« L’énergie n’est pas seulement un marché, c’est un enjeu de sécurité nationale. » En présentant, le 10 avril dernier, une partie de son plan d’électrification pour la France, Sébastien Lecornu a d’emblée placé la question énergétique sur le terrain de la souveraineté, au moins autant que sur celui du climat. L’objectif est ambitieux : faire passer la part des énergies fossiles de près de 60 % aujourd’hui à moins de 30 % d’ici 2035, tandis que la part de l’électricité doit progresser de 27 % à 38 % dans le mix énergétique national.
Les 22 mesures que contient ce plan ont finalement été intégralement dévoilées jeudi dernier. Elles feront l’objet d’un soutien public porté à 10 milliards d’euros par an à l’horizon 2030, contre 5,5 milliards aujourd’hui. Bâtiments, mobilités, industrie, agriculture : tous les secteurs sont concernés. Pour les collectivités territoriales, le message est clair : la sortie des énergies fossiles devient une doctrine publique, avec des conséquences directes sur le patrimoine bâti, les mobilités locales et la planification énergétique.
100 territoires d’électrification
La mesure la plus directement destinée aux collectivités est la création de « 100 territoires d’électrification ». Communes et intercommunalités volontaires seront sélectionnées d’ici l’été 2026. Leur mission : accélérer l’électrification des transports routiers, déployer les infrastructures de recharge, accompagner les ménages dans la sortie du fioul et organiser localement la sortie progressive du gaz, avec des objectifs chiffrés. Pour cela, l’Etat promet un accompagnement en ingénierie, un accès facilité aux dispositifs de financement existants, ainsi qu’un appui à la communication et à la sensibilisation.
Plus globalement, le volet bâtiment constitue le cœur du plan. Le gouvernement veut massifier les pompes à chaleur, avec un objectif d’un million d’installations par an d’ici 2030, et organiser la disparition progressive des chaudières à gaz. Ainsi, à partir du 1er janvier 2027, les logements neufs ne pourront plus utiliser le gaz. Les bâtiments tertiaires seront concernés dans les années suivantes. Même si ces mesures visent d’abord le résidentiel, elles envoient un signal fort aux collectivités (qui sont gestionnaires de bâtiments administratifs, d’écoles, gymnases, piscines ou encore d’équipements culturels). Elles renforcent mécaniquement les logiques déjà portées par le décret tertiaire et le décret BACS.
Autre axe majeur : l’électrification des transports. Le gouvernement vise deux voitures neuves sur trois en électrique d’ici 2030 et relance à la fois le leasing social (50 000 véhicules supplémentaires) et les aides aux « gros rouleurs ». Mais pour les collectivités, l’enjeu principal concerne surtout les infrastructures de recharge et l’électrification des flottes. Le programme Advenir sera réabondé avec une visibilité portée jusqu’en 2030.
Multiplier par cinq les bornes de recharge sur les grands axes
Parallèlement, le ministère des Transports vient d’ailleurs de publier sa stratégie nationale pour les grands axes : 30 000 points de recharge devront être déployés d’ici 2035 sur le réseau routier national, dont 22 000 pour les véhicules légers et 8 000 pour les poids lourds. L’objectif est de multiplier par cinq le nombre de points de recharge sur autoroutes et routes nationales.
« Le plein essor du véhicule électrique passe par un réseau de recharge dimensionné à la hauteur des enjeux », affirme Philippe Tabarot, ministre des Transports, dans un communiqué, « ce plan marque une accélération de notre action pour la décennie à venir, il ouvre aussi une nouvelle ère en lançant le déploiement massif des premières infrastructures dédiées aux poids lourds. »
Plusieurs organisations ou fédérations ont déjà réagi officiellement et plutôt positivement à ce nouveau plan d’électrification, notamment l’Avere France ou encore le Serce. Michel Gioria, directeur général du Serce, a d’ailleurs souligné le rôle essentiel qu’ont à jouer les collectivités dans l’interview qu’il nous a accordée la semaine dernière. Pour autant, un certain nombre d’interrogations subsistent, notamment en ce qui concerne la part du financement qui incombera aux collectivités.



