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« Il ne faut pas avoir peur de la reconnaissance faciale dans la Smart city », Stéphane Roder, AI Builders

Intelligence artificielle

Dans un avis consultatif rendu le 21 juin, le Contrôleur européen de la protection des données (CEPD) appelle à une interdiction totale de l’usage de la reconnaissance faciale dans les lieux publics. Le CEPD estime ainsi que les risques pour la vie privée sont « extrêmement élevés » et souhaite voir bannir cette technologie du Vieux Continent. En France, Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez, se disent favorables à des expérimentations, notamment dans les transports. De quoi rouvrir le débat sur cette technologie. Pour Stéphane Roder, la reconnaissance faciale offre davantage de bénéfices que de risques et a toute sa place dans la Smart city, à condition d’être encadrée. Il est président fondateur du cabinet de conseil en stratégie Data et IA : « AI Builders » et conseiller auprès des ministères de l'Intérieur et de l'Economie.

Que pensez-vous de l’avis du CEPD sur l’usage de l’IA pour l’identification automatisée des personnes sur la voie publique, qui recommande l’interdiction pure et simple de l’usage de la reconnaissance faciale dans l’espace urbain ?

Stéphane Roder CEO d'AI Builders

Stéphane Roder : Il est tout d’abord excessif, car basé sur des peurs infondées. Contrairement à certains pays d’Asie, ou la reconnaissance faciale est déployée de manière libre, cette technologie est très encadrée en Europe. Le règlement général sur la protection des données (RGPD) prévoit ainsi que l’identification biométrique ne peut être imposée à un individu sans son consentement. C’est le principe de l’« opt-in ». Il faut ainsi obtenir l’accord d’un citoyen européen pour pouvoir l’identifier par reconnaissance faciale. Il n’y a donc pas de risques d’être surveillé à son insu.

 

Ensuite, l’avis du CEPD fait peser des risques sur l’économie européenne. La nouvelle réglementation dédiée à l’IA, sur laquelle travaille Bruxelles, prévoyait déjà d’interdire la reconnaissance faciale sauf pour trois exceptions : la recherche de victimes, la prévention d’une menace spécifique, la détection ou l’identification d’un suspect pour une infraction punie d’une peine ou d’une mesure privative de liberté de trois ans. Mais l’avis du CEPD va encore plus loin en prohibant totalement cette technologie. Les conséquences seraient alors très lourdes pour le marché européen de l’IA. Nous risquons de devenir un continent sous-développé dans l’usage de l’intelligence artificielle. Certains acteurs européens travaillant sur cette technologie commencent déjà à suspendre leurs développements par mesure de précaution. Pendant ce temps, l’Asie ou les États-Unis vont prendre une longueur d’avance et leurs entreprises risquent d’avoir rapidement une position dominante sur le marché de l’IA.


Comprenez-vous tout de même les craintes des défenseurs de la vie privée qui voient dans la reconnaissance faciale un risque d’atteinte aux libertés individuelles ?
Non, car encore une fois le principe de l’opt-in prévaut en Europe. Il n’y a pas d’identification sans le consentement des personnes, sauf éventuellement des cas graves comme la lutte contre le terrorisme ou la recherche de personnes disparues, comme le prévoyait initialement le texte de Bruxelles.


Le plus paradoxal est que la reconnaissance faciale est déjà utilisée de manière généralisée sur les téléphones mobiles depuis des années. Elle permet de faciliter l’accès à des services comme le déblocage de son téléphone plutôt que de taper son code. Et cela ne pose aucun problème.


Même concernant le maintien de l’ordre, ne serait-ce pas absurde d’interdire la reconnaissance faciale dans les lieux publics alors que nous scannons déjà les réseaux sociaux pour repérer les comportements terroristes. Ce serait se priver d’une opportunité réelle de renforcer la sécurité de nos citoyens. Tous les ministères de l’intérieur Européens ont déjà lancé leur programme de maintien de l’ordre basé sur l’IA, dont le ministère de l’Intérieur français qui se retrouve aujourd’hui dans une position délicate avec l’avis du CEPD.


Comment voyez-vous l’avenir de la reconnaissance faciale Europe ?

J’espère que la raison l’emportera sur la peur. Il faut garder confiance dans nos démocraties et en la capacité du législateur à recadrer les usages d’une technologie comme l’a fait la CNIL à de nombreuses reprises.


Comme évoqué précédemment, il y a de nombreux services à développés dans le cadre de la Smart city. Le maintien de l’ordre gagne à exploiter l’IA pour identifier les individus dangereux. Vous ne pouvez pas mettre un policier derrière chaque caméra, donc l’IA va aider les forces de l’ordre à surveiller une plus large zone et à être plus réactif, en recevant des alertes automatiques grâce à l’analyse d’images.


Au-delà du maintien de l’ordre, l’usage de nombreux services nécessitant l’identification d’un compte utilisateur sera facilité par la reconnaissance faciale. Dans le domaine du contrôle d’accès, l’IA apporte de réels bénéfices en matière de fluidité et de sécurité. Plutôt que d’utiliser un badge, il suffit de passer devant une caméra. La validation est plus rapide et les risques de fraudes réduits. Ce type d’usage est possible pour l’accès à des bâtiments, des sites sportifs ou culturels, ainsi que dans les transports. On peut aussi imaginer la même chose pour les bornes à l’entrée des fast-foods qui offriraient un accès rapide au compte client, sans devoir taper son identifiant et son mot de passe devant tout le monde.


Les possibilités de la reconnaissance faciale sont très larges et de nombreux usages restent à inventer. Se priver de tout ce potentiel d’innovation en Europe serait catastrophique.

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