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THD : Covage sceptique sur le projet d’Altice

Interview
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Jean-Michel Soulier, p-dg de Covage
Ce que les collectivités attendent, c’est que le THD soit aussi un booster pour la formation et l’emploi

Réagissant au projet d’Altice (fibrer toute la France d’ici 2025 sans aucun argent public), Jean-Michel Soulier, p-dg de Covage, revient sur les atouts du modèle des RIP, qui d’après lui sort à chaque fois renforcé de ce type d’épreuve.

Quelle est votre réaction à l’annonce de SFR, qui a annoncé vouloir fibrer toute la France, y compris les zones dévolues aux opérateurs des Réseaux d’Initiative Publique (RIP) ? Y voyez-vous un risque pour le modèle de l’opérateur de RIP que vous êtes ?

Je trouve au contraire que cette annonce tombe à point pour renforcer le modèle des RIP et leur légitimité. Cela fait 15 ans que le RIP existent et que les grands opérateurs essayent de tuer ce modèle. Ce modèle n’existe que parce que les opérateurs ont décidé de ne pas investir et de ne pas ouvrir leurs réseaux. A chaque fois qu’un grand opérateur attaque le modèle des RIP, il utilise le même argument, mais le modèle de RIP résiste et en sort renforcé. Avec 15 ans d’investissement derrière nous, le bénéfice du très haut débit sur l’économie, l’emploi, de tous les effets positifs attendus, sont de plus en plus tangibles. Plus le modèle est critiqué, plus cela nous donne la possibilité d’en réexposer les atouts et de les renforcer.

 

La grande nouveauté, c’est que SFR annonce un réseau ouvert aux autres opérateurs…

Il n’y a aucune nouveauté, sinon un discours ambigu et non explicité. A chaque fois qu’un opérateur affirme vouloir exploiter un réseau là où il pas voulu investir de prime abord, il dit que son réseau sera ouvert… J’ajoute que SFR est le dernier à pouvoir faire ce type d’annonce, puisque chaque engagement qu’il prend est contredit par ses pratiques au cours de ces dernières années [Covage a repris la gestion du réseau THD des Hauts de Seine, initialement construit par SFR et « abandonné » par l’opérateur, NDLR].
Nous constatons par ailleurs que, même lorsqu’il y a d’autres réseaux d’infrastructure en place, ce sont les RIP qui marchent le mieux. Prenons l’exemple de Nantes. Nous soutenons un réseau d’initiative publique sur la métropole, alors qu’il y a déjà sur ce territoire un réseau Orange, un réseau Numericable et un petit bout de réseau Colt. Pourtant, c’est notre RIP qui fonctionne le mieux et qu’il y a le plus de gens qui s’abonnent. Les raisons sont multiples. En premier lieu, la concurrence crée la demande. La concurrence, ce sont des gens qui s’intéressent, qui s’informent et qui veulent se connecter à la fibre. Ensuite, on se rend compte que ces opérateurs ne construisent leurs réseaux que pour les clients les plus rentables, et ils ne vont dans un quartier ou dans une zone d’activité que lorsqu’ils sont sûrs d’avoir des clients. C’est exactement le contraire du modèle des RIP. Dans l’agglomération de Nantes, nous allons couvrir l’ensemble de zones d’activité de manière homogène, ainsi que l’ensemble des sites publics, et des zones où il y a des particuliers et des entreprises mélangés. Nous aurons un déploiement homogène, avec un tarif unique, et on ne fera pas de différence selon le client final qui veut s’abonner ni selon le FAI. 

Dernier point : lorsque vous êtes un opérateur intégré, que vous avez votre propre offre de services et vous affirmez que vous allez ouvrir votre réseau en gros (c’est le cas d’Orange), la vérité c’est que comme vous devez défendre votre part de marché, et les offres que vous faites à vos concurrents sont moins intéressantes.

 

Autre sujet d’actualité, c’est l’accélération du calendrier de déploiement du THD suite à la déclaration d’Emmanuel Macron, qui veut que tous les français aient un « bon débit » à fin 2020. Voyez-vous dans cette accélération possible une mise en cause du mix technologique de déploiement, au sein duquel la fibre est largement majoritaire?

C’est très positif que le gouvernement confirme et accélère le plan Très Haut Débit. Sur le long terme, il est normal qu’il s’appuie sur ce qu’il y a de plus stable [la fibre, NDLR]. Je ne pense donc pas qu’il y ait une remise en cause complète de ce qui a été décidé. En termes de mix technologique, le plan officiel THD pour les zones moins denses, c’est toujours 80 % de fibre et 20 % de technologies alternatives. Aujourd’hui, ce serait plutôt 15 % de technologies alternatives.
Avec cette impulsion nouvelle, on peut aller voir les départements avec lesquels on a de conventions pour voir comment on peut accélérer ce qu’on avait prévu de faire en 2022, selon quelles modalités, car certains projets départementaux ou régionaux prévoyaient une première tranche de déploiement d’ici 2020 ou 2022, puis le reste d’ici 2030 ou 2032.
Un autre sujet est celui des opérateurs de services. Je pense qu’il faut arrêter de leur faire constamment la cour aux grands opérateurs de services [Orange, SFR, Bouygues Telecom, Free] et chercher à valoriser davantage les opérateurs alternatifs. Les particuliers ne savent pas qui ils sont, et ils hésitent à les choisir, alors qu’en termes de contenus, de tarifs, de services sont au même niveau que les opérateurs nationaux.

 

Vous vous positionnez sur la 4G fixe. Quelle est la durabilité d’une telle solution ?

Elle est forcément valable jusqu’au jour où on déploie la fibre. Ma position, c’est que tout endroit qui a l’électricité devrait pouvoir avoir la fibre. Et en France, il y a pas mal de gens qui ont l’électricité. D’ici à ce moment, la 4G fixe est une solution que nous avons lancé dans certains de nos réseaux, notamment en Seine et Marne. Nous attendons que la collectivité obtienne la licence de fréquence de l’Arcep, qui devrait arriver avant septembre. C’est une solution très intéressante, qui se base sur les dernières technologies. Les premiers résultats semblent positifs. Financièrement parlant, ce n’est pas une solution structurelle rentable, elle demande donc le soutien financier du public, de la collectivité et de l’Etat.

 

L’écosystème du THD (industriels, opérateurs..) est-il en capacité d’accélérer la cadence pour déployer plus rapidement le THD ?

C’est un vrai sujet. Ce que les collectivités attendent, c’est que le THD soit aussi un booster pour la formation et l’emploi… Or, si pour accélérer la cadence, on doit acheter de la fibre en Chine et faire venir des ouvriers d’autres pays, pour se rendre compte, une fois la poussière retombée, qu’il n’y a eu aucun bénéfice pour la collectivité, ce serait vraiment dommage... Nous sommes d’accord pour accélérer le THD, mais dans une optique d’accélérer aussi la formation, l’insertion et l’emploi. Nous sommes sur ce point suivis par beaucoup de collectivités.

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