Aujourd’hui, les unités de valorisation énergétique (UVE) ne sont pas simplement des équipements de traitement des déchets, mais de véritables infrastructures énergétiques territoriales capables d’alimenter des réseaux de chaleur, de produire de l’électricité et de limiter le recours à l’enfouissement. Sur ce marché, Eiffage (au travers de ses filiales Eiffage Génie Civil et Eiffage Énergie Systèmes) vient de remporter en groupement deux contrats d’importance pour les nouvelles UVE de Limoges et Grenoble, pour un montant global de 393 millions d'euros (dont près de 162 M€ pour le groupe).
À Limoges, la future installation traitera 95 000 tonnes de déchets par an et produira 110 GWh/an de chaleur ainsi que 45 GWh/an d’électricité. Les travaux doivent commencer début 2027, pour une mise en service en 2029. À Grenoble, Eiffage Énergie Systèmes interviendra avec Keppel Seghers sur le lot de valorisation énergétique. L’installation pourra traiter 165 000 tonnes de déchets par an. L’énergie produite alimentera les réseaux de chaleur urbains et sera également convertie en électricité, en partie pour l’autoconsommation du site. La mise en service est prévue fin 2029, pour une fin de travaux en 2031.
Mieux valoriser les déchets, mieux piloter les installations
Ces deux projets traduisent bien l’évolution du rôle des UVE. En France, l’incinération avec valorisation énergétique reste l’un des principaux débouchés pour les déchets ménagers résiduels, c’est-à-dire ceux qui ne peuvent pas être évités, réemployés ou recyclés. Techniquement, le principe repose sur la récupération de vapeur haute pression. Celle-ci peut être transformée en électricité via une turbine, tandis que la chaleur restante peut être injectée dans un réseau de chaleur urbain.
« À Limoges et à Grenoble, il s’agit de la reconstruction à neuf de deux usines existantes, explique Stéphane Jung, directeur de l’agence thermique industrielle d’Eiffage Énergie Systèmes. Aujourd’hui, pour les collectivités, l’objectif est de mieux valoriser les déchets, or il y a encore beaucoup d’usines d’incinération où la valorisation concerne soit de l’énergie électrique, soit de l’énergie thermique, mais pas les deux. »
La modernisation des UVE passe aussi par des systèmes numériques de contrôle-commande plus fins. Dans les installations récentes, davantage de paramètres sont suivis pour optimiser la combustion, sécuriser l’exploitation et ajuster la récupération d’énergie selon les besoins du territoire. « Nous pouvons mettre en place beaucoup plus de paramètres de contrôle sur les usines neuves, pour la sécurité, l’optimisation de la combustion et la récupération d’énergie, souligne Stéphane Jung. Avec par exemple des différences de paramétrage entre l’été où la priorité sera donnée à la production d’électricité, et l’hiver où les besoins de chaleur pour alimenter les réseaux sont plus importants. »
Un parc français en recomposition
Plus globalement, les projets de Limoges et Grenoble s’inscrivent dans une recomposition plus large du parc français. Beaucoup d’usines ont été construites il y a quarante ou cinquante ans et ne peuvent plus être améliorées. Les collectivités engagent donc des reconstructions complètes, des modernisations lourdes ou des extensions, non pour augmenter mécaniquement l’incinération, mais pour mieux valoriser les déchets.
Ce mouvement est du reste encouragé par le cadre réglementaire et fiscal. En effet, le Code de l’environnement fixe notamment l’objectif de réduire les déchets ménagers admis en stockage (enfouissement) à 10 % d’ici 2035 et d’assurer la valorisation énergétique d’au moins 70 % des déchets ne pouvant faire l’objet de recyclage. Par ailleurs, les tarifs réduits de TGAP (Taxe Générale sur les Activités Polluantes) sont désormais réservés aux installations atteignant une valorisation énergétique élevée.
Lire aussi notre dossier "Gestion des déchets : l'apport du numérique et de l'IA" dans SCM n°77, à paraître en novembre 2026.



