Depuis quelques semaines, la ville de Digoin (commune de 7500 habitants dans le département de la Saône-et-Loire) a mis en service une nouvelle solution de monitoring de la consommation énergétique de ses bâtiments publics. Une nécessité pour cette municipalité qui, comme beaucoup de petites collectivités, doit composer avec un patrimoine bâti ancien et étendu. En effet, elle gère aujourd’hui plus de 50 établissements recevant du public, répartis entre équipements sportifs, bâtiments scolaires, culturels et administratifs. Au total, la facture énergétique annuelle se rapproche aujourd’hui des 700 000 euros.
« Le besoin avait été identifié depuis longtemps », explique Johnny Goncalves, directeur des services techniques, « notamment depuis la montée en puissance des politiques de sobriété énergétique et l’entrée en vigueur du décret tertiaire ». En effet, à Digoin, 11 bâtiments (de plus de 1000 m²) sont directement concernés par ce dispositif.
« Nous avions essentiellement des thermostats d’ambiance pour piloter les chaufferies, sans supervision globale », poursuit Johnny Goncalves. En période de chauffe, un agent à temps plein sillonnait les bâtiments pour vérifier que les températures de chauffe correspondaient aux consignes du comité de pilotage du plan de sobriété : 14 °C pour les équipements sportifs, 19 °C pour les bureaux, 21 °C pour la petite enfance et les personnes âgées.
Un monitoring efficace grâce aux données des gestionnaires de réseaux
Pour améliorer son efficacité, et plutôt que d’engager immédiatement des travaux ou d’installer des capteurs, la commune a choisi une approche pragmatique : exploiter les données déjà disponibles. Les bâtiments sont en effet équipés depuis deux ans de compteurs communicants Linky et Gazpar. « Nous avions accès aux plateformes Enedis et GRDF et nous étions également accompagnés par les syndicats d’énergie départementaux, notamment le SYDESL », détaille Johnny Goncalves, « ainsi nous disposions de la consommation de tous les compteurs, mais les remontées d’informations étaient trop tardives et ne nous permettaient pas de piloter finement les usages ».
Pour faire des mesures de consommation en temps réel, la ville se rapproche alors de Smart Watteo et Synox pour déployer la plateforme SoDataViz, un outil de visualisation et d’analyse des consommations énergétiques basé exclusivement sur les données des gestionnaires de réseaux. Mise en service début décembre, elle couvre 30 bâtiments de la commune.
« Aujourd’hui, pour chaque bâtiment, nous pouvons identifier immédiatement les dérives de consommation et prendre des décisions en conséquence », explique Johnny Goncalves. Un des premiers exemples concerne le gymnase municipal. Pourtant chauffé théoriquement à 14 °C, la plateforme de monitoring le fait apparaître comme l’un des bâtiments les plus énergivores du parc. Une visite sur site révèle un décalage de la sonde de température : la régulation sous-estime la température réelle de 2 °C, entraînant une surconsommation continue.
10% d’économies en quelques semaines
Des anomalies sont également détectées à la bibliothèque municipale et sur un musée équipé d’un rooftop récent (dont le fonctionnement n’est pas encore optimisé) ou encore sur les équipements sportifs, où l’analyse fine des plages d’éclairage permet d’ajuster les usages réels aux plannings.
En quelques semaines, Digoin estime avoir déjà réduit ses consommations d’environ 10 %, soit près de 70 000 euros à l’échelle du budget énergétique annuel. « Nous pensons que les 15 % sont atteignables dès cette année, uniquement grâce à ces actions correctives simples », affirme Johnny Goncalves.
Mais la commune veut aller plus loin. Elle prévoit de proposer, lors du prochain budget d’investissement, le déploiement de capteurs connectés et de solutions de télégestion, afin d’affiner les programmations de chauffage en fonction des occupations réelles, de mieux gérer les bâtiments vacants et d’éviter leur dégradation. « Avec cette approche progressive, je pense que nous serons dans les clous du décret tertiaire à l’horizon 2030 », conclut Johnny Goncalves.



