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LE MAGAZINE DES VILLES ET DES TERRITOIRES CONNECTÉS ET DURABLES

Le quartier d’innovation urbaine, un concentré de solutions

Interview
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Albane Godard, directrice de l’Urban Lab chez Paris&Co.
Concentrer, sur des territoires représentatifs des situations urbaines, les prototypes à tester

Depuis son inauguration en juin dernier autour de Station F, le quartier d’innovation urbaine de Paris&Co - l'agence de développement économique et d'innovation de Paris – accueille régulièrement de nouvelles solutions afin de répondre aux enjeux urbains. Retour avec Albane Godard, directrice de l’Urban Lab chez Paris&Co, sur cette initiative qui mêle territoire et expérimentations.

En quoi consiste le projet de quartier d’innovation urbaine que vous avez inauguré récemment avec Paris&Co ?
Depuis maintenant sept ans, nous accompagnons les entrepreneurs dans leur preuve de concept en conditions réelles sur la métropole parisienne, avec des projets épars et éphémères (plus de 200 expérimentations à date). Cela nous a permis de développer une très forte expertise et une méthodologie unique sur l’expérimentation urbaine, basée sur le lien entre les acteurs, des outils éprouvés (cadre juridique notamment), l’évaluation des projets et la recherche constante du changement d’échelle. En nous appliquant à nous-même nos propres méthodes, nous avons également analysé les limites de notre dispositif, ce qui nous a poussés à imaginer une nouvelle approche : le quartier d’innovation urbaine.
L’objectif de cette démarche est de concentrer, sur des territoires représentatifs des situations urbaines, les prototypes à tester. Cette localisation sur un territoire circonscrit nous permettra également d’affiner notre connaissance du terrain - les flux, les commerces, la sociologie des usagers... - et d’être ainsi plus pertinents dans nos analyses d’impacts.
Pour commencer, nous avons choisi un territoire dans le 13ème arrondissement de Paris, autour de la station F, la BNF et l’Université Paris Diderot. Ce quartier, en fin de transformation urbaine avec de vastes routes, des bâtiments conçus de manière écologiques et concentrant d’importants flux piétons, est particulièrement représentatif des villes récentes. Sur ce quartier, nous allons concentrer pendant au moins 3 ans un ensemble d’innovations visant à transformer la ville et à répondre à ses enjeux. Notre objectif est d’impliquer toutes les parties prenantes locales telles que la BNF, la SEMAPA (Société d'Economie Mixte d'Aménagement de Paris), des structures comme UsineIO ou encore les associations de quartier, afin de créer de la porosité entre eux et les entrepreneurs.

 

Matrioshka, le mobilier urbain connecté à énergie positive.

Vous allez y expérimenter de nombreuses solutions innovantes pour transformer la ville. Pouvez-vous nous détailler ce qui a déjà été testé sur ce territoire ?
Nous avons déjà implanté Matrioshka, un mobilier urbain connecté à énergie positive, de l’association Quatorze. Il possède des assises et des tables, une borne wifi, des panneaux photovoltaïques permettant de recharger son ordinateur ou son portable. Il est en test pour quatre mois. Nous avons également installé un conteneur de production de fraises, proposé par la société Agricool. Leur objectif est d’étudier à la fois la qualité de leur production mais aussi les besoins d’entretiens et de maintenance ainsi que les canaux de distribution locaux, sur un an. Nous travaillons enfin avec la start-up Mojjo pour positionner un service de suivi de match de tennis sur un terrain public de l’arrondissement. D’autres innovations devraient prochainement être positionnées sur ce territoire.

 

Des voix s’élèvent pour accorder un droit à l’expérimentation aux collectivités, autrement dit sortir des contraintes des marchés publics et autoriser la prise de risque, voire l’erreur... Quelle est votre opinion sur ce sujet ?
Pour un acheteur, public ou privé, acheter une solution innovante revêt un risque – que l’outil ne fonctionne pas, que l’utilisateur n’y adhère pas, qu’il possède des contraintes de maintenance plus importantes, etc. L’expérimentation permet de réduire ce risque par un test en amont. On peut évaluer ainsi la perception des usagers, les besoins opérationnels, les nouvelles contraintes,…. Il n’est en outre pas simple d’écrire un cahier des charges prenant en compte des produits ou services qu’on n’a jamais vu ou essayé ; l’expérimentation peut également permettre cette ouverture en accordant le droit d’être surpris et en stimulant les propositions nouvelles face à un enjeu donné. Il y a quelques années, nous avions testé de nombreuses solutions pour les abribus que l’on voit aujourd’hui, dans leur version améliorée, dans tout Paris. C’est un très bon exemple.
De plus, l’expérimentation permet d’évaluer les dysfonctionnements ou freins éventuels. Dans le cadre d’un programme sur la logistique urbaine, nous tentons par exemple, de tester des nouvelles solutions de consignes dans l’espace public. Ces tests n’aboutissent pas pour l’instant, pas parce que la solution technique n’est pas satisfaisante mais parce que de fortes contraintes réglementaires freinent le déploiement de ces pilotes. Même si nous n’arrivons pas au bout, cette expérience est déjà intéressante car elle nous a permis d’identifier les points de blocage, sur lesquels la collectivité devra agir si elle souhaite développer ce type de solutions. On devrait valoriser ce droit à l’erreur, il permet à tous d’avancer.

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