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Vidéoprotection : la question du coût / avantage se pose...

Vidéoprotection
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Laurent Mucchielli, directeur de l'observatoire de la délinquance et des contextes sociaux à l'Université d'Aix-Marseille.
La présence humaine serait selon moi plus efficace

Directeur de l'observatoire de la délinquance et des contextes sociaux à l'Université d'Aix-Marseille, Laurent Mucchielli publie en mars 2018 un ouvrage intitulé "Vous êtes filmés ! Enquête sur le bluff de la vidéosurveillance" (Editions Armand Colin). Il nous livre sa vision des politiques publiques en matière de vidéoprotection.

En France, quelle est l’évolution des politiques de sécurité en matière de vidéoprotection ?
La vidéoprotection est une politique nationale par laquelle l’Etat, à partir de 2007, a incité financièrement les communes à investir dans ce domaine, avec la création d’un fonds interministériel de prévention de la délinquance. Relayée par les préfets, cette incitation a fonctionné et a enclenché une forte vague d’équipement dans les grandes et les moyennes villes. Aujourd’hui, si les subventions sont un peu réduite, il y a toujours un intérêt, surtout suite aux attentats de Paris... et y compris dans les villages où il n’y a, a priori, pas de problème de sécurité ! Cette politique a un avantage : elle est visible, concrète pour apaiser le sentiment d’insécurité de la population. Aux Royaume-Uni, il y a eu la même tendance, mais les études ont démontré que l’efficacité de cette démarche était limitée.

 

Vous voulez dire qu’en France aussi, la vidéoprotection va se révéler un échec en termes de "retours sur investissement" ?

Clairement, elle n’est pas une solution pour lutter contre le terrorisme, elle ne prévient pas d’une attaque ! C’est un argument de politicien de dire que les caméras nous protègent, mais c’est une escroquerie ! Et ça ne prévient pas plus la délinquance... La question du coût / avantage se pose alors, quand la collectivité prend en charge les frais de fonctionnement du dispositif, à savoir le salaire des agents qui regardent des écrans toute la journée ; peut-être qu’il serait plus judicieux de mettre davantage de moyens dans les ressources humaines de la police sur le terrain... La présence humaine serait selon moi plus efficace pour dénouer toute une série de petits conflits, renouer un lien social, rassurer la population.
En revanche, il est vrai que les images peuvent être utiles aux enquêtes judiciaires... dans une petite proportion, de l’ordre de 1 à 5 % des enquêtes, car cela dépend de la qualité d’image, de la position de la caméra, etc.

 

Vous avez mené une enquête en janvier 2016 sur l’usage de la vidéosurveillance dans l’espace public. Quels enseignements en avez-vous tiré ?
Les collectivités se dotent de plus en plus de centres de supervision urbaine (CSU). Au départ, l’objectif affiché du dispositif est d’effectuer de la surveillance de la délinquance en temps réel, de lutter contre les incivilités. Mais j’ai constaté que les CSU sont généralement détournés vers de la vidéo-verbalisation, afin de trouver une occupation aux agents... Parfois, des villes se servent aussi des caméras pour réaliser de la gestion urbaine de proximité : surveiller le bon fonctionnement des feux de circulation, la fluidité du trafic, l’activité aux passages piétons... Ces missions de surveillance ne sont plus centrées sur la délinquance.

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