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[TRIBUNE] Réinventer les services publics par leurs infrastructures de communication

Réseaux

Le 15 avril 2026, l’Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) a été victime d’un incident de sécurité majeur. Des millions de données personnelles ont été exposées. Pour les usagers, cela se traduit par un risque accru de fraude. Pour l’État, par une perte de contrôle. Pour le service public, par une fragilisation directe de la confiance.


Cet épisode est révélateur : les services publics ne tiennent plus uniquement par leurs procédures ou leurs agents. Ils tiennent aussi et surtout par la robustesse de leurs infrastructures de communication. Or ces infrastructures restent largement sous-estimées dans les politiques publiques.


Tribune rédigée par Valérie Legrand, Directrice Commerciale France Partenaires Directs & Alliances et Jean-Christophe Antoine, Directeur Régional Channel France Partenaire Indirects chez Alcatel-Lucent.

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Valérie Legrand, Directrice Commerciale France Partenaires Directs & Alliances et Jean-Christophe Antoine, Directeur Régional Channel France Partenaire Indirects chez Alcatel-Lucent. Image en homepage générée par IA.

La transformation numérique des services publics a d’abord été abordée sous l’angle des usages : dématérialisation, plateformes, simplification des démarches. Cette approche a produit des résultats, mais elle a laissé dans l’ombre ce qui les rend possibles.


Aujourd’hui, l’ensemble de l’action publique repose sur des réseaux, que ce soit l’authentification à des services publiques en ligne via FranceConnect mais aussi la gestion des établissements scolaires, les systèmes hospitaliers, les outils métiers des collectivités ou des ministères, le télétravail des agents, etc.

 

Cette dépendance est totale mais rarement pensée comme telle ; ce qui fait qu’une indisponibilité réseau dans un hôpital, une mairie ou une administration centrale peut provoquer une interruption des activités du service. Ce basculement impose de changer de cadre. Trois exigences structurent désormais toute infrastructure publique :

 

● assurer la continuité de service, y compris en situation dégradée ;
● garantir un accès effectif sur l’ensemble du territoire ;
● maîtriser les dépendances technologiques et les flux de données.


La continuité du service public se joue désormais dans les réseaux

L’incident de l’ANTS n’est pas un cas isolé. Il s’inscrit dans une série d’attaques qui touchent l’ensemble des acteurs publics, des petites collectivités aux grandes administrations depuis plusieurs mois : Service-Public.fr; la plateforme de gestion des diplômes GAEL (Education Nationale), La Poste, de nombreux hôpitaux, etc.


Les attaques ne visent pas seulement à perturber. Elles exploitent des systèmes interconnectés, produisent des effets en chaîne et s’inscrivent dans la durée : exploitation des données, campagnes de phishing, usurpations d’identité.


Dans ce contexte, traiter la cybersécurité comme une couche ajoutée n’est plus tenable. Elle doit structurer les choix dès l’origine :


● isoler les environnements pour contenir les incidents ;
● détecter et réagir sans délai ;
● protéger systématiquement les flux sensibles ;
● maintenir des capacités opérationnelles même en cas de dégradation du réseau.


Transformation numérique : le rôle décisif de l’achat public

Cette transformation dépend aussi, de manière décisive, des modalités d’achat et de déploiement des solutions numériques dans le secteur public. Dans ce cadre, des acteurs comme l’UGAP ou la CANUT jouent un rôle essentiel. Leur action dépasse la simple mutualisation des achats : ils contribuent à structurer un marché plus cohérent, plus lisible et plus exigeant en matière de performance, de sécurité et d’interopérabilité.


Pour les collectivités comme pour les établissements publics, ces dispositifs constituent un appui déterminant. Ils permettent d’accéder à des solutions éprouvées, sécurisées et conformes aux standards les plus élevés. Ils réduisent par ailleurs la charge de conception et de négociation contractuelle.


Ce rôle d’agrégation et de diffusion de standards communs facilite concrètement la modernisation des infrastructures : déploiement homogène de réseaux dans les établissements scolaires, sécurisation des systèmes de communication territoriaux, ou encore renforcement des équipements numériques des services publics opérationnels. Au-delà de l’effet d’échelle, c’est bien une capacité collective de montée en qualité et en sécurité qui se construit à travers ces dispositifs.


Passer de l’empilement à l’architecture

Le numérique public s’est souvent construit par empilement : nouveaux services, nouvelles plateformes, nouvelles couches de sécurité. Ce modèle atteint ses limites. L’enjeu n’est plus d’ajouter, mais d’organiser. De passer d’une logique de solutions à une logique d’architecture. Cela suppose de penser ensemble :

 

● les réseaux,
● les usages,
● la sécurité,
● et les dépendances technologiques.


Les modèles hybrides — combinant cloud, infrastructures locales et capacités de traitement en périphérie — offrent des pistes crédibles. Mais ils ne suffisent pas sans une stratégie claire sur la maîtrise des infrastructures.


Une infrastructure résiliente et souveraine, un choix avant tout politique

La question n’est plus de savoir si les services publics doivent être numériques. Ils le sont déjà. La question est de savoir dans quelles conditions ils continuent de fonctionner.

 

Un service public qui dépend d’infrastructures qu’il ne maîtrise pas, qui ne résistent pas aux crises ou qui cèdent sous attaque n’est plus pleinement un service public. Cela est décisif. Car derrière les réseaux, il ne s’agit pas seulement de technique mais de continuité de l’État.


Faire du réseau un objet politique à part entière n’est plus une option. C’est une condition de souveraineté et de confiance en l’action publique.

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