Dans quel contexte s’inscrit cette acquisition de Kuzzle ?
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| David Lelièvre, président du groupe Agora Makers |
C’est l’aboutissement d’un processus engagé depuis l’été 2025. Depuis le 16 mars, Agora Makers est désormais propriétaire à 100 % de Kuzzle. Jacques Le Conte, qui reste CEO, devient également le référent numérique du groupe.
Cette opération est la continuité logique d’une coopération de plusieurs années entre Kuzzle et notre groupe. Nous avions déjà travaillé ensemble, notamment à Brive où l’hyperviseur de Kuzzle sert à piloter l’éclairage public. Mais surtout, nous avons remporté ensemble, en mai 2025, l’appel d’offres de Strasbourg. Il s’agit de l’appel d’offres le plus important attribué en France, portant sur la digitalisation de l’éclairage public et des services urbains connectés. Kuzzle était alors sous-traitant déclaré dans notre groupement. Cela a confirmé que nous avions une complémentarité forte et que nous pouvions aller plus loin.
Qu’est-ce qui vous a convaincu de franchir le pas de l’acquisition ?
Plusieurs éléments ont été déterminants. D’abord, l’approche open source de Kuzzle, qui correspond à notre philosophie : les collectivités ne veulent pas être captives. Ensuite, la dimension française de l’entreprise, qui s’inscrit dans notre volonté de bâtir un pôle numérique souverain français. Enfin, il y a une rencontre humaine, notamment avec Jacques Le Conte, qui a été un facteur clé.
S’agit-il d’une opération de diversification ou d’intégration d’une nouvelle activité, ou un peu des deux ?
Les deux. Nous intégrons les solutions de Kuzzle à notre catalogue, ce qui nous permet de couvrir désormais l’ensemble du spectre : les supports de l’infrastructure avec les luminaires (Eclatec) et les mâts (GHM), les organes de communication (au point lumineux ou à l’armoire) ainsi que la supervision (Nexiode) et maintenant l’hypervision avec Kuzzle. Nous sommes aujourd’hui les seuls, à la fois acteur français et acteur mondial, à proposer une telle verticalité de l’offre.
Mais nous diversifions aussi nos activités avec l’hypervision, que nous allons continuer de proposer au-delà de l’éclairage public, comme le faisait Kuzzle. L’hypervision permet de couvrir de nombreux usages sur lesquels Kuzzle est déjà positionné, comme la Smart Building, la Smart Logistic et la Smart Santé.
Concrètement, qu’est-ce que cela change pour les collectivités ?
Les collectivités trouveront chez nous un guichet unique : un interlocuteur capable de traiter l’ensemble des aspects matériels et numériques de leurs projets. Cela veut dire moins de complexité, plus de cohérence et des coûts optimisés grâce aux synergies internes. Et surtout, un ancrage territorial fort : Agora Makers dispose du réseau commercial le plus dense du marché français, avec 18 agences et plus de 60 commerciaux, ce qui garantit proximité et réactivité.
Vous vous positionnez donc désormais sur le marché global du territoire connecté et durable (TCD) et plus uniquement sur celui de l’éclairage public ?
Oui. Mais ce marché a profondément changé. Il y a quelques années, la Smart City était perçue comme un levier d’amélioration du service au citoyen. Aujourd’hui, elle est avant tout vue comme un outil de réduction des coûts et des ressources. Une étude menée par Roland Berger début 2024 montrait même un certain désenchantement, renforcé par l’arrêt des fonds verts et le contexte économique. Aujourd’hui le marché de la smart city repart, mais avec un objectif de rationalisation des budgets de fonctionnement pour les collectivités.
L’éclairage public peut constituer l’épine dorsale de ces projets TCD en accueillant des nombreux capteurs IoT sur cette infrastructure mutualisable, déjà présente dans l’ensemble des territoires. Après le passage à la LED, les territoires sont en train de préparer la deuxième étape qui est la digitalisation de l’EP. La part de luminaires “Smart Ready”, capable d’être télégérés et d’accueillir d’autres équipements, est passée ainsi de 15% en 2023 à 35% en 2025. Cela signifie que les infrastructures sont en train de devenir compatibles avec la supervision, l’hypervision et plus largement de nombreux usages numériques.
Quel sera l’impact pour Kuzzle en rejoignant votre groupe ?
Cela ouvre de nouvelles opportunités commerciales pour les solutions d’hypervision puisque Kuzzle accède au réseau commercial d’Agora Makers. Cela ouvre également des perspectives d’innovation, car nous allons mutualiser nos ressources de R&D.
Cette acquisition s’inscrit-elle dans une ambition internationale pour le Groupe Agora Makers ?
Oui, très clairement. L’internationalisation est un enjeu majeur pour les années à venir. Nous nous sommes d’ailleurs structurés pour porter notre offre numérique hors de France. L’intégration de Kuzzle constitue un levier supplémentaire pour accélérer ce développement.
Cette opération est donc à la fois la concrétisation d’une collaboration déjà éprouvée et le développement d’un nouveau levier de croissance. Elle renforce notre empreinte industrielle nationale, ce qui nous permet de répondre encore mieux aux enjeux de souveraineté des territoires. Et cette acquisition nous donne également les moyens d’accélérer notre développement l’international.




