Le 27 avril dernier, l'Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) lançait officiellement sa "Suite territoriale", un ensemble de services numériques gratuits pour les communes de moins de 3 500 habitants et EPCI de moins de 15 000 habitants. Proposée avec l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), cette suite a été développée en partenariat avec la Direction interministérielle du numérique (DINUM).
Mais en quoi consiste-t-elle ? « La Suite territoriale est un service public et ne poursuit aucun intérêt financier », indique l’ANCT sur le site de présentation de l’offre. D’où le fait qu’elle soit proposée « à titre gracieux ». Elle s’adresse aux petites communes et EPCI de taille modeste, qui peuvent vérifier leur éligibilité en ligne. Pourquoi ce périmètre ? « Car de nombreuses communes ne disposent pas encore des services numériques de base répondant aux standards de sécurité minimaux. Cela fragilise les échanges officiels, comme les relations avec l’État et exposent les collectivités à des risques croissants de cyberattaques », précise l’ANCT. Sa Suite territoriale a donc pour objectif de « garantir que chaque commune puisse collaborer et communiquer avec ses partenaires et services de l’État via des outils fiables, souverains et sécurisés ».
Que trouve-t-on dans cette Suite territoriale ? Premier constat, ce n’est pas une suite bureautique, avec traitement de texte, tableur et autres outils classiques. Le socle de base de la suite de l’ANCT intègre trois principaux composants. Le premier est la mise à disposition d’une identité numérique professionnelle, permettant l'authentification des agents et des élus via ProConnect. Il s’agit du service d’identité numérique professionnelle développé par la DINUM pour les agents publics et certains partenaires (anciennement appelé AgentConnect dont la première version date de 2021).
Deuxième élément du socle de base : une messagerie professionnelle « garantissant l’authenticité des communications officielles des collectivités », souligne l’ANCT. Baptisée sobrement "Messages", cette messagerie en ligne permet classiquement d’envoyer et de recevoir des courriers électroniques, mais aussi de gérer l'accès à une adresse email collaborative et d’importer son carnet d'adresses ainsi que son historique depuis une autre messagerie. Points notables : "Messages" intègre de l’IA pour faciliter la rédaction des messages et la capacité de stockage des boîtes mail n'est pas limitée.
L’ANCT insiste sur la dimension souveraine et sécurisée de cette messagerie. Les données sont hébergées en France, les échanges sont chiffrés en TLS (Transport Layer Security), comme la quasi-totalité des messageries modernes, et surtout : l’accès peut être couplé à ProConnect afin d’éviter les comptes personnels et les risques d’usurpation de comptes.
" Fichiers", un espace de stockage souverain
Troisième élément de la suite : "Fichiers", un espace de stockage en ligne qui permet d’héberger, organiser et partager des fichiers (documents, images, feuilles de calcul...). Encore une fois, l’ANCT met en avant le fait que les données soient stockées en France et que l’accès est protégé via ProConnect.
La Suite territoriale propose le service "Collectivite.fr", qui permet à une commune de disposer d’un nom de domaine « formellement identifiable par les services de l'État et les citoyens ». Ce nom de domaine peut être utilisé pour l’adresse de messagerie électronique et le site web de la commune.
Enfin, d’autres outils sont également proposés : "Mes Adresses" (pour créer la Base Adresse Locale de la commune), "Annuaire des Collectivités" (pour modifier des informations essentielles, comme la liste du conseil municipal, les horaires, les moyens de contacts, etc.) ou "RDV Service Public" (pour que les administrés puissent prendre des rendez-vous en ligne auprès de la collectivité). Des outils de cybersécurité sont également proposés avec l’ANSSI dont le diagnostic Cyberdépart, un accompagnement gratuit de l'ANSSI pour aider les collectivités à amorcer leur première démarche de cybersécurité.
La messagerie de l’ANCT proposée avec l’ARNia en Bourgogne–Franche-Comté
Pour accéder à la Suite territoriale, les territoires sont invités à se rapprocher des opérateurs publics de services numériques partenaires de l’ANCT, qui sont chargés du déploiement de la Suite territoriale auprès de leurs collectivités membres.
C’est le cas, par exemple, de l’ARNia, l’agence régionale du numérique et de l'intelligence artificielle de Bourgogne-Franche-Comté. Elle a déjà décidé de migrer vers "Messages", les messageries qu’elle opère déjà pour le compte de certains territoires. « Dans un second temps nous proposerons cette solution à tous nos adhérents (1 800 organismes publics, NDLR) », précise l’agence dans un communiqué. « La solution développée par l’ANCT est un premier gage de qualité et de sécurité que l’ARNia renforce en mettant en œuvre une solution souveraine d’hébergement : messagerie et données sont ainsi localisées en Bourgogne–FrancheComté sur des équipements opérés directement par l’ARNia », a déclaré Patrick Molinoz, président de l’ARNia.
Cet exemple illustre la volonté de l’ANCT de laisser les structures locales aller plus loin que le socle de base de la Suite territoriale pour proposer une offre d’outils plus étoffée. Même chose pour les entreprises privées qui sont invitées à se rapprocher de l’ANCT, à condition que ce soit des acteurs de la filière du numérique française (hébergeurs, intégrateurs, éditeurs...). « Cette coopération public/privé permet la pleine complémentarité entre les offres privées et les services numériques proposés par l'État », conclut l’ANCT.



