Au 31 mai 2026, 195 356 points de charge étaient accessibles au public en France, soit 16 % de plus qu’un an auparavant. L’objectif national est d’en compter 400 000 en 2030. Mais le développement du réseau est de plus en plus porté par le marché : en quatre ans, la part des équipements situés en voirie a reculé de 29 % à 13 %, tandis que celle des installations implantées sur les sites commerciaux est passée de 30 % à 46 %.
Les collectivités doivent désormais orienter leur action vers les besoins que l’offre privée ne couvre pas spontanément. Les zones rurales, les centres-bourgs, les quartiers résidentiels et les secteurs comprenant de nombreux logements sans parking privé nécessitent une attention particulière.
Mettre à jour les SDIRVE pour poursuivre le déploiement
Les schémas directeurs de développement des infrastructures de recharge pour véhicules électriques, ou SDIRVE, permettent d’organiser cette intervention. Ils recensent les bornes existantes, leur puissance, leur fréquentation et leur disponibilité, mais aussi les projets annoncés par les opérateurs.
Leur mise à jour est aujourd’hui indispensable, car le parc automobile, les comportements de recharge et l’offre commerciale évoluent rapidement. Les SDIRVE peuvent alors servir à déterminer les secteurs prioritaires, à éviter les doublons et à choisir les outils de déploiement : investissement public, concession, délégation de service public, appel à manifestation d’intérêt ou convention d’occupation du domaine public.
Bien répartir les puissances de charge selon les besoins
La bonne puissance dépend avant tout du temps de stationnement des véhicules. Il n’est donc pas nécessaire d’installer des bornes ultra-rapides sur tous les sites. Une puissance de 7 à 22 kW en courant alternatif convient aux stationnements longs, notamment en voirie résidentielle. À noter que, pour ce niveau de puissances, des bornes intégrées dans des mâts d’éclairage public commencent à être déployées. Cette solution permet de limiter l’ajout de mobilier urbain et de déployer des points de charge dans les rues étroites et les centres anciens.
Dans les centres-villes, à proximité des commerces ou des lieux de travail, des bornes de 24 à 50 kW en courant continu permettent de récupérer plus rapidement une quantité significative d’énergie. Les puissances de 100 à 400 kW répondent davantage aux besoins des usagers de passage, des taxis, des VTC ou des véhicules fréquentant les gares, les axes touristiques et les sites à forte rotation. La stratégie consiste donc à construire un mix de puissances cohérent plutôt qu’à multiplier les points de charge.
Gestion énergétique : pourquoi le smart charging devient indispensable
Le smart charging, ou recharge intelligente, ajuste la recharge en fonction de la capacité électrique réellement disponible sur le site. Lorsque plusieurs voitures sont branchées simultanément, un système de pilotage (le contrôleur) répartit la puissance entre les bornes. Cette gestion dynamique évite de dimensionner le raccordement du site sur la somme des puissances nominales de l’ensemble des points de charge. Elle peut ainsi réduire les coûts de raccordement et limiter les pointes de consommation. Le pilotage peut également tenir compte des horaires, du prix de l’électricité, de la durée prévue du stationnement ou du niveau de charge demandé par chaque véhicule.
Par ailleurs, les bornes peuvent aussi être couplées à une production photovoltaïque ou éolienne locale. L’électricité est alors utilisée en priorité lorsqu’elle est disponible. Un stockage sur batteries peut aussi compléter le dispositif : l’énergie est stockée lorsque la production renouvelable est abondante, puis restituée lors des pics de recharge. Cette solution reste néanmoins à étudier au cas par cas, en raison du prix des batteries, de leur vieillissement et de l’emprise nécessaire.
À venir : le plug and charge
Le plug and charge permettra de simplifier l’utilisation des bornes. Grâce à la norme ISO 15118, les stations pourront reconnaître automatiquement un véhicule compatible, identifier le contrat de l’usager et déclencher la recharge sans badge ni application. La technologie facilitera également les échanges d’informations sur la puissance et les capacités de charge.
Ainsi, le prochain enjeu pour les collectivités n’est donc plus uniquement d’augmenter le nombre de bornes, mais de construire des réseaux mieux répartis, plus intelligents et plus simples à utiliser.
Pour aller plus loin, lire notre article "Bornes de recharge électrique dans les collectivités" dans SCM n°75.



