Qu’est-ce que le Plan Eau et quels objectifs pour les collectivités ?
Le Plan Eau est un plan d’action gouvernemental annoncé par Emmanuel Macron, le 30 mars 2023 lors de son voyage à Savines-le-Lac, en réaction à la sécheresse de l’été 2022. Il doit permettre de répondre à trois enjeux forts, que sont la sobriété des usages, la réduction des pertes en eau et la préservation de la qualité de l’eau. Le Plan Eau est ainsi composé de 53 mesures concrètes, qui doivent permettre d’aboutir à une baisse de 10 % des eaux prélevées à l’échelle nationale d’ici 2030, par rapport à la moyenne 2018-2020.
Trois ans après son annonce, en avril 2026, le Gouvernement a dressé un point d’étape : 77 % des mesures prescrites sont mises en œuvre. Pour atteindre les objectifs du Plan Eau, les collectivités jouent un rôle central dans la modernisation de la gestion de l'eau, la réduction des fuites et la préservation de la ressource.
Réduire les fuites des réseaux d’eau : une priorité du Plan Eau
La réduction des fuites sur les réseaux d’alimentation en eau potable pour éviter les pertes inutiles est l’un des enjeux majeur du Plan Eau. La moyenne nationale des rendements des réseaux publics urbains d’eau potable s’établissait en 2023 à 84 %, tandis que pour les réseaux publics ruraux d’eau potable, elle s’élevait à 79 %. Ce qui signifie qu’en moyenne, 20 % de l’eau est perdue pendant son transport.
Pour réduire ces fuites d’eau, différents outils numériques peuvent être mis à contribution. En premier lieu les capteurs IoT installés sur les compteurs d’eau, qui vont mesurer les volumes en entrée et en sortie pour identifier les fuites. La télérelève est ainsi l’une des mesures phares mises en place par les collectivités. A l’image du Syndicat intercommunal des eaux de Ribemont (Aisne). La télérelève, par la détection des fuites, lui a permis de porter le rendement de son réseau à 93 %.
La recherche de fuite passe également par des détecteurs à ultrasons. Des robots d'inspection parcourant les canalisations ou des drones équipés de caméras thermiques peuvent également être mobilisés, c’est notamment le pari de la compagnie de chauffage intercommunale de l'agglomération grenobloise (CCIAG), qui utilise des drones dotés de capteurs thermographiques pour survoler le réseau pendant une journée.
Réutiliser les eaux usées traitées : un nouvel usage promu par le Plan Eau
La réutilisation des eaux usées traitées (REUT) figure comme un levier majeur pour préserver la ressource en eau potable. Cette pratique consiste à valoriser les eaux issues des stations d'épuration pour des usages ne nécessitant pas une qualité d'eau potable. L'objectif est de limiter les prélèvements dans les nappes phréatiques et les cours d'eau, mis à rude épreuve lors des épisodes de sécheresse.
Le Plan Eau prévoit ainsi de faciliter les projets de réutilisation et de simplifier certaines procédures administratives, tout en garantissant un haut niveau de sécurité sanitaire. Pour les collectivités, les applications sont nombreuses. Les eaux usées traitées peuvent notamment être utilisées pour l'arrosage des espaces verts ou le nettoyage des voiries.
Plusieurs territoires expérimentent la REUT. L’Agglomération de Cannes Lérins notamment réutilise ses eaux usées pour soutenir le débit du fleuve de la Siagne et l’approvisionnement en eau potable. Autre exemple à Strasbourg, où les chercheurs de l’Engess étudient, grâce aux mesures des capteurs de pression et de suivi de l’hydrodynamique, l’infiltration des eaux usées pour recharger les nappes phréatiques.
L’IA et les jumeaux numériques : les nouveaux outils des collectivités pour prédire l’évolution du réseau
L’intelligence artificielle est testée dans la plupart des usages des collectivités. Grâce aux algorithmes, les données collectées par les capteurs peuvent être analysées afin de détecter des anomalies, prévoir les besoins en maintenance et simuler l'évolution du réseau.
L’IA est aussi mise à profit pour modéliser le réseau et suivre son évolution. A partir des données de son hyperviseur, la métropole de Nice construit ainsi, avec le société Xylem, le jumeau numérique de son réseau pour avoir une vue globale sur l’ensemble du cycle de l’eau sur son territoire. De même, la Régie des Eaux de la Communauté de communes Albères Côte Vermeille Illibéris (CCACVI) est passée à la télérelève pour obtenir, via les données des compteurs, un jumeau numérique de ses installations.
Comment les collectivités peuvent-elles économiser l’eau dans leurs bâtiments publics ?
La sobriété des usages est l’un des trois enjeux fort du Gouvernement. De plus en plus de collectivités, à l’image de la commune de Rue dans la Somme, veulent déployer des capteurs IoT reliés à leur GTB pour suivre leurs consommations, détecter des anomalies comme les fuites d’eau, et améliorer ainsi la gestion des ressources dans leurs bâtiments publics.
Gestion de l’eau : quels financements pour les collectivités ?
Moderniser un réseau d'eau potable, déployer des compteurs intelligents, construire une unité de réutilisation des eaux usées traitées ou encore installer des capteurs de détection des fuites représente un investissement conséquent pour les collectivités. Afin d'accélérer ces projets, le Plan Eau s'appuie sur plusieurs dispositifs de financement destinés à accompagner les territoires dans leur adaptation au changement climatique.
Les agences de l'eau demeurent les principaux partenaires des collectivités. Elles soutiennent notamment les opérations visant à améliorer le rendement des réseaux, à sécuriser l'alimentation en eau potable, à réduire les prélèvements dans le milieu naturel ou à développer des projets de réutilisation des eaux usées traitées (REUT). Les modalités d'aide varient toutefois selon les bassins hydrographiques et les programmes d'intervention de chaque agence.
Le gouvernement a également renforcé les capacités de financement de la Banque des Territoires. Dans le cadre du Plan Eau, l'enveloppe des AquaPrêts a été portée de 4 à 6 milliards d'euros d’ici 2028 afin d'aider les collectivités à financer leurs infrastructures liées à l'eau. Ces prêts de long terme concernent aussi bien la rénovation des réseaux que les équipements destinés à préserver la ressource ou à améliorer la performance des services d'eau et d'assainissement. Un AquaPrêt de 8 millions d’euros a par exemple été octroyé en 2026 au syndicat Eau17 pour la nouvelle usine d’assainissement de Fouras.
À ces dispositifs s'ajoutent, selon la nature des projets, le Fonds vert ou encore certaines aides européennes mobilisables pour accompagner les investissements liés à la transition écologique. Pour les collectivités, l'enjeu consiste désormais à combiner ces différents leviers financiers afin d'accélérer la modernisation de leurs infrastructures tout en limitant leur reste à charge.



