Le bruit, un nouvel enjeu pour l’aménagement des territoires

Face aux canicules, à la densification urbaine et aux nouvelles infrastructures énergétiques, le bruit s’impose comme un enjeu à part entière de l’aménagement des territoires. Les collectivités doivent intégrer l’environnement sonore dans leurs politiques publiques. La 10e édition des Assises nationales de la qualité de l’environnement sonore, organisée au Mans du 23 au 25 novembre, entend leur donner des clés pour agir.

Image en homepage : NoiceCapture testé à Paris. Crédit Photo : CGM
Image en homepage : NoiceCapture testé à Paris. Crédit Photo : CGM

Le paysage sonore n’est plus un critère secondaire, il devient une composante essentielle de l’aménagement urbain. Les collectivités doivent désormais apprendre à se saisir du sujet dans leurs politiques publiques liées à la transition écologique. Les aider à comprendre les défis à relever et leur donner des moyens d’action : tel est l’objectif de la 10e édition des Assises nationales de la qualité de l’environnement sonore, organisées par le Centre d’information sur le bruit (CidB) en partenariat avec l’Institut d’Acoustique Graduate School, du 23 au 25 novembre 2026 au Mans. 

 

« Nous avons souhaité placer cet événement sous la bannière de l'innovation territoriale, qui doit nous aider à être plus résilient, plus adaptable et à nous améliorer dans la gestion de cet enjeu », a précisé Philippe Strauss, directeur du CidB, en conférence de presse.

Le bruit s’invite en effet dans plusieurs grands chantiers territoriaux liés à l’adaptation au changement climatique. « L’été passé a mis en avant le lien entre la canicule et le bruit », a rappelé Philippe Strauss, soulignant l’impact de la pollution sonore des climatiseurs et des pompes à chaleur, mais aussi du transport ferroviaire. Le bruit doit donc être un critère pris en compte dans la rénovation des bâtiments. 

 

Autre duo mis en avant par Philippe Strauss : « La loi ZAN et le bruit. Si l’on veut construire des villes verticalement pour gérer la densification urbaine, il faut prendre en compte le confort acoustique dans ces constructions. » Mais ce ne sont pas les deux seuls challenges, la transition énergétique apporte elle aussi son lot de défis : les onduleurs des installations photovoltaïques, les systèmes de ventilation des datacenters ou encore les équipements de stockage d’énergie par batteries émettent des bourdonnements qui doivent être traités pour favoriser l’acceptabilité de ces équipements. « Si nous ne traitons pas ces sujets, nous allons rater la transition écologique », a certifié Philippe Strauss.

 

 L’IA et les radars sonores, deux exemples de moyens d’action

Sans oublier que le bruit est un enjeu de santé publique dont le coût social serait de 147 milliards d’euros par an, selon une étude de l’Ademe réalisée en 2021. « À l’échelle du quartier, le bruit passe devant la pollution atmosphérique en tant qu’inconvénient dans les enquêtes. L’acoustique n’est plus un sujet de nuisances mais de pollution », a-t-il souligné. La qualité de l’environnement sonore ne concerne pas seulement l’urbanisme. Les chercheurs s’intéressent de plus en plus aux conséquences du bruit sur la biodiversité. Les nuisances sonores peuvent notamment perturber la capacité des animaux à se nourrir, à se reproduire ou à se protéger de leurs prédateurs. Les travaux des bio-acousticiens cherchent ainsi à mieux comprendre ces interactions.

 

Pour aider les décideurs à y voir plus clair, ces Assises réuniront collectivités territoriales, acousticiens, chercheurs, urbanistes, architectes et industriels autour de 27 ateliers et trois conférences plénières. « L’enjeu est complexe car il n’y a pas d’expert qui maîtrise l’ensemble des problématiques liées au bruit. Or, les collectivités sont en première ligne pour la gestion de la qualité de l’environnement sonore », a souligné Philippe Strauss. 

 

L’événement sera l’occasion pour les collectivités d’avoir une vision sur un ensemble d’outils leur donnant des moyens d’action. « Les collectivités pourront notamment découvrir les perspectives offertes par les radars sonores, actuellement en cours d’homologation et susceptibles de lutter contre les excès de bruit liés à la circulation », a illustré le directeur du CidB, mentionnant également le rôle de l’intelligence artificielle pour optimiser les mesures. Le CidB se nourrira par ailleurs des échanges de ces trois jours pour élaborer sa feuille de route pour les trois ou quatre prochaines années. 

 

Lire aussi notre dossier sur les nuisances sonores dans SCM n°70. 

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