Comment le Grand Besançon exploite l'IA et les puces RFID pour améliorer la qualité du tri des déchets
Pour réduire les erreurs de tri et leurs coûts, Grand Besançon Métropole a expérimenté une solution combinant caméras embarquées dans les camions-bennes, intelligence artificielle et identification électronique des bacs via puces RFID. Objectif : cibler les actions de sensibilisation jusqu'à l'usager et améliorer la qualité du tri.
Avec un taux de refus de tri d'environ 26 %, Grand Besançon Métropole cherche à améliorer la qualité des déchets collectés dans ses bacs jaunes. « Les erreurs de tri représentent un enjeu financier important », souligne Matthias Mennecier, directeur de la gestion des déchets de Grand Besançon Métropole. Tout ce qui arrive au centre de tri sans y avoir sa place supporte d’abord le coût du tri, qui est d’environ 135 euros par tonne, précise-t-il. Il faut ensuite réorienter ces déchets vers l’unité de valorisation énergétique et payer leur traitement. Sur 3 000 à 3 500 tonnes par an, cela représente environ un million d’euros. Si l’on ajoute le manque à gagner sur la redevance incitative, mise en place depuis 2012, le coût de ces erreurs de tri se chiffre entre 1 et 1,4 million d'euros par an.
Des caméras embarquées et des bacs identifiés
En 2025, la métropole a équipé huit camions-bennes de la solution Lixo. Une caméra installée dans la trémie du camion, qui photographie les déchets lors de leur déversement. Les images sont analysées en temps réel par une IA embarquée, capable d'identifier les déchets visibles (pas ceux dans des sacs).
L'originalité du dispositif est l’association de ces images avec l’identifiant unique de chaque bac jaune, au moyen d’une puce RFID. La métropole a équipé de ce type de puces quelque 50 000 bacs jaunes depuis 2021. Pour combiner ces deux informations, la métropole a travaillé avec SULO, spécialiste des équipements de collecte et de leur identification électronique. Une plateforme associe donc automatiquement ces puces aux photographies prises par les caméras de Lixo. « Nous ne disposons pas uniquement d’une photo associée à un point GPS, mais nous pouvons, lorsque le type d’habitat le permet, remonter jusqu’à l’usager », explique Matthias Mennecier.
Notons que, parmi les erreurs de tri, figure des déchets particulièrement dangereux, souligne la métropole, dont des batteries lithium et des bouteilles de protoxyde d’azote. « Nous avons connu quatre départs de feu dans nos bennes en 2025. Les batteries sont à l’origine d’une grande partie de ces départs de feu », poursuit Matthias Mennecier. Quant aux bouteilles de protoxyde d'azote, elles peuvent exploser dans l’usine d’incinération, et ainsi endommager l’installation, ce qui a également un coût.
Des courriers ciblés et une « liste orange »
Sur la base de ces l’information traites par l’IA, une campagne d’information est organisée, avec, pour les habitants disposant d’un bac pucé, des courriers de ciblés personnellement. « Notre objectif n’est absolument pas d’entrer dans une logique punitive. Nous voulons simplement sensibiliser et responsabiliser les habitants », insiste Jean-François Menestrier, vice-président chargé de la gestion des déchets et de la propreté. En cas d'erreurs répétées, un ambassadeur du tri peut intervenir auprès de l'habitant. Dans l'habitat collectif, les actions sont menées à l'échelle de l'immeuble.
Notons que le dispositif peut également aider les ripeurs grâce à une « liste orange » de bacs présentant un risque élevé de pollution. Une alerte sur l'ordinateur de bord invite alors l'agent à vérifier leur contenu avant la collecte.
Une baisse de quelques points … avant une remontée
Les premiers résultats sont plutôt encourageants, estime la métropole, même si les économies générées par le dispositif restent à mesurer. Une campagne de sensibilisation menée en 2025 a notamment montré qu'il était possible de faire évoluer rapidement les comportements. « Nous avons observé en quelques semaines une baisse de quelques points du taux d’erreurs. C’était un effet assez immédiat. Mais les comportements ont ensuite tendance à revenir », constate Matthias Mennecier. D'où la volonté de prolonger les efforts. « Nous voulons désormais inscrire cette sensibilisation dans la durée, avec une campagne prévue sur 18 mois », explique Jean-François Menestrier. Cette nouvelle campagne sera lancée d’ici la fin 2026.
Par ailleurs, avec seulement huit camions équipés sur 32, certains secteurs ne sont analysés avec une fréquence insuffisante pour mesurer l'évolution des comportements, a estimé la métropole. Elle envisage donc d'équiper huit véhicules supplémentaires.
Enfin, les données pourraient également être prochainement utilisées pour optimiser l’installation des PAV. « Cette technologie nous apporte surtout de la connaissance. Elle pourrait ainsi nous permettre d’adapter le maillage du territoire en PAV. Si nous constatons que des bouteilles en verre se retrouvent systématiquement dans les bacs jaunes d’un secteur, nous pouvons nous demander s’il existe suffisamment de points d’apport volontaire à proximité », explique Matthias Mennecier. « Nous ne pouvons pas demander aux habitants d’avoir le bon geste si nous ne leur donnons pas les moyens de le faire », conclut-il.
Cet article est extrait du dossier à paraitre dans SCM N°77 sur les apports de l’IA et du numérique dans la gestion des déchets.



