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[Ateliers du Smart Cities Tour] Projets TCD : l’union des DSI (13&+) fait la force

Evènement

Mutualisation des infrastructures numériques, développement de l’IA, gestion de la donnée, médiation numérique … ces sujets ont dominé la première étape 2026 des "Ateliers du Smart Cities Tours", évènement coorganisé par Smart City Mag, la FNCCR et InfraNum, en partenariat avec la Banque des Territoires. Tenue le 5 février dernier à Martigues, cette journée d’échanges, de débats et de retours d’expériences a été accueillie par l’association DSI13&+. L’occasion de revenir sur les projets et réalisations de la cinquantaine de villes adhérentes à l’association. Les participants ont également pu travailler ensemble sur la définition et les usages de l’IA lors d’ateliers collaboratifs. Retour en images. Crédit photo : Caroline Malatrait.

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« DSI13&+ existe depuis dix ans. Il s’agit d’un réseau d’entraide, concret et opérationnel entre DSI de collectivités », a rappelé en introduction de l’évènement, Romain Rocca coprésident de l’association et directeur Innovation Numérique et des Systèmes d'information de Martigues (à gauche). « Les DSI ont énormément de problématiques communes, mais nous nous voyons trop peu. Le sens de notre association est justement de partager des bonnes pratiques liées aux usages du numérique dans les territoires ». Selon Jérôme Richard, DSI d'Aix en Provence et coprésident de DSI13&+ : « Ce qui fait l’ADN de l’association : le partage, la coopération et la bienveillance ». Sophie Caste, Directrice de l'Innovation Numérique & des Systèmes d'Information, ville d'Istres et également coprésidente de DSI13&+ a précisé que : « Les bonnes pratiques mais aussi les mauvaises expériences viennent nourrir nos échanges au sein de l’association qui dépasse désormais le département des Bouches-du-Rhône ».
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Emmanuel Mouton, Vice-Président de la Commission Territoires Connectés et Durables chez INFRANUM : a évoqué l’enjeu de l’interopérabilité des systèmes et solutions dans les projets de territoires connectés et durables. « Nous avons lancé un groupe de travail sur l’interopérabilité qui débouchera prochainement sur une charte d’engagement comportant plus de 26 points. L’idée n’est pas de produire un document théorique, mais d’aboutir à des engagements concrets des acteurs : capacité de réversibilité, respect de standards, structuration des données. Ce sont des sujets techniques, mais ils ont des conséquences directes sur la pérennité des investissements publics. »
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Quels modèles pour le passage à l’échelle des projets TCD ? Telle était la question centrale de la première table ronde. « Le passage à l’échelle repose autant sur la gouvernance humaine que sur la technique », a estimé Guillaume Collod, Chargé de programme Numérique Responsable à la Ville de Marseille. « Marseille est un "gros paquebot " et la transformation ne peut pas être brutale. La montée en compétences humaines a pris du temps. Il a fallu sensibiliser les métiers, les rassurer avant de pouvoir lancer les projets et ainsi développer une intelligence collective ».
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« Le passage à l’échelle à un niveau métropolitain pose des questions de gouvernance. Les enjeux sont moins techniques d’organisationnels », a souligné Lise Sarro, Directrice Adjointe, Direction des Solutions Numériques et des Données Territoriales à la Métropole Toulon Provence Méditerranée & Ville de Toulon. « Par exemple, nous avons un réseau LoRa métropolitain, mais nous découvrons parfois que des communes ont déployé leurs propres antennes ou souscrit des abonnements opérateurs. Multiplier les réseaux parallèles alors qu’une infrastructure existe déjà n’a pas de sens. Une gouvernance transversale est nécessaire pour éviter les doublons et construire une cohérence territoriale. »
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« Pour passer à l’échelle, l’important est de savoir pivoter. Si un cas d’usage n’est pas probant, il faut l’admettre et capitaliser sur l’expérience », a pour sa part estimé Marie-Christine Bouillet, Chargée de mission Territoire intelligent & Innovation, Métropole d'Aix Marseille Provence. « Nous avons, par exemple, déployé environ 60 capteurs pour le monitoring des points d’apport volontaire. Les résultats n’ont pas été suffisamment probants : données peu exploitables, difficulté d’appropriation par les métiers. Nous avons décidé de démonter ces capteurs. Plutôt que de les laisser inutilisés, nous avons choisi de les offrir à notre écosystème d’enseignement supérieur et de recherche ».
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Loïc Haÿ, conseiller technique, département numérique de la FNCCR : « Sans appui des élus ou des directions générales, et sans fédération des métiers, le passage à l’échelle ne fonctionne pas. La communication est essentielle : ateliers, réunions et retours d’expérience. Ces RETEX (retours d’expérience, NDLR) sont fondamentaux. Il faut montrer concrètement aux directions métiers et aux citoyens ce que le projet apporte. La fédération doit se faire à toutes les échelles. Une vision politique portée par le haut est indispensable pour entraîner l’adhésion. Mais il faut aussi la volonté des DSI et des agents de porter le projet car ce sont eux qui expérimentent et testent ».
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Pierre Dubois, CEO de Requea, a rappelé durant un keynote que son entreprise accompagne les collectivités sur le déploiement de réseaux LoRaWAN depuis dix ans. « Cette technologie existe depuis 2015 et fait partie des rares technologies IoT qui ont tenu leurs promesses, notamment en matière d’interopérabilité. Cela a été un gain majeur pour les DSI. Le passage à l’échelle de la technologie LoRa en France est le fruit d’une accumulation d’expériences, entre petites villes et grands délégataires. Mais déployer un réseau n’est qu’une étape. L’enjeu est la performance dans la durée : mesurer les KPI (indicateurs de performance), analyser les usages métiers, améliorer le pilotage... Il faut également suivre les évolutions de la technologie, notamment au niveau des cœurs de réseau (LNS) dont les capacités s’étoffent régulièrement ».
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5G, LoRa, fibre… Quelle connectivité et quels cas d’usage pour les projets TCD des territoires ? La deuxième table ronde a apporté des éléments de réponse à cette question centrale des projets TCD. « Nous avons commencé à déployer notre réseau LoRa il y a huit ans. Notre méthode a été de tester quelques capteurs pour un usage puis, si cela marchait, nous passions à l’industrialisation », a expliqué Sophie Caste, Directrice de l'Innovation Numérique & des Systèmes d'Information, ville d'Istres. « En 2025, nous avons ensuite lancé une expérimentation autour d’un réseau 5G privé. Deux cas d’usage guident le projet : la vidéoprotection et la téléphonie de gestion de crise ».
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« Arles est la commune la plus étendue en superficie de France métropolitaine », a rappelé pour sa part Nicolas Issart, DSI de la ville d'Arles. « Nous avons déployé 500 kilomètres de fibre intercommunale, avec aujourd’hui plus de 350 entreprises raccordées. Un réseau LoRa a également été déployé. Mais dans certains sites de Carmargue, apporter la connectivité a été très complexe. Nous avons par exemple réussi à connecter une entreprise de riziculture grâce à un réseau FH (Faisceau hertzien) couplé à un réseau Tetra (Terrestrial Trunked Radio -système de radio numérique mobile professionnel utilisé notamment par la police ou les pompiers). Cette combinaison nous a permis d’offrir une connexion à 100 Mbps symétriques à cette entreprise, perdue en pleine Camargue. La connexion 4G ou fibre n’y était pas possible ».
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Nicolas Marchal, Responsable Marchés Publics chez ielo a rappelé que son entreprise est « un opérateur neutre d'infrastructures télécoms dédié aux territoires et aux entreprises ». Il propose entre autres un réseau de fibre optique national déployé dans 120 agglomérations, soit 3 300 communes. « Nous accompagnons aussi les collectivités sur leurs réseaux propres. L’enjeu principal pour les territoires est la maîtrise du réseau dans la durée. Et cela n’est pas seulement une question de coût, c’est une question d’organisation. Il faut également une ingénierie contractuelle adaptée et inscrite dans la durée ».
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Les usages et le développement de l’IA dans les territoires étaient les thématiques centrales de la troisième table ronde. Jérôme Richard, chef du département Systèmes d'Information et d'Innovations Numériques de la ville d'Aix-en-Provence est revenu sur les risques d’hallucinations de l’IA générative. « Nous avons formé nos agents pour qu’ils vérifient ce que propose l’IA et repèrent ce qui peut relever de l’hallucination. Nous avons travaillé en ce sens avec le centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT) pour a fourni des MOOC assez bien faits ». Il a également évoqué les risques du Shadow IA : « le principal risque de cette utilisation non encadrée de l’IA est la fuite de données ».
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Youssef Baltagi, Directeur de mission Intelligence Artificielle, Métropole Aix-Marseille-Provence a présenté plusieurs usages de l’IA dont callbot (agent conversationnel automatisé) servant à optimiser la gestion des encombrants. Il a également évoqué une " application mobile de détection des désordres par computer vision ". « Très vite nous avons été confrontés à des questions éthiques », a-t-il précisé. « Nous avons donc rédigé une charte métropolitaine pour un usage éthique de l’Intelligence Artificielle, qui intègre différents principes, comme la transparence (identifier par un logo explicite les services numériques à base d’IA), la maîtrise humaine (l’IA ne doit pas se substituer à l’humain) ou la durabilité (IA répondant aux enjeux de numérique responsable) ».
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« Il faut déjà avoir des données propres. Si la donnée est mauvaise, l’IA sera mauvaise », a pour sa part rappelé Alexis Semmama, directeur général d’Eridanis. « La première étape est donc de travailler sur la qualité de la donnée et ensuite les mettre à jour régulièrement. Si vous ne faites pas ce travail et que vous n’avez pas structuré vos données, vous allez au-devant de problèmes. » Il a également évoqué la maîtrise humaine de l’IA. « L’IA doit être un outil d’aide à la décision, pas un outil qui décide à la place ».
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Benoit Fontaine, consultant IA Générative chez Orange Business a également évoqué la maîtrise humaine de l’IA qui reste incontournable. « L’IA ne doit pas remplacer les agents. Elle peut les aider à prioriser, à analyser, à classer des informations, afin de rendre moins rébarbatives certaines tâches. Mais l’IA ne doit pas servir à prendre des décisions politiques ». Il a également évoqué la nécessité de former les agents aux bons usages de l’IA et à comprendre son fonctionnement, notamment sur le volet algorithmique. « Si les agents ne comprennent pas ce que fait l’algorithme, ils ne l’utiliseront pas de manière efficace. La pédagogie est essentielle pour que l’IA ne soit pas un gadget, mais un véritable outil ».
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Accompagnement des seniors, des chercheurs d’emploi, des personnes touchées par l’illectronisme… quelles réponses apporte la médiation numérique pour lutter contre la fracture numérique. Tel était le sujet de la quatrième table ronde. Vincent Laroche, responsable du service médiation numérique de Martigues a rappelé que sa ville accompagne les habitants « depuis le début d’internet » via les Espaces Publics Numériques qui proposent de l’accès internet, du matériel et de la formation aux usages du numérique. « Les besoins d’accompagnement portent sur les démarches administratives, mais aussi sur le e-commerce ou la gestion de compte bancaire en ligne. Mais globalement ces besoins sont de plus en plus larges, notamment avec l’arrivée de l’lA, ce qui complexifie la médiation numérique ».
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Julie Perreard, responsable de la transition numérique de la ville de Berre l'Étang a évoqué la médiation numérique réalisée via sa médiathèque, une maison France services ainsi que la "Maison des associations et du numérique " qui a ouvert ses portes en 2024. « Dans ces différents espaces, nous proposons des rendez-vous individuels ou des ateliers animés par des conseillères numériques de la ville ou des partenaires ». Certaines activités sont régulières, comme l’accompagnement aux démarches administratives ou la création et la gestion d’une boîte mail. D’autres sont plus ponctuels comme le nettoyage d’un ordinateur ou d’un smartphone, mais aussi : « Comment booster son CV à l’aide de l’intelligence artificielle ? ".
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Christophe Caillault, élu au numérique de Miramas et Chargé de mission inclusion numérique à la métropole, a souligné que sa ville est la pauvre des Bouches-du-Rhône. L’enjeu de médiation numérique y est donc majeur. « Il y a de nombreuses difficultés pour réaliser les démarches administratives en ligne. Plus de 20 % des habitants rencontrent des problèmes dans ce domaine, notamment à cause de la barrière du langage ». Parmi les nouvelles demandes : l’intelligence artificielle, la cybersécurité ou encore le cyberharcèlement.
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L’évènement s’est terminé par des ateliers collaboratifs pilotés par InfraNum. La thématique : définir et analyser les usages de l'IA dans les territoires. Les participants ont travaillé sur des exemples concrets d’applications de l’IA dans des domaines tels que la gestion des fluides (eau, énergie), des déchets, de l'éclairage, de la mobilité et des ressources humaines. Parmi les conclusions de ces ateliers : les participants ont estimé que l'IA doit permettre des gains de temps et/ou de dépenses pour être pertinente et surtout que la qualité des données reste primordiale ("garbage in, garbage out"). La réussite d’un projet IA repose donc avant tout sur une bonne politique de gestion de la donnée.
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