Si les métiers du conseil, de l’ingénierie et de l’assistance à maîtrise d’ouvrage regorgent de propositions pour s’adapter à ces nouvelles réalités, l’orientation vers le recours aux financements privés semble s’imposer durablement comme une réponse à la problématique. Et ce, au-delà de certaines oppositions dogmatiques.
Le Plan France Très Haut Débit n’a-t-il pas permis de couvrir des territoires non rentables, tout en mutualisant les infrastructures ? Son financement repose majoritairement sur un montage privé (≈65 %), complété par les collectivités et l’État.
De même, pour mieux gérer la ressource en eau potable, les contrats de performance établis avec des acteurs privés engagés ne permettent-ils pas de réduire les fuites (18–20 % de l’eau mise en distribution en France) via la détection active (capteurs, IA...), de contenir les coûts d’exploitation et d’améliorer la résilience en période de stress hydrique ?
L’accélération de l’électrification des usages – sujet tellement d’actualité - nécessitera d’équiper le domaine public en infrastructures de recharge de véhicules électriques (IRVE). Là encore, tout en limitant l’apport de fonds publics, le cofinancement peut permettre d’accélérer les projets et d’obtenir des garanties de couverture, de qualité de service et de péréquation.
Quant aux centres de données, la valorisation du foncier (via une fine analyse multicritères préalable) par les collectivités s’est souvent révélée décisive pour faire jouer la concurrence entre les investisseurs et sélectionner le projet apportant le plus de valeur au territoire.
Quelles clés de succès ?
Pour autant, le recours aux financements privés n’est pas acquis d’office ! La collectivité doit d’abord procéder à une analyse complète de ses actifs valorisables (patrimoine bâti, foncier public, données et système, réseaux d’eau, numérique, mobilité…).
Cette analyse est utilement complétée par une connaissance fine de l’écosystème : acteurs économiques potentiellement intéressés par le projet, compréhension de leur stratégie, de leurs capacités de financement et des économies d’échelle qu’ils pourraient mettre en œuvre sur le territoire.
Ensuite, il devient essentiel de se doter d’une excellente vision du modèle économique de l’opération. La modélisation permet d’ajuster le soutien public nécessaire et raisonnable en fonction de l’évaluation de la rentabilité de chaque zone géographique et d’opter pour la meilleure stratégie de transfert des risques vers le partenaire privé.
Grouper la commande publique dans le cadre d’un projet et s'inscrire dans une planification réaliste et progressive de l’investissement (à 15/20 ans) peuvent être des facteurs décisifs pour optimiser son modèle économique.
La sélection du type de contrat (concession, Appel à Initiative Privée, Marché Global de Performance, contrat de partenariat…) adapté aux caractéristiques de l’opération viendra compléter le cadre d’exécution du projet en définissant la durée, la capacité à lever des financements, les transferts des risques…
Dans un contexte de réduction budgétaire, la recherche proactive de financements privés est aujourd'hui considérée comme une composante stratégique majeure de l’aménagement du territoire et une réponse aux défis économiques, sociaux et environnementaux. Il ne s’agit en aucun cas d’un désengagement de la puissance publique, mais d’une nouvelle manière d’orchestrer les ressources disponibles pour créer davantage de valeur collective.
* Vie publique & IGF – Rôle des collectivités dans l’investissement public



