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[Smart Cities Tour] Nevers : de l'ambition pour les villes médianes

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Denis Thuriot, maire de Nevers
Nous sommes le trait d’union entre les métropoles et la ruralité

Nevers devrait prochainement lancer un appel d’offres "smart city". Denis Thuriot, le maire et président de l’agglomération, nous en dit plus sur ce projet et le virage pris par son territoire, pour entrer pleinement dans le numérique et la ville de demain.

Mobilité, e-administration, sécurité… quelles sont vos réalisations en matière de smart city ?

Nous avons des réalisations matérielles, visibles, et d’autres, moins visibles, liées à l’accompagnement social. Nous avons équipé la ville de candélabres qui augmentent ou baissent en intensité selon le paramétrage, d’une quarantaine de caméras, reliées à un centre de contrôle de la police municipale - qui a par ailleurs vocation à évoluer en centre de contrôle du territoire intelligent -, et nous expérimentons actuellement le stationnement intelligent sur une voie principale de Nevers. Nous avons également testé le véhicule autonome de Navya sur l’espace public, de décembre 2018 à février 2019, et nous devrions prochainement tester avec Colas, pour une durée de deux ans, des passages piétons intelligents luminescents.
Du côté des choses moins visibles mais tout aussi importantes, au CCAS [centre communal d’action sociale, ndlr] j’ai recruté un service civique pour former la population qui en exprime le besoin à la dématérialisation des démarches administratives. Si l’on veut que le territoire intelligent réduise la fracture numérique, on doit s’attacher à ce qu’il soit compris de tous, en démontrant que les technologies sont un outil pour améliorer la vie quotidienne de nos concitoyens.


Sur le véhicule autonome, quels sont les retours de cette expérimentation ?
Nous avons testé le véhicule autonome sur des rues traditionnelles et sur une rue partagée semi piétonne. Comme elle croisait des commerces, nous avons souhaité diffuser, sur l’écran dans la navette, le nom de ceux qui étaient croisés et leurs offres. Car l’un de mes objectifs est de soutenir les commerces du centre-ville. Globalement, bien que certaines personnes aient eu peur et n’ont pas souhaité l’utilisé, il y a eu plutôt une bonne fréquentation, et les retours sont positifs. Pour moi, c’était une première étape afin de démontrer que l’intelligence artificielle dans un véhicule autonome fonctionne bien. C’est une mobilité nouvelle, électrique, et un facteur d’attractivité, et nous envisageons de faire revenir cette navette de Navya ponctuellement.


Où en est votre projet d’appel d’offres pour développer toutes ces initiatives "smart" ?
Nous avions lancé une première AMO [assistance à maîtrise d’ouvrage, ndlr] pour savoir dans quelle direction aller. Nous sommes sur un projet de territoire intelligent, sur le périmètre de l’agglomération, et notre objectif maintenant est de mieux coordonner les choses et de prioriser les briques à déployer. C’est dans cette optique de mise en œuvre que nous avons lancé une deuxième AMO, soutenue par la Banque des Territoires. Nous sommes actuellement en train de rédiger le cahier des charges du marché public, dans l’esprit de ce qu’ont fait Dijon et Angers, que nous allons lancer dans quelques mois.


Depuis deux ans, pourquoi organisez-vous avec la ville de Shawinigan, au Québec, le SIIVIM (Sommet International de l’Innovation en Villes Médianes) ?
L’idée est de créer un réseau international de villes pour échanger sur nos expériences et faciliter l’implantation des start-up de chacun sur le territoire des autres. Les villes médianes sont intéressantes pour les opérateurs parce qu’elles sont assez agiles et que leur périmètre est restreint, de sorte qu’il est plus facile - et moins coûteux sans doute pour les entreprises – de mettre en œuvre des expérimentations.


Pourquoi préférez-vous ce terme de ville médiane à celui de ville moyenne ?
"Moyen" renvoie à quelque chose qui n’est ni bon, ni mauvais... A l’heure où l’on essaie de relever les territoires situé entre la grande ville et la campagne, dans cet "entre-deux", avec des programmes comme Action cœur de ville ou Territoires d’industrie, je trouve intéressant de sortir de cette restriction en parlant de ville médiane. Ce mot reflète le trait d’union que nous sommes entre les métropoles et la ruralité.


Revenons à vos liens avec le Québec. Vous avez créé L’inkub, un incubateur jumelé avec celui de Shawinigan. Qu’en attendez-vous ?
Nous avons créé l’incubateur en 2015, agrémenté aujourd’hui d’un accélérateur Le Village by CA, ce qui nous permet de nous positionner à plusieurs niveaux de maturité des start-up, et de pouvoir basculer celles de du premier vers le second. En ce moment, nous travaillons également sur un tiers-lieu qui pourrait accueillir ces entreprises, une fois devenues plus « matures ».
L’idée du jumelage de notre incubateur avec celui de Shawinigan et de mettre à disposition, réciproquement, nos espaces, et permettre ainsi à nos entreprises de venir tester leurs solutions sur cet autre territoire.


Lors du SIVIIM, l’Adullact a présenté une "charte pour une ville intelligente et éthique" réalisée à la demande de l’agglomération de Nevers. Pourquoi une telle charte ?
Je suis avocat de métier et je suis attaché aux libertés individuelles. La technologie peut faire peur ; à nous de rassurer les gens, de leur dire que les projets sont réalisés de façon éthique, dans le respect des données personnelles. D’ailleurs, si je suis réélu comme maire, j’envisage de constituer un comité éthique avec des usagers, autour de la vidéoprotection, pour demystifier tout ça et montrer que le projet se fait dans le respect de l’éthique.


Se soucier des données fait partie du sens de "l’éthique". Vous avez rencontré quelques difficultés avec vos logiciels métiers pour récupérer et croiser des datas…
Nous sommes limités au niveau des logiciels, mais pas uniquement. Si je demande des fichiers à un organisme public et qu’on me les facture, ce n’est pas normal… Les données sont un enjeu d’avenir, et nous veillons à ce que nos solutions et nos données restent adaptables aux autres. Par exemple, nous allons déployer avec Orange « Nevers dans ma poche », une application qui pourra intégrer des briques développées par d’autres entreprises. Nous devons nous assurer, pour cela, de la compatibilité de nos outils.


L’une des tendances, pour la souveraineté des données, c’est le data center de proximité. Vous avez en projet de réaliser le vôtre. Comment est-ce que cela devrait prendre forme ?
Ce data center est en cours de création, nous sommes en discussion sur l’aspect juridique car il est possible que nous le réalisions avec un acteur privé.
A travers ce projet, je veux veiller à ce que la collectivité soit la garante de nos données, et ne pas donner, au contraire, carte blanche à nos partenaires et opérateurs. D’autres motivations nous guident : je voudrais d’une part qu’il ait l’agrément pour stocker des données de santé, et d’autre part il pourrait être hybrides, ouvert aux collectivités et aux entreprises. Beaucoup d’entre elles ne sont pas prêtes à stocker leurs données au bout du monde ; pour elles, c’est rassurant de les avoir à proximité. Notre data center pourrait leur rendre ce service, et générer ainsi des recettes pour nous.
L’idée, c’est de rester maître du jeu, de proposer un nouveau service public, et d’avoir une rentabilité à long terme.


Le territoire intelligent est donc lié à une ambition économique…
Nous développons, dès la 3ème année d’école maternelle, l’initiation au codage et à la programmation, ce qui les prépare d’une certaine façon aux métiers de demain. Notre idée est d’organiser, au niveau local, un pôle de formation, ciblant notamment tous les nouveaux métiers. et Nous proposons une offre d’enseignement supérieur mais également des formations alternatives avec la Grande école du numérique, qui aide les gens qui n’ont pas de diplôme à développer des compétences. Nous voulons ainsi « alimenter » nos start-up qui peinent à recruter ainsi que d’autres entreprises qui aimeraient s’implanter chez nous et ont besoin d’être rassurés sur le potentiel de recrutement. La boucle est bouclée en termes de formations et d’aide à l’implantation de start-up ; après, à nos collectivités d’être dans l’accompagnement de tout cela. Finalement ca n’est qu’une évolution, pas une révolution.

 

Interview initialement publiée dans Smart City Mag n°28. 

 

Rendez-vous le 23 janvier pour le Smart Cities Tour à Nevers !

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