Quels sont les grands changements avec cette feuille de route ?
Jusqu'à présent, nous la gardions pour nous, sans jamais l’avoir rendue publique. C'est la première fois que nous publions notre feuille de route pour dévoiler nos priorités. Cette roadmap 2026-2028 repose sur trois grands axes stratégiques qui guideront l'évolution de LoRaWAN au cours des prochaines années. Le premier vise à faciliter l’utilisation du réseau avec les applications métiers. Nous allons ainsi intégrer de nouveaux standards à LoRaWAN, par exemple OPC-UA pour le secteur industriel.
Cela s’inscrit dans la continuité, nous avions déjà réalisé des convergences, avec IPV6 ou BACnet dans le bâtiment connecté. Le deuxième axe stratégique concerne les améliorations du plug-and-play. Il sera plus facile de migrer ses objets connectés d’un réseau LoRaWAN à un autre. Le troisième axe porte sur l'extension de la couverture des réseaux LoRaWAN, avec la connectivité par satellite ou les fonctionnalités de Walk-by Reading, Drive-by Reading, mais aussi de Fly-by Reading. Grâce à cette dernière, l'un de nos membres, The Things Industries, prévoit d’installer des passerelles LoRaWAN sur des drones qui survolent les capteurs afin de collecter leurs données.

L’une de vos évolutions à venir en 2027 concerne la cryptographie, pouvez-vous nous en dire plus ?
Absolument. La cryptographie évolue en permanence, tous les ans ou tous les deux ans, de nouvelles méthodes apparaissent. Une technologie de communication ne peut pas rester figée sur un seul système cryptographique, car celui-ci finira inévitablement par devenir obsolète. Elle doit être capable d'adopter facilement les futurs algorithmes cryptographiques. C'est précisément ce que signifie la crypto agility. Autrement dit, LoRaWAN pourra intégrer progressivement les nouveaux mécanismes de chiffrement au fur et à mesure de leur apparition. Ce qui garantit aux utilisateurs de pouvoir déployer aujourd'hui un réseau LoRaWAN, puis, dans quelques années, adopter de nouvelles suites cryptographiques sans devoir remplacer toute leur infrastructure.
L’intelligence artificielle est un gros sujet de préoccupation pour les villes. Comment le LoRaWAN s'articule-t-il avec les nouveaux usages de l'IA ?
Dans le domaine de l'IA, il existe un terme appelé physical AI, qui désigne l'IA s'intégrant au monde physique. Il s’agit de recueillir des données de capteurs provenant du monde physique ou de commander et contrôler ce monde physique. Nous sommes à la pointe de la mise en œuvre de l'IA physique. Nous avons plusieurs exemples, comme les capteurs de vibrations et les caméras qui traitent les données localement grâce à l'apprentissage automatique (machine learning). L’IA s’appuie donc aussi sur LoRaWAN. L’un des enjeux réside dans la manière dont les opérateurs de réseaux LoRaWAN peuvent tirer parti de l'IA pour optimiser le fonctionnement du réseau.
Quelle est votre vision à long terme pour LoRaWAN ?
Notre ambition est de faire de LoRaWAN un véritable service d'utilité publique. Cela signifie que LoRaWAN devra être disponible partout, de manière transparente, exactement comme aujourd'hui l'électricité, l'eau ou le gaz. C'est précisément pourquoi nous travaillons à étendre toujours davantage la couverture. Notre autre objectif est de faire de LoRaWAN la connectivité de référence pour les objets du quotidien. C’est pourquoi ces nouveaux développements techniques doivent non seulement permettre de réduire les coûts de déploiement, mais aussi rendre ces installations extrêmement simples à mettre en œuvre dans tous les secteurs.
Aujourd'hui déjà, nous voyons apparaître des applications auxquelles personne n'aurait pensé il y a quelques années. Pour donner un exemple, Valence, en Espagne, la société Loriot a installé des capteurs de bruit associés à des lampes LED connectées via LoRaWAN. Lorsque le niveau sonore devient trop élevé dans une rue ou une ruelle, les lampes passent au rouge. Les personnes présentes s'en aperçoivent immédiatement et baissent naturellement le ton.
Comment se porte aujourd'hui l'écosystème LoRaWAN ?
L’Alliance LoRa et la technologie LoRaWAN existent depuis maintenant onze ans. Au départ, en 2015, LoRaWAN n'était qu'un simple protocole de communication, avec une seule spécification technique. Au terme de ces onze années, LoRaWAN est devenue la principale technologie LPWAN (Low Power Wide Area Network) dans le monde. Ceci grâce à son accessibilité – LoRaWAN fonctionne sur des bandes de fréquences libres –, son vaste écosystème et sa réponse à différents usages à partir d’un seul réseau.
Par ailleurs, les infrastructures sont peu coûteuses. Le coût d'une station de base LoRaWAN, qu'elle soit installée en intérieur ou en extérieur, devient aujourd'hui comparable à celui d'un simple point d'accès Wi-Fi avec une portée de plusieurs kilomètres. L’Alliance LoRa compte aujourd'hui plus de 300 membres, dont 57 qui nous ont rejoints en 2025 (dernièrement, le SIEL Territoire d'énergie Loire a rejoint l’Alliance). Ceux-ci proposent plus de 650 appareils certifiés, soit bien davantage que n'importe quelle autre technologie LPWAN. À ce jour, plus de 125 millions d'appareils sont connectés via LoRaWAN dans le monde. Notre croissance annuelle atteint 25 %, ce qui constitue également le taux de croissance le plus élevé du secteur.



