IoT : la Loire franchit le cap des 25 000 objets connectés sur son réseau LoRaWAN
Déployé depuis 2018 par le SIEL-Territoire d'énergie Loire, le réseau public LoRaWAN "ROC42®" compte désormais 25 000 objets connectés. Principalement utilisés pour la télérelève de l'eau, l'éclairage public et la gestion énergétique des bâtiments, ces équipements alimentent également de nouveaux services. Le syndicat vise 150 000 objets d'ici 2031, avec un enjeu majeur : atteindre l'équilibre économique du réseau.
Huit ans après son lancement, le projet de réseau public IoT départemental de la Loire vient de franchir une étape symbolique avec désormais 25 000 objets connectés. Lancé en 2018 par le SIEL-Territoire d'énergie Loire, syndicat mixte départemental compétent dans les domaines de l'énergie et du numérique, baptisé "ROC42®", ce réseau s'appuie sur 359 passerelles radio afin de couvrir quelque 320 communes du département.
« 25 000 capteurs, ce sont 25 000 façons d’agir plus intelligemment pour nos communes. Moins de gaspillage énergétique, un éclairage mieux adapté, un argent public mieux utilisé. Et une règle essentielle : les données restent dans la Loire, au service des collectivités et de leurs habitants. La technologie n’a de sens que si elle est utile au territoire », souligne Robert Regeffe, vice-président délégué au réseau de fibre optique THD42® et au réseau d'objets connectés ROC42®.
Le syndicat a fait le choix d'une infrastructure mutualisée, dont il possède l'intégralité des équipements radio. Le cœur de réseau, la plateforme et l'hébergement des données sont confiés à Requea. Les collectivités restent propriétaires de leurs données.
L'eau et l'éclairage public, principaux moteurs du réseau
Parmi les 25 000 équipements déployés figurent plus de 15 000 compteurs d'eau, 2 200 horloges connectées pour l'éclairage public et autant de capteurs de qualité de l'air intérieur, principalement dans les écoles.
La télérelève de l'eau constitue aujourd'hui le principal moteur du développement de ROC42®. « La Roannaise de l'Eau est actuellement notre plus gros utilisateur, avec environ 9 000 compteurs raccordés et un objectif de plus de 70 000 équipements », précise Franck Ruard, responsable de ROC42® et directeur du service public industriel et commercial (SPIC) du SIEL-TE.
L'éclairage public constitue un autre usage particulièrement apprécié des communes. Les horloges connectées permettent de programmer à distance les horaires d'allumage et d'extinction, mais aussi de les modifier ponctuellement pour des événements. Le syndicat vise à terme 4 000 à 4 200 équipements. Cette gestion à distance évite notamment de faire systématiquement intervenir une entreprise spécialisée pour modifier les programmations.
D'autres applications se développent. À Roche-la-Molière, quelque 300 à 350 vannes thermostatiques connectées ont permis de réaliser près de 30 % d'économies de chauffage dès la première année. À Saint-Chamond, des capteurs renseignent les automobilistes sur les places de stationnement disponibles. À Chalmazel-Jeansagnière, d'autres équipements contribuent à évaluer les risques de verglas. Une centaine de capteurs équipent également des points d'apport volontaire (PAV) pour suivre leur niveau de remplissage.
Trois millions d'euros investis, un équilibre qui reste à trouver
Depuis 2018, ROC42® représente environ 3 millions d'euros d'investissement, dont 435 000 euros de financements européens FEDER. Son fonctionnement coûte entre 100 000 et 150 000 euros par an.
Pour l’instant, le réseau n'a pas encore atteint son équilibre économique. Pour développer ses recettes, le SIEL-TE a créé en 2023 un service public industriel et commercial (SPIC), permettant d'ouvrir l'infrastructure aux entreprises privées. Six sociétés utilisent aujourd'hui le réseau, notamment Veolia Connected Solutions (anciennement Birdz), Solem et Sensing Vision.
La baisse des tarifs décidée en 2023-2024 a également favorisé l'adoption du service, souligne Franck Ruard. « Nous appliquons des tarifs parmi les plus bas du marché. La facturation s'effectue par objet connecté et par mois, avec une tarification dégressive : 32 centimes pour moins de 1 000 objets, 23 centimes jusqu'à 5 000, 19 centimes jusqu'à 10 000 et 15 centimes au-delà ». Cette grille tarifaire est identique pour les collectivités et entreprises. « Notre prévisionnel indique qu'avec 100 000 objets connectés, les recettes devraient permettre de couvrir une année de fonctionnement », explique Franck Ruard. Pour cela, le syndicat vise la connexion de 150 000 équipements à l'horizon 2031, principalement grâce à la télérelève de l'eau.
Huit années de déploiement : quels enseignements ?
Quels enseignements le SIEL-TE tire-t-il de huit années de déploiement d'un réseau LoRaWAN public ? Premier constat positif : la mutualisation de l'infrastructure permet aux petites communes rurales d'accéder à des services connectés qu'elles auraient difficilement pu déployer seules. Deuxième enseignement : les usages concrets, notamment l'éclairage public, ont joué un rôle décisif pour convaincre les élus. « La mesure à distance du niveau de remplissage d’un PAV ou le suivi de la qualité de l'air dans une école parlent davantage aux élus que la technologie elle-même », souligne Franck Ruard.
Mais plusieurs points de vigilance ressortent également de cette expérience. D'abord, la nécessité de s'appuyer sur des installateurs qualifiés. « Nous avons rencontré des situations où des antennes avaient été posées à l'envers, à l'horizontale, fixées de manière inadaptée ou placées dans des environnements défavorables à la propagation des ondes », confie le responsable. Ensuite, certaines applications, notamment le stationnement connecté, nécessitent une densification des passerelles et des réglages techniques spécifiques. Enfin, le modèle économique doit être anticipé : malgré la montée en puissance des usages, l'équilibre financier reste à atteindre.
Fort de cette expérience, le SIEL-TE étudie désormais des possibilités d'itinérance (roaming) avec les réseaux LoRaWAN des territoires voisins. « Cette approche permettrait de partager les couvertures radio au-delà des frontières administratives et d'éviter certaines installations supplémentaires », conclut Franck Ruard. Une perspective qui pourrait renforcer la mutualisation des infrastructures et accompagner le développement de nouveaux usages, notamment pour la surveillance des crues.