PAV connectés : comment le SIRTOMM optimise ses tournées pour faire face à la pénurie de chauffeurs ?
Depuis 2024, le SIRTOMM, en Maurienne, a déployé des sondes IoT pour mesurer le remplissage de ses points d’apport volontaire (PAV). Grâce à ces données, le syndicat optimise ses tournées de collecte, réduit les déplacements inutiles et réalise des économies, tout en maintenant le service public. Retour d'expérience.
Confronté depuis plusieurs années à des tensions sur le recrutement des chauffeurs de camion-benne, le SIRTOMM (Syndicat intercommunal de ramassage et de traitement des ordures ménagères de Maurienne) a déployé en 2024 et 2025 des sondes IoT mesurant le taux de remplissage des points d’apport volontaire (PAV).
« Nous avons des difficultés à recruter des chauffeurs de camion-benne, avec les départs à la retraite et la concurrence du chantier de la ligne ferroviaire Lyon-Turin où les salaires sont plus attractifs », contextualise Théo Torrecillos, directeur du SIRTOMM. « Grâce aux sondes mesurant les taux de remplissage des PAV, nous avons optimisé les collectes, ce qui nous a permis de réduire de plus d’une centaine le nombre de tournées. Et ce, malgré une diminution des effectifs. Sans ces sondes, je ne sais pas comment nous aurions fait ! »
Le déploiement s’est effectué progressivement. Près de 750 sondes, fournies par la société Heyliot, ont été installées en 2024, avant une généralisation en 2025. Aujourd’hui : 2 800 conteneurs semi-enterrés sont équipés, couvrant l’ensemble du parc concerné du syndicat sur 53 communes.
Un collecter lorsque le taux de remplissage est de 65 à 80%
Concrètement, les informations remontées par les sondes, via un réseau LoRaWAN, alimentent un logiciel de supervision où sont affichés les taux de remplissages pour chaque PAV. En se basant sur ces informations, représentées sur une carte interactive, le SIRTOMM peut optimiser la tournée de ses camion-bennes. Plutôt que de collecter les PAV selon des circuits fixes, le syndicat cible les conteneurs nécessitant réellement un passage et évite ainsi des déplacements inutiles.
Les agents disposent pour cela d’une tablette pour suivre l’itinéraire optimisé de la collecte et aussi vérifier que les données des sondes sont correctes. Le syndicat a fait face à quelques sondes défaillantes mais globalement le service a été rendu. Le SIRTOMM recommande cependant de ne pas sous-estimer l’enjeu de la maintenance des sondes.
Désormais, les conteneurs sont collectés lorsqu'ils atteignent entre 65 et 80 % de taux de remplissage, voire 90 % selon le contexte. Avant la mise en place des sondes IoT, le taux annuel moyen de remplissage était d’environ 50 %, ce qui signifie qu’un grand nombre de PAV collectés n’étaient qu’à moitié remplis.
Une baisse de coût conséquente
Le premier bénéfice de cette solution a été de maintenir le service, alors que le syndicat ne disposait plus suffisamment de chauffeurs. Le deuxième bénéfice a été de réduire les coûts des tournées en limitant les déplacements des camions. Ce coût est ainsi passé d’environ 820 000 euros en 2024 à 734 000 euros en 2025. Il y a aussi un bénéfice environnemental, mais le syndicat n’a pas encore de chiffres consolidés dans ce domaine.
Quant au coût du projet, l'investissement initial a représenté un peu moins de 700 000 euros auxquels s’ajoutent environ 100 000 euros de dépenses annuelles de fonctionnement (maintenance, communications et abonnement à la plateforme de supervision).
Dans le cas du SIRTOMM, le numérique ne permet donc pas seulement de réaliser des économies en réduisant les kilomètres parcourus et la consommation de carburant. L’optimisation des tournées est un véritable outil d’organisation du service, permettant au syndicat de maintenir le service public de collecte. « Je tiens à souligner la capacité d’adaptation des équipes d’exploitation et des chauffeurs qui, avec l’arrivée des tablettes et des sondes, ont parfaitement su accompagner l’évolution de leur métier. Il ne faut jamais oublier que derrière ces systèmes complexes, il y a avant tout de l’humain », conclut Théo Torrecillos. « Enfin, tous ces projets nécessitent la validation des élus. Dans notre cas, ils ont compris que ces nouveaux outils permettent à la fois d’améliorer le service et d’en réduire le coût, avec aussi à la clé des économies pour le contribuable. »
Cet article est extrait du dossier à paraitre dans SCM N°77 sur les apports de l’IA et du numérique dans la gestion des déchets.