La fréquence des risques naturels s’accroît. Le début de l’année 2026, avec le passage de la tempête Nils mi-février, en est un exemple : Vigicrues, l’organisme de surveillance, a évoqué une situation de « crue généralisée ». Selon le ministère de la Transition écologique, le risque d’inondation concerne 16 000 communes, dont 300 agglomérations (soit 5,1 millions de personnes) dans l’Hexagone.
Les collectivités doivent donc continuer à se préparer au mieux. L’émergence d’offres intégrées constitue une vraie tendance sur le marché. Elle s’appuie sur le concept « d’alerte précoce », qui fait référence au niveau international, et qui repose sur quatre piliers : la connaissance des risques, la préparation, le monitoring et l’alerting. « Si une collectivité veut être efficace, elle doit bâtir une stratégie intégrant ces différentes briques », argumente Alix Roumagnac, CEO de Predict Services, société montpelliéraine filiale de Météo France, Airbus D&S et BRL.
Plusieurs outils méthodologiques sont destinés à les aider à s’organiser face à ces risques : des documents de planification comme les PCAET (Plan Climat Air Energie Territoriaux) et les PPRN (Plan de Prévention des Risques Naturels), et surtout les PCS (Plan Communaux de Sauvegarde) qui devront être obligatoirement déclinés à l’échelle intercommunale d’ici fin 2026. Par ailleurs, la troisième version du PNACC (Plan National d’Adaptation au Changement Climatique) prévoit le développement de la surveillance pour les principaux risques (inondations, feux de forêt, sécheresses).
Les acteurs du marché essaient ainsi de plus en plus de concevoir des offres répondant à l’ensemble de ces quatre thématiques. Predict Services par exemple revendique cette vision « 4 piliers ». Elle l’a packagée dans une offre qui va de l’analyse de vulnérabilité et la mise en forme du PCS jusqu’à l’assistance en salle d’opérations lors des épisodes de crise (pluie intense, crues soudaines, orages, vents violents, neige, feux).
« Nous utilisons aussi le jumeau numérique de la France, conçu par l’IGN, pour la compréhension des risques, puis nous opérons un suivi temps réel des aléas climatiques depuis notre salle des opérations, poursuit Alix Roumagnac, nous pouvons anticiper et simuler l'évolution d’un aléa, zoomer très précisément sur des bâtiments dans chaque commune, pour prévenir les élus des risques éventuels et leur permettre de mettre en œuvre les mesures et actions préalablement décidées et inscrites dans leur PCS. »
L’importance des modèles prédictifs en temps réel
Du côté des bureaux d’ingénierie, Egis illustre l’évolution vers des solutions intégrées et la bascule vers des modèles prédictifs en temps réel. Ainsi, face au risque d’inondation, sa solution Vigie Risk combine modélisation des risques hydrologiques, instrumentation locale (capteurs et caméras installés près des cours d’eau) et moyens de transmission et de stockage des données. « Avec Vigie Risk, nous pouvons prédire ce qui va se passer dans les minutes, heures et jours qui suivent, avec des modélisations par bassin versant », explique Xavier Lazennec, directeur de l’activité eau et énergie.
Intégrant une couche d’IA, la solution permet de croiser les données relevées avec les vulnérabilités particulières répertoriées sur un territoire (bâtiments ou infrastructures sensibles, par exemple) afin d’optimiser les actions de gestion de crise. « Récemment, nous avons adapté Vigie Risk dans des zones côtières pour le volet submersion marine, poursuit Xavier Lazennec, nous la déployons notamment à Cap Atlantique, l’agglomération de La Baule-Guérande ».
L’IoT au cœur des solutions
Les capteurs deviennent clé pour le monitoring. Une multitude de solutions sont proposées sur le marché. Tenevia par exemple est positionné sur la surveillance hydrologique avec des caméras intégrant de l’IA). Pour sa part, Vortex-io propose un capteur « 3-en-1 » combinant la mesure de la hauteur d’eau (avec un LiDAR), la vitesse d’écoulement (avec une caméra) et la température, le tout étant alimenté par une batterie et un panneau solaire et connecté aux réseaux 3G-4G.
Enfin, l’alerting constitue le dernier maillon de la chaîne, mais il doit lui aussi être pensé en amont, en cohérence avec le PCS. Le système national FR-Alert permet aux préfectures d’envoyer des messages géolocalisés sur les téléphones. Toutefois, il est uniquement mobilisable pour des phénomènes couvrant plusieurs communes simultanément. Il doit donc être complété.
Diverses applications mobiles existent pour permettre de garantir l’envoi d’alerte (par automate d’appels vocaux, SMS) à des listes de citoyens préalablement inscrits : TéléAlerte (commercialisée par F24, anciennement Gedicom), Contact Everyone (conçue par Orange Business), Cityc Alerte (éditée par CMRP), TéléAlerte (développée par CII Telecom), Trela (proposée par Intersec), entre autres.
Cet article est une actualisation des informations parues dans le dossier solutions du numéro 60 de Smart City Mag.



