Les 100 ans du Syndicat Intercommunal des Eaux de Ribemont, dans l’Oise, ont été célébrés fin mai. A cette occasion, la transformation numérique de l’activité a été mise en avant. Le syndicat a en effet modernisé 14 500 compteurs d’eau potable sur son territoire couvrant onze communes pour mettre en place la télérelève, dont les résultats ont été détaillés lors de la journée anniversaire.
Le choix de la télérelève a été motivé par les pertes financières enregistrées par le syndicat. « Nous avions historiquement une relève manuelle des compteurs d’eau qui nous prenait 22 semaines à effectuer. Nous avons décidé de passer à la radio-relève, effective en 2020. Mais nous avions 35 000 mètres cubes d’eau de fuite après compteur à annuler sur les facturations et à rembourser aux abonnés, soit environ 60 000 euros par an, ce qui pesait sur la trésorerie », raconte le président du syndicat Philippe Lefèvre. C’est ce qui l’a poussé à chercher une solution permettant de faire évoluer les appareils de la radio-relève à la télérelève, que le syndicat a financé sur ses fonds propres.
La première étape a consisté à la création d’un réseau LoRaWAN privé pour faire remonter les données. Une étude préparatoire détaillée a été effectuée pour dimensionner le réseau et déterminer où positionner la vingtaine d’antennes fournies par Requea. De 2022 à 2024, Iton a procédé à la mise à niveau et à la programmation des relevés des compteurs d’eau. Plus de 60 enregistreurs de bruit connectés de la marque Sewerin ont été ajoutés sur les conduites d’eau pour détecter les fuites.
De la télérelève aux usages des territoires intelligents
Les résultats ont été immédiats : une fuite d’eau souterraine, coûtant près de 30 euros par jour, a été repérée par un capteur IoT. « Elle était invisible à l’œil. Grâce à la télérelève des consommations d’eau, notre réseau a désormais un rendement de 93% », souligne Philippe Lefèvre, qui n’a plus que 1 000 mètres cubes d’eau à peine à annuler. Autre bénéficie avancé par le président du syndicat, la télérelève permet d’améliorer la relation avec les abonnés en réduisant les estimations, renforçant la lisibilité des consommations et en diminuant les litiges par des alertes précoces.
La remontée automatique des données des compteurs permet par ailleurs aux équipes de travailler différemment. « Cela nous a fait gagner du temps, nous n’avons non pas supprimé du personnel mais au contraire embauché deux postes pour passer plus de temps à la recherche de fuites et au terrassement », se réjouit Jérôme Cool, responsable du service technique.
« Le syndicat a procédé de la meilleure manière qui soit, en veillant à bien connaître son patrimoine et en pensant dès le départ à l’évolutivité des compteurs. Mais surtout, en pilotant le projet en continu et en suivant les indicateurs dans les tableaux de bord. C’est cette méthode que je recommande à l’ensemble des collectivités qui veulent franchir le pas », témoigne Charles-Alexandre Concédieu, directeur commercial des solutions Eau chez Itron. Le ROI du projet, dont le montant n’est pas communiqué, se fera « en trois ans et demi », assure-t-il.
Le réseau LoRaWAN déployé pourrait s’étendre prochainement au-delà de la télérelève : « Des élus du territoire ont demandé au syndicat à se servir du réseau pour faire remonter les données d'autres capteurs, dans l’éclairage et les déchets. C'est la plus grande démonstration du succès du projet », affirme Charles-Alexandre Concédieu. Le Syndicat Intercommunal des Eaux de Ribemont, qui aimerait renforcer ses services auprès des collectivités, compte donner une nouvelle jeunesse à son dispositif par l’offre de nouvelles applications d’ici à la fin de l’année.



