privées. De la même manière, si des opportunités de consolidation des réseaux se présentent, nous voulons en être un des acteurs, comme nous l’avons montré avec le rachat du Tutor.

Peut-on mettre des chiffres sur cette accélération ?

Partners Group gère un volume d’actifs qui se montait en début d’année à 58 Milliards d’euros. C’est une société qui fait rentrer tous les ans 10 milliards d’euros sous gestion. Un tel actionnaire, il faut qu’il investisse, et l’infrastructure numérique est un domaine d’investissement intéressant. Cela nécessite beaucoup de Capex, mais la rentabilité est assez prévisible et clairement modélisée. D’autres acteurs du marché possèdent des infrastructures, mais ont aussi beaucoup de dettes. Notre problématique à nous est d’avoir beaucoup d’actifs et de trouver des modèles dans lesquels nous allons pouvoir les investir.

La question de la croissance de la croissance externe reste ouverte, après le rachat de Tutor ?

Nous, ce qui nous intéresse, c’est de consolider le marché, quel qu’en soit le moyen. Pour le moment, on ne voit pas de consolidation à court terme. Mais le THD est une industrie qui, par nature, ira vers une relative consolidation. Elle se fera entre quelques opérateurs intégrés qui vont garder leur réseau, et d’autres opérateurs - comme Covage - qui resteront des opérateurs de réseau dont le métier est de louer leurs infrastructures à des opérateurs de services. Je pense que la consolidation est prévisible dans les trois ans qui viennent.

La « menace » de SFR de fibrer toute la France à ses frais reste-t-elle une menace ?

Les déclarations qu’a faites SFR ont eu pour effet de déstabiliser le marché. Elles ont déstabilisé certains acteurs, mais aussi des élus locaux et les pouvoirs publics, puisqu’elles remettaient en question un certain modèle [celui des Réseaux d’Initiative Publique] qu’ils avaient mis en place. Le sujet de fond, cependant, est un sujet économique, social et politique. Il s’agit de la capacité de créer un environnement qui permette d’atteindre le « numérique pour tous » dans les délais qui ont été indiqués. Et, à mon avis, la question reste totalement ouverte aujourd’hui.

Le plan THD de l’Etat est basé sur une approche « tout fibre », sans fermer la porte à des technologies alternatives, notamment mobiles. Le développement en cours de la 5G, qui offre des forts débits et une très faible latence, ne remet-il pas un peu en question dans la durée ce modèle « tout fibre », qui est celui de Covage et d’autres acteurs du même marché ?

J’ai fait une étude approfondie de la 5G. La technologie 5G, qui aura une densité de réseau 5 fois supérieure à la 4G, va requérir énormément de fibre, puisqu’il faudra une granularité forte pour relier les stations. Avec le débit et la faible latence de la 5G, on pourrait avoir accès aux mêmes applications qu’avec la fibre. Mais si l’on tient compte du modèle économique de la 5G d’une part, et de la stabilité intrinsèque d’une connexion fibre par rapport à une connexion sans-fil d’autre part, on peut penser que le remplacement de la fibre par la 5G ne répond qu’à des cas d’usage très marginaux. La 5G sera un facteur d’accélération de la fibre, notamment en France, puisqu’on veut fibrer tout le monde en 2022.

 

Certains RIP de première génération ont démarré sur des petits territoires. Depuis, sous l’impulsion du l’Agence du Numérique, de l’Etat et du régulateur, la maille s’élargit…. Quelle est pour vous aujourd’hui la bonne maille territoriale pour déployer des Réseaux d’Initiative Publique ?

Lorsqu’on lance un projet de DSP à l’échelle d’un département, c’est d’ores et déjà une géographie très vaste, qui requiert en général une planification de 5 ans, mais qui permet encore de maîtriser les urgences par rapport à la réalité du besoin des populations. Si on allait sur des territoires plus vastes, on commencerait à rentrer dans des degrés de complexité très élevés en matière de management de projet.
Ensuite, en matière d’exécution, on distingue deux dimensions. La première, c’est qu’on parle de projets qui emploient beaucoup de main d’œuvre. Quand on déploie un département, on emploie 500 personnes pendant toute la durée de la construction du projet. C’est donc des machines à créer de l’emploi, des machines à créer de l’insertion. Pour agir à une échelle locale, in ne faut pas aller beaucoup plus loin que le département.
Puis, lorsqu’on commence à exploiter le réseau, le rôle des élus locaux est très important. Ils nous aident à résoudre les problèmes quand on fait des trous dans les routes ou à poser des points de mutualisation au milieu d’un lotissement. Ils nous aident à expliquer, à faire accepter les choses. Lorsqu’on rentre enfin dans la commercialisation, on le fait énormément au niveau local, en faisant des présentations dans les salles communales. C’est donc des projets qui ont très ancrés localement.

Un avis de l’Arcep du 25 octobre dernier, suite à une saisine du Sénat sur la couverture numérique des territoires, confirme « l’impérieuse nécessité d’accélérer la couverture numérique des territoires » et préconise que les engagements de couverture des opérateurs privés [en zone AMII notamment] leur soient juridiquement opposables. Qu’en pensez-vous ?

Si on veut atteindre la couverture THD dans les délais impartis, il faut être réaliste et ouvrir le jeu pour que des opérateurs comme Covage, qui ont les moyens techniques et financiers d’investir, puissent déployer de la fibre dans les mois et les années qui viennent. Il ne faut pas sombrer dans le jeu des petits arrangements entre amis où seulement quatre opérateurs ont le droit de jouer.
Nous avons, dans de nombreuses régions de France des réseaux qui sont déployés ou en cours de déploiement. Dans le périmètre immédiat de ces réseaux, il est beaucoup plus simple pour nous de venir déployer par nos propres moyens que de demander de le faire à un opérateur qui avait vaguement l’intention de s’y mettre, et qui ne l’a toujours pas fait.
Prétendre que cette situation serait conflictuelle est un faux débat, parce que nos réseaux sont par définition neutres et ouverts. L’opérateur qui, dans ces endroits-là, n’aura pas déployé de réseau parce que c’était peu rentable et très difficile, aura accès à une architecture qu’il connait et qu’il sait techniquement et financièrement pertinente. Quand nous déployons, un réseau, cela n’a d’intérêt économique que dans la mesure où Orange, SFR, Bouygues et Free l’utilisent. Alors que quand un opérateur intégré déploie son réseau, la nature humaine fait qu’il aura envie d’être le seul à l’utiliser.
Ce que nous offrons aux élus locaux, c’est la garantie que quand la fibre est mise en ouvre par nos soins, ce n’est pas pour faire beau ou pour empêcher un concurrent de s’installer, c’est au contraire pour que l’intégralité des opérateurs de services viennent faire leurs offres au client final. Nous avons beaucoup de moyens pour investir, il ne faut pas se laisser enfumer en essayant de protéger un statu quo.

 

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