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Angers accueille le World Electronics Forum

Interview
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Christophe Béchu, maire d'Angers
La smart city, un atout économique de ré-industrialisation de notre territoire

Certification French Tech et inauguration de la Cité de l’objet connecté en 2015, création du PAVIC, la plate-forme d'aménagement de la ville intelligente et connectée, en 2016, obtention des 5 arrobases "Ville Internet" en 2017... Rien ne semble pouvoir arrêter l’ambition numérique d’Angers, qui accueille le World Electronics Forum du 24 au 28 octobre. Dans une interview publiée dans Smart City Mag #11, son maire, Christophe Béchu, est revenu sur les racines technologiques de sa ville et sur le levier économique que représente, ici, la smart city.

Historiquement liée à de grands groupes électroniques installés sur son territoire, Angers est aujourd’hui une ville labellisée FrenchTech et qui accueille une Cité de l’objet connecté. De quoi renforcer votre ancrage dans le numérique ! Comment s’est créée une telle identité ?

Beaucoup de gens ont oublié qu’il y a 30 ans, Angers était un berceau de l’électronique, il y avait autant d’emplois dans ce secteur qu’à Grenoble. Nous avions en particulier l’entreprise Bull, acquise depuis par Atos, qui avait 3 000 salariés à Angers pour assembler des ordinateurs, et Thomson qui disposait de 6 000 personnes pour faire des téléviseurs. Cette histoire-là explique en partie ce qui se passe aujourd’hui. De tout ça, il reste encore plus de 7 000 emplois dans l’électronique répartis dans 900 entreprises, et ces chiffres ne prennent pas en compte tous les secteurs et les métiers qui intègrent de l’électronique...
À un moment, à l’intérieur du digital, du numérique, de l’électronique, peu importe le mot qu’on utilise, pour exister sur une carte et pour essayer d’en faire un axe de développement économique, il faut choisir une branche ; donc se baser sur une niche. Pour nous, cet axe ce sont les objets connectés, et le point de départ, c’est la labélisation, par le gouvernement français, d’une Cité de l’objet connecté. Elle a été confiée à un groupe d’entrepreneurs et nous, ville, nous nous sommes demandés comment nous pouvions être "la ville connectée qui abrite la Cité de l’objet connecté", et pas uniquement "la ville dans laquelle il y a une Cité de l’objet connecté".


Quelle est votre ambition pour votre ville ?

Bâtir la ville intelligente est une idée qui existe depuis longtemps ; elle est liée aux préoccupations d’une ville plus durable et d’une meilleure qualité de vie. À partir de là est née l’ambition de regarder comment la technologie peut être mise au service d’une facilitation de la ville au quotidien, avec des projets lancés par mes prédécesseurs comme la carte A’tout [permettant d’accéder à divers services de la ville, NDLR] ou les tablettes numériques dans les écoles, sans que ce soit coordonné. Nous avons donné une impulsion nouvelle en réfléchissant à la manière dont les objets connectés pouvaient être au cœur de notre stratégie smart city et qu’ils servent un potentiel économique – parce qu’il y a un potentiel économique sur l’internet des objets qui est considérable !

 

Votre proposition, c’est de devenir un laboratoire de la smart city, et même un « territoire exemplaire d’expérimentation » si l’on reprend les termes de votre conseillère à l’économie numérique et à l’innovation, Constance Nebulla...

Nous ne gagnerons jamais la bataille des subventions - ce n’est pas parce que je propose à une entreprise une somme qu’elle va s’installer sur mon territoire -, et nous ne disposons pas non plus d’un coût du travail avantageux à Angers par rapport à d’autres villes de France... Alors, comment puis-je à la fois être très innovant, permettre un levier économique, proposer quelque chose que les autres ne peuvent pas offrir ? La réponse, c’est le laboratoire !
Angers est une ville à taille humaine, suffisamment grande pour pouvoir tester toutes les solutions destinée à une métropole - avec son intermodalité, avec toutes les questions énergétiques classiques, avec ses 40 000 étudiants - et en même temps une proximité avec les décideurs qui fait que, si demain on lance une expérimentation, vous pouvez discuter directement avec le maire et ça peut se concrétiser rapidement ! Enfin, nous avons également un atout conjoncturel : de grands quartiers intramuros sont en train de pousser en bordure du tramway. Cela nous donne la possibilité, quasi unique, de construire la ville de demain sur un terrain vierge de 200 hectares en cœur de ville. Voilà le contexte et pourquoi nous pouvons être un terrain d’expérimentation.


Parmi les enjeux d’un territoire d’expérimentation : savoir travailler avec d’autres acteurs. Quels sont vos rapports avec les entreprises locales et comment mettez-vous en œuvre, ensemble, les projets smart city ?

Nous avons deux leviers pour agir : d’abord, dans le cadre des services que la ville rend aux habitants, et ensuite via l’association PAVIC, qui propose aux entreprises de tester des dispositifs sans que la vocation de ces-derniers soit municipale. La ville ne subventionne pas les start-up mais elle peut utiliser leurs produits, et leur permettre ainsi de les référencer. C’est ce que nous avons fait dans le foyer logement de la ville, où les aides-soignantes testent des coussins connectés. Nous pouvons également étudier des solutions pour voir ce qu’elles donnent dans le cadre d’un usage à grande échelle : ainsi, nous avons mis des capteurs dans nos conteneurs enterrés pour détecter les niveaux de remplissage et déclencher de façon plus intelligente les tournées des éboueurs.

 


Il y a une sorte de concurrence territoriale, toutes les villes tentent plus ou moins de devenir LA capitale d’un savoir-faire numérique. Est-ce qu’il y a de la place pour tout le monde ?

Les territoires étant en compétition les uns avec les autres, tout le monde a intérêt vis-à-vis de ses citoyens ou vis-à-vis d’investisseurs potentiels d’insister là-dessus... Pour tirer son épingle du jeu, il faut une singularité ou une réalité qui parle pour nous : en l’occurrence, notre Cité de l’objet connecté, qui nous apporte quelque chose de concret, et surtout l’accueil du "Davos de l’électronique", qui se tiendra à Angers fin octobre [le World Electronics Forum, NDLR].
Notre enjeu autour de la smart city n’est pas dans la communication grand public, même si nous souhaitons que nos habitants soient nos ambassadeurs ; notre véritable ambition, c’est que les acteurs viennent physiquement et économiquement, en investissant. La particularité peut-être, par rapport à d’autres villes, c’est qu’au-delà de l’intérêt pour un mieux vivre-ensemble, la smart city est un atout économique de ré-industrialisation de notre territoire. Dans le domaine de l’électronique, l’enjeu depuis 20 ans est d’avoir les composants et les produits au prix le moins élevé. Mais aujourd’hui il y a une nouveauté : l’attente du client. Il veut un produit pas cher mais personnalisé. La customisation génère un nouveau besoin de main d’œuvre ; or, il y a 50 000 emplois dans le manufacturing dans le Grand Ouest... C’est là qu’est notre pari économique.


Est-ce que le contexte de baisse des moyens de l’Etat aux collectivités change fondamentalement vos projets ?

Dans ce contexte, l’un des moyens pour ne pas dégrader les services publics, c’est de s’interroger sur la manière dont la technologie peut apporter des services qui n’existaient pas ou remplacer les dispositifs existants. Mais ce qui est complexe quand vous êtes dans la sphère publique, ce sont les temps de tuilage... Ce n’est pas parce que nous proposons une solution de paiement du stationnement par SMS que nous pouvons supprimer le paiement par pièce au parcmètre et la personne qui s’en occupe. De la même manière, la dématérialisation ne s’est pas accompagnée de la disparition des guichets.
La tendance globale, c’est que la smart city n’est pas un problème pour le budget des villes ; elle participe aux réponses que nous sommes capables d’apporter. Je ne crois pas du tout à une corrélation entre la baisse des budgets des collectivités locales et la diminution de moyens consacrés à des technologies innovantes. Au contraire, ça peut être le moyen de résoudre cette injonction paradoxale qui consiste à dire qu’il faut faire mieux avec moins.


Au-delà de votre implication locale à Angers, vous avez eu un mandat de sénateur pendant 6 ans qui vient de prendre fin. Comment le Sénat peut-il être un vecteur de bonnes pratiques du numérique ?

Je ne peux pas nier qu’il y a une nuance dans les approches des uns et des autres au Sénat, que le numérique ne veut pas dire la même chose pour tout le monde et que certains de mes collègues sénateurs considèrent avant tout le numérique comme une absence de zone blanche pour les téléphones portables... Mais à l’inverse, il y en a qui mesurent pleinement le sujet.
Certains comprennent l’importance d’accompagner les commerçants dans le e-commerce. D’autres se préoccupent des conséquences du numérique car ils appartiennent à la commission de la Défense, et ils mesurent qu’il y a des questions autour de la souveraineté numérique, du partage des données, du risque de concentrer des données dans les mains des GAFAS. Vous en avez aussi qui, comme moi ont une approche par le biais des usages urbains et de la question des smart cities. D’autres encore, au sein de la commission du Développement Durable, vont vous parler des smart grids car leur obsession c’est la réduction de la part du nucléaire... La vérité, c’est que le numérique étant présent dans plein de secteurs, chacun, de là où il se situe, est confronté à des révolutions rendues possibles par des technologies nouvelles, sans avoir forcément conscience que cela fait partie d’un tout, voyant une partie des effets et des impacts. Mais globalement, il y a une progression de la culture numérique et de la compréhension de ses enjeux qui se fait à une vitesse accélérée, au Sénat comme ailleurs.

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