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Ombrières et mobilité électrique : les projets se multiplient mais des freins demeurent

Bornes de recharge

Combiner une installation photovoltaïque à des bornes de recharge. Le principe semble n’avoir que des avantages et un nombre grandissant de collectivités mise sur ce type de dispositif. Mais des questions techniques subsistent et le modèle économique reste précaire. Cependant, il s’agit bien d’une solution d’avenir, estiment l’Avere-France et le cabinet Wavestone.

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Le Mans, Ajaccio, Toulouse… les collectivités tentant l’aventure de l’ombrière alimentant des véhicules électriques sont de plus en plus nombreuses. Le principe du dispositif est relativement simple : des panneaux solaires sont installés sur une structure surplombant des places de stationnement (ombrière), afin de protéger les véhicules du soleil tout en produisant de l’énergie. Cette énergie est le plus souvent injectée dans le réseau électrique. Mais elle peut aussi alimenter des véhicules électriques, en ajoutant des bornes de recharges à l’ombrière.

 

Une solution qui a aujourd’hui le vent en poupe, surtout depuis la dernière programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) qui fixe un objectif de 100 000 points de recharge publics d’ici 2023. La loi LOM intègre également des obligations en matière de déploiement de bornes sur les parkings et la LTECV comme l’actuel projet de loi Climat entendent favoriser la production locale d’énergies renouvelables (EnR).

 

L’ombrière alimentant des véhicules électriques répond à tous ces enjeux. D’où l’intérêt grandissant d’entreprises et de collectivités pour cette solution, estime le cabinet Wavestone, qui vient de publier une étude* sur le sujet, réalisée avec l’Avere-France et Enerplan. « Rapprocher le photovoltaïque et la recharge électrique donne de la cohérence aux actions publiques en faveur de la transition énergétique. Elle permet de produire de l’énergie renouvelable tout en favorisant une mobilité durable », résume Roman Potocki, Manager en charge des sujets Energy & Utilities au sein du cabinet Wavestone.

 

Un avis partagé par Jacques Gouffé, vice-président du Mans Métropole, délégué à la Transition énergétique et au Plan climat énergie. « Vous faites d’une pierre deux coups. D’un côté l’ombrière permet de produire et de consommer localement des EnR, et de l’autre les bornes de recharge incitent à migrer vers une mobilité défossilisée ». Depuis un an, la ville et la métropole du Mans déploient 23 ombrières, notamment sur des parkings de centres commerciaux. Un déploiement piloté par la SEM Cénovia, dont Jacques Gouffé est également le P-DG. « Ce n’est qu’un début. Le gisement de parkings pouvant accueillir des ombrières est énorme. Outre les centres commerciaux, il y a les parkings des entreprises, des bâtiments publics, des sites sportifs, etc. Nous prévoyons ainsi d’en déployer entre 300 et 500 dans les années à venir ».

 

Autre argument en faveur de ces dispositifs : la mutualisation de la maîtrise d’œuvre. « Vous devez de toute façon passer des câbles pour les installations photovoltaïques et aussi pour les bornes de recharge. Donc autant faire les deux en même temps », souligne Antoine Herteman, président de l’Avere-France.


Un modèle économique encore « précaire »

Les technologies photovoltaïques comme de recharge électrique sont chacune arrivées à maturité, estime l’étude de Wavestone. Pour autant, le couplage des deux systèmes n’a pas encore cette même maturité technique. Des questions demeurent notamment sur le stockage de l’électricité produite par les panneaux solaires. Au Mans, les ombrières sont connectées au réseau électrique, tout comme les points de charge. Mais il n’y a pas de lien direct entre les deux. Des tests vont cependant démarrer autour du stockage local des EnR grâce à des batteries de voitures électriques en seconde vie. Cela permettra par exemple d’alimenter les bornes de recharge la nuit. « Répondre à l’intermittence des EnR reste une question ouverte. Outre les solutions de stockage de l’énergie, les logiciels de gestion intelligente de la recharge, qui régulent les périodes de charge, sont des solutions à explorer », poursuit le cabinet Wavestone.

 

Autre difficulté : le modèle économique de ce type de dispositif n’est pas encore optimal. Avec un coût démarrant aux environs de 100 000 euros, le retour d’investissement est atteint au bout de 15 à 17 ans, pour une durée de vie d’une trentaine d’années. « Le modèle économique est encore précaire », estime Jacques Gouffé. Il dépend notamment du volume d’heures d’ensoleillement. Car une partie de l’amortissement de la solution provient de la revente de l’énergie produite à des énergéticiens tels qu’EDF ou Enercoop. Or, tous les territoires ne sont pas logés à la même enseigne en matière d’ensoleillement. Pourtant, les tarifs de rachat sont les mêmes pour tous. « Je défends donc l’idée d’une indexation du prix de rachat sur le taux d’ensoleillement des territoires », confie Jacques Gouffé. Les territoires les moins ensoleillés pourraient ainsi bénéficier de tarifs de rachat plus élevés que ceux où la ressource solaire est plus abondante.

 

Une solution d’avenir

Malgré ces freins, la combinaison du photovoltaïque et de la recharge électrique serait promise à un bel avenir, estime le cabinet Wavestone. Les entreprises du secteur multiplient en tout cas les projets. La société Driveco, qui a déployé des ombrières à Ajaccio et Bastia, confie avoir 5 à 6 autres projets de ce type déjà prévus. Même son de cloche chez See You Sun, entreprise rennaise qui a déployé les ombrières du Mans. Son carnet de commandes est plein et elle vient de lever 12 millions d’euros, notamment auprès de La Banque des Territoires, pour accélérer son développement. « Les besoins en recharge vont continuer de s’accentuer, sachant que les véhicules électriques représentent désormais plus de 14 % des ventes de voitures », souligne ainsi Antoine Herteman de l’Avere-France. « Et rapprocher l’énergie solaire et la mobilité électrique va avoir de plus en plus de sens, car elles partagent un objectif d’avenir commun qui est la transition énergétique », conclut le responsable.


* Etude «Energie photovoltaïque et mobilité électrique : quelles synergies pour la transition énergétique ?», publiée en juin, réalisée par Wavestone pour le compte de l’Avere-France en partenariat avec Enerplan. Télécharger le document.

 

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