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Le vrai coût écologique de la transition énergétique

Transition énergétique

Du smartphone à la voiture en passant par les éoliennes, les métaux rares se retrouvent dans quasiment tous les objets du quotidien. Pourtant, ces métaux sont présents en quantité infime sur la planète et leur extraction a un bilan écologique désastreux qui nécessite de mener une réflexion plus large sur la consommation à l’heure de la transition énergétique. Une tribune rédigée par Paul-Henri Renard, directeur général CTIF.

 

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Afin d’atteindre leurs objectifs et réduire les émissions de gaz à effet de serre, de plus en plus de pays se tournent vers des modes de transport hybrides ou électriques, des bâtiments à basse consommation et des énergies renouvelables. Si nous prenons le cas particulier des énergies vertes, leur production suppose d’utiliser massivement des nouvelles technologies – telles que les centrales solaires thermodynamiques, les panneaux solaires de deuxième génération ou les éoliennes off-shore– qui intègrent des métaux rares. Or, la production actuelle en métaux rares risque de ne pas être suffisante pour répondre à la demande, ce qui impliquerait d’augmenter sensiblement leur production pour permettre la transition à un système d’énergie renouvelable. De plus, l’extraction de ces métaux n’est pas toujours sans effets néfastes pour l’environnement et seuls quelques pays se sont lancés dans cette activité, ce qui rend les autres pays dépendants. C’est ainsi qu’en 2010, la Chine a imposé des quotas sur les terres rares contrairement aux règles imposées par l’OMC (Organisation mondiale du Commerce), créant des tensions d’approvisionnement sur les marchés.

 

Changer les modes de consommation

Paul-Henri Renard, directeur général CTIF

Les métaux rares sont présents dans le quotidien de chacun : smartphones, ordinateurs ou encore voitures électriques. Malheureusement, l’opinion publique n’a pas pris conscience de ces enjeux d’approvisionnement, d’indépendance stratégique et d’économies des ressources naturelles. Il est nécessaire de se poser dès maintenant les questions adéquates : avons-nous réellement besoin de changer de téléphone chaque année ? De chauffer notre maison à vingt-cinq degrés ? Indépendamment de la transition énergétique, il est primordial de changer fondamentalement nos façons de consommer si nous voulons vraiment aller vers une société plus durable et plus respectueuse de l’environnement.

Mieux consommer implique de n’acheter que ce qui est véritablement utile, réparer ou détourner l’usage d’un produit endommagé ou usagé, favoriser une économie de partage et/ou de don… Ces nouvelles pratiques de consommation peuvent avoir pour impact une stagnation, voire un repli de la production industrielle à destination des pays développés ; la croissance (raisonnée) de la consommation ne se faisant plus que dans les pays en voie de développement. Ceci implique de repenser la manière de concevoir les produits (produits plus maintenables et plus réparables), d’anticiper leur fin de vie, de maîtriser les filières de recyclage et de développer des produits adaptés aux besoins spécifiques des pays en voie de développement. Ce dernier point n’est pas neutre car il implique en particulier de prendre en compte des philosophies comme le Jugaad indien – réparation ingénieuse, simple bricolage, solution disruptive ou détournement d’un usage – et de façon plus large de maîtriser les techniques d’innovation frugale. Collecter, réutiliser et développer la filière du recyclage : autant de leviers pour optimiser les ressources.

Les habitudes de consommation étant bien ancrées, l’État a un rôle majeur pour infléchir la donne. De nombreuses actions sont d’ores et déjà menées dans les collectivités, les régions et les grandes métropoles. Par exemple, Madame Pécresse, Présidente du Conseil régional d’Île-de-France, a récemment annoncé une prime de 500 euros pour tout achat d’un vélo électrique . Bien que toutes les solutions proposées ne soient pas entièrement satisfaisantes - un vélo électrique contient en effet des métaux rares, mais pollue tout de même moins qu’une voiture - ces solutions ont le mérite d’exister. Il faut accepter de faire des erreurs, de tester, de découvrir car il n’y a que de cette façon que les mentalités et les modes de vie pourront évoluer.

La transition énergétique est assez paradoxale, car elle implique à la fois d’aller vers un monde meilleur et moins pollué, mais oblige également à utiliser des métaux dont l’extraction a un coût écologique désastreux. Il est donc primordial de changer les modes de consommation et d’adopter des comportements responsables. Enfin, la transition énergétique aura également des impacts sociétaux : les métiers d’aujourd’hui vont évoluer et il faudra un accompagnement personnalisé face aux changements professionnels.

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