Sur l’année 2025, trois collectivités sur quatre (77 % des collectivités de plus de 3 500 habitants) ont déjà engagé un projet IA ou s’apprêtent à le faire, estime le dernier baromètre annuel de l’Observatoire Data Publica. Désormais plus encadrée et bénéficiant d'offres d'intelligence artificielle dédiées aux collectivités, l’IA générative reste l’usage prédominant dans les territoires. Toujours selon l’Observatoire Data Publica, 84 % des collectivités qui expérimentent l’IA déclarent ainsi utiliser l’IAG, contre seulement 52 % il y a un an, une progression inédite depuis le lancement de ce baromètre en 2022.
« L’IA générative est perçue comme facile d’accès et peu coûteuse, elle est utilisée par toutes les tailles de collectivités, même les plus petites », indique l’étude. Les principaux usages de l’IA générative sont l’administration et la gestion interne (Assistance à la rédaction, synthèse de documents, recherche d'information, RH, préparation de délibérations, gestion documentaire) ainsi que la relation usagers (Chatbots, réponses personnalisées, accueil multilingue, orientation des administrés).
Quels sont les usages de l’intelligence artificielle dans les collectivités ?
Mais l’IA se développe également dans d’autres domaines. Son intégration dans les grands systèmes techniques des territoires devient relativement courante. C’est le cas notamment dans le domaine de l’eau. Pour rechercher les fuites sur un réseau d’eau, l’IA permet d’identifier les 20 à 30 % de canalisations qui contiennent 80 % des fuites (en se basant sur une base de connaissance de fuites existantes). C’est ce que propose la société Leakmited dont la solution est notamment déployée par la communauté d'agglomération de Blois. Dans la mobilité, l’IA sert à l’analyse d’images de capteurs vidéo, pour identifier les flux de déplacements (avec le détail sur les modes de déplacements : piéton, vélo, véhicule léger, poids lourd, trottinette …), mais aussi pour indiquer les places de stationnement disponibles. C’est ce que proposent des sociétés comme Upcity ou VizioSense.
Autres exemples : Rennes Métropole l’utilise pour optimiser le pilotage des installations d'assainissement ; Calais pour évaluer l’état de la voirie via des caméras embarquées ; Valbonne Sophia Antipolis pour lutter contre les dépôts sauvages de déchets via de l’analyse d’images de caméras. Et un nombre croissant de territoires l’utilise pour la détection précoce des départs de feux.
Ces usages, moins visibles, devraient se développer et même bientôt dépasser ceux de l’IA générative. « L’engouement pour ChatGPT et ses semblables va laisser la place à des usages moins spectaculaires, mais mieux maîtrisés. L’IA va notamment continuer de se déployer dans les systèmes exploitant des données techniques, afin d’optimiser la performance des services urbains. Elle contribuera peut-être ainsi à renforcer la résilience des territoires », nous confiait récemment Jacques Priol, président de l'Observatoire Data Publica et également président et fondateur du cabinet Civiteo.
Shadow AI : comment sécuriser les usages de l’IA ?
L’intelligence artificielle a bien souvent fait son arrivée dans les collectivités via un usage non encadré de l’IA générative par les agents ("Shadow AI" ou "IA clandestine"), ce qui présente des risques de fuites de données. Parallèlement, les territoires font face à un autre risque, celui de la dépendance vis-à-vis de grands acteurs étrangers de l’IA dont les solutions dominent le marché.
Les territoires doivent donc encadrer les usages en interne et aussi de favoriser le déploiement de solutions souveraines, notamment « immunisés » vis-à-vis des lois extraterritoriales américaines. Dans cette optique, elles sont de plus en plus nombreuses à déployer des chartes IA. En juin 2025, la Direction interministérielle du numérique (DINUM) a mis en ligne un "Portail des chartes IA dans l’administration" et a publié un " Guide d'usage de l'IA pour les agents publics " (rédigé avec la DITP et la DGAFP). Le portail référence déjà six collectivités ayant mis en place des chartes IA, dont quatre départements (Ille-et-Vilaine, Val-de-Marne, Alpes-de-Haute-Provence et Isère) ainsi que deux métropoles (Toulouse et Nantes).
Outre ces chartes, des initiatives autour du déploiement d’IA souveraines se multiplient également. La Ville d'Ajaccio et la Communauté d'agglomération du Pays Ajaccien (CAPA) expérimentent, par exemple, une IA où les données ne quittent pas l’environnement informatique du territoire. Le département de la Dordogne déploie pour sa part une IA générative souveraine open source pour les usages quotidiens des agents.
AI Act : quelles obligations pour les collectivités ?
Ces garde-fous devraient devenir incontournables, notamment avec la mise en conformité progressive des territoires à l’AI Act. Adopté en 2024, la majorité de ces dispositions sont entrées en vigueur depuis le 2 août 2026, notamment les règles de transparence imposant notamment aux territoires d'informer les utilisateurs lorsqu'ils interagissent avec une IA.
Pour les collectivités, l'AI Act implique également de recenser leurs usages de l'IA, d'encadrer les outils utilisés par les agents, de garantir une supervision humaine des décisions importantes et de mettre en place une gouvernance adaptée (charte d'usage, formation, documentation, gestion des risques). Les collectivités vont donc devoir progressivement se doter d'une véritable gouvernance de l'IA, avec des compétences dédiées (éventuellement un référent IA), des règles d'usage, de la formation et une supervision humaine, comme elles l'ont déjà fait pour les données personnelles avec le RGPD.
Pour accompagner les territoires dans le respect des principes de l’AI Act et plus largement les aider à déployer une IA de confiance, l’État et la Banque des Territoires, ont lancé en mai dernier le programme Territoires d'IA. « Ce programme repose sur deux leviers complémentaires. Le premier est la co-construction de cas d'usage avec les collectivités et avec notre partenaire Mistral au sein d'une IA Factory dédiée. Le second est un guichet de cofinancement permettant d'accompagner l'acquisition de solutions d'IA souveraines, avec un soutien pouvant atteindre en moyenne 50 % des investissements », indiquait Antoine Saintoyant, directeur de la Banque des Territoires et directeur général adjoint du groupe Caisse des Dépôts lors de la troisième édition de REX | Territoires Connectés et Durables.
Pour aller plus loin, lire notre dossier "Les IA dans les collectivités territoriales. Succès, échecs et expérimentations en cours" dans SCM n°65.
Rendez-vous également à la sixième édition des Assises de l'IA et des Territoires.



