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Altice veut fibrer toute la France sans argent public

Aménagement du territoire

Surfant sur le souhait exprimé par le président de la république d’accélérer le déploiement du très haut débit, Altice saisit la balle au bond et propose au gouvernement de fibrer toute la France – zones RIP comprises – d’ici à 2025 sans aucun argent public.

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Michel Paulin, directeur général de SFR

Vrai projet industriel, ou annonce tactique pour négocier quelque chose avec le gouvernement et/ou le régulateur ? Présenté au cours d’une conférence de presse le 19 juillet dernier, le projet d’Altice, qui consiste à fibrer toute la France, zones RIP comprises, sans aucun agent public, ne rencontre pas une franche adhésion à l’approche de la trêve estivale. Mais il en faudrait davantage pour doucher l’enthousiasme de Michel Combes (p-dg de SFR et directeur général d’Altice) et de Michel Paulin (directeur général de SFR), qui portent le projet. Partant du postulat que le modèle actuel du plan Très Haut Débit (THD) est « obsolète » les deux dirigeants affirment que leur initiative pourrait « faire économiser jusqu’à 15 milliards d’euros aux pouvoirs publics ».
Rappelons que le plan THD est basé sur le découpage du pays en trois typologies de territoire : les Zones Très Denses (ZTD), qui comportent 6 millions de foyers, les zones d’Appel à Manifestation d’Intention d’Investissement (AMII), qui totalisent 12,3 millions de foyers, et les zones dévolues aux Réseaux d’Initiative Publique (RIP), avec 15 millions de foyers. Si dans les Zones Très Denses, la concurrence entre opérateurs est totalement libre et ouverte, les zones AMII, moins densément peuplées, prévoient une concertation entre opérateurs pour ne déployer qu’un seul réseau, qui sera ensuite partagé afin de ne pas dédoublonner des investissements à la rentabilité incertaine. Les zones RIP, en revanche, les moins densément peuplées, sont celles où les opérateurs privés ont décidé de ne pas investir dans les infrastructures en raison du faible potentiel de rentabilité supposé de ces territoires. La main y est laissée aux Réseaux d’Initiative Publique, qui bénéficient de subventions publiques. Or, selon Michel Combes, le modèle est perverti car « la subvention fait monter les prix », à un moment où l’industrialisation des déploiements en cours dans les autres zones fait au contraire chuter le prix à la prise.


Un réseau pour le THD… et la 5G

L’objectif d’Altice est très ambitieux en termes de calendrier, puisqu’il prévoit de fibrer 80%

Le projet ? 100 % de la France fibrée en 2025, sans aucune subvention publique

du territoire en 2022 et 100 % en 2025, ce qui suppose un rythme entre 2 et 3 millions de prises par an. Pour cela, le groupe annonce la création toute récente d’Altice Infrastructure, qui prévoit de démarrer ses travaux en septembre pour livrer ses premières prises à l’automne !
Pour preuve de cette "capacité à faire", Michel Combes évoque lamanière dont SFR a rattrapé son retard sur le mobile, après son rachat par Numericable. L’opérateur au carré rouge était bon dernier, derrière Free, dans la course à la couverture 4G du territoire. « Il fallait démontrer que nous étions capables de revenir sur le mobile, et nous l’avons fait, explique le dirigeant, nous avons maintenant le plus fort rythme de déploiement de la 4G en France ». Une affirmation que confirment les derniers chiffres publiés en juin dernier par l’ARCEP et l’ANFR (Agence Nationale des Fréquences) du nombre de sites 4G activés. « Maintenant, nous nous consacrons à la fibre, poursuit Michel Combes, elle servira au très haut débit, mais aussi à la 5G, puisque la fibre sera le backbone qui reliera les antennes ». L’autre motivation du groupe est d’être totalement propriétaire des infrastructures qu’il utilise, afin d’effacer les quelque 800 millions d’euros qu’Altice verse chaque année à Orange pour la location de son réseau.


Pas de nouveau monopole

« Nous sommes le n° 1 sur le THD en France, ajoute Michel Paulin, nous déploierons 1,7 millions de prises cette année pour atteindre les 11 millions avant fin 2017, notre capacité de déploiement est intacte ». Passer de 1,7 à « 2 et 3 millions de prises par an » - comme évoqué plus haut -, ne serait donc « pas un effort gigantesque » en termes opérationnels. Reste que pour le moment, aucun chiffrage n’a été fourni sur l’investissement que requiert un tel projet. En attendant, le groupe se défend de toute tentative de « recréer un monopole d’infrastructure » puisque son réseau sera « totalement ouvert aux autres opérateurs ».
Autre sujet qui n’a pas été clarifié par Altice, malgré nos questions en ce sens : ce que le groupe de Patrick Drahi attend précisément en échange de l’Etat si ce dernier consentait à « libérer les énergies » et à donner le feu vert à ce projet. Un projet qui remet en question tout ce qui a été fait en matière d’aménagement numérique du territoire au cours des quinze dernières années…

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