Pouvez-vous nous rappeler les spécificités de la technologie Wize et son positionnement sur le marché des réseaux IoT ?
La technologie Wize a été conçue en 2010 pour répondre à un besoin industriel très précis de SUEZ et GRDF : concevoir une technologie radio la plus performante pour la télérelève des compteurs d’eau et de gaz, en particulier dans des environnements d’exploitation contraints. Techniquement, cela s’est traduit par un choix structurant : celui de la bande de fréquence 169 MHz, bande fréquence libre de droit et dédiée par la règlementation européenne aux applications “metering” (collecte de données de mesures, NDLR). Elle permet une bonne propagation du signal, sur une large portée et avec une forte capacité de pénétration dans les bâtiments ou dans le sol. Or, dans le domaine du metering , ce dernier point est absolument clé.
Un compteur d’eau, par exemple, est très souvent enterré, sous un trottoir ou dans un regard. Et cela pose des contraintes radio très fortes. C’est précisément sur ce point que Wize se distingue et créé une réelle valeur ajoutée.
Si l’on regarde aujourd’hui le développement de Wize en France, il est significatif. Le programme Gazpar de GRDF (télérelève des compteurs gaz) en est l’exemple le plus emblématique. Les 11 millions de compteurs de gaz français sont connectés en Wize, soit 100 % du parc. Autrement dit, partout où il y a du gaz de ville, il existe déjà un réseau Wize.
À cela s’ajoutent plusieurs millions de compteurs d’eau. Nous sommes aujourd’hui autour de 3 à 4 millions en France, et ce chiffre continue de progresser. Par ailleurs, la technologie est déjà utilisée pour d’autres applications liées aux réseaux, comme la détection de fuites via des capteurs acoustiques.
Pour autant, je reste très clair sur le positionnement : le cœur de métier de Wize, aujourd’hui, reste le comptage intelligent. C’est là que la technologie est la plus pertinente. Cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas adresser d’autres cas d’usage, mais cela reste notre socle.
Comment expliquez-vous que Wize a été « éclipsée » par LoRaWAN ?
Je pense qu’il faut bien distinguer la réalité des déploiements et la perception du marché. Il est vrai que LoRaWAN bénéficie aujourd’hui d’une visibilité beaucoup plus importante, notamment auprès des collectivités. Mais cette situation s’explique davantage par des facteurs marketing que par des différences fondamentales de performance.
Du côté de Wize, nous sommes partis d’une approche très industrielle. La technologie a été développée par des ingénieurs, pour répondre à un besoin précis, celui de la télérelève des compteurs. Il n’y a pas eu, au départ, de stratégie de conquête du marché ou de volonté de positionner Wize comme un standard de la smart city.
À l’inverse, LoRaWAN s’est structuré autour d’un écosystème très large qui regroupe un grand nombre d’acteurs, ce qui lui donne une visibilité et une capacité de diffusion très importantes. Cette dynamique a naturellement favorisé son adoption dans les projets territoriaux.
Pour autant, si l’on regarde les volumes réels sur le terrain, notamment dans le domaine du metering, Wize est aujourd’hui très largement déployé. Nous avons environ 18 millions de compteurs connectés au niveau mondial. Et la France compte probablement plus de compteurs d’eau connectés en Wize qu’en LoRa.
Les réseaux Wize sont « ouverts » à d’autres usages que la télérelève, comme l’éclairage public, le monitoring des bâtiments ou la gestion intelligente des déchets. Nous avons des projets dans ce sens, portés par des exploitants.
Enfin, l’écosystème des fabricants d’équipements est en train de s’étoffer du côté de Wize. D’ici la fin de l’année, de nouveaux équipements vont arriver sur le marché, notamment dans les domaines de l’éclairage public et de la gestion des déchets.
Quelle place peut jouer Wize dans les projets smart city actuels et à venir ?
Je suis convaincu que l’avenir de la smart city repose sur une approche multi-technologies. Il n’y aura pas une solution unique capable de répondre à tous les besoins. Chaque technologie a ses forces et l’enjeu est de les combiner de manière pertinente.
Dans ce contexte, Wize a toute sa place, notamment sur les usages les plus contraints. Tout ce qui relève du comptage, des infrastructures enterrées ou des environnements difficiles reste un domaine de prédilection pour la technologie.
Nous disposons d’un atout majeur : l’infrastructure. Le réseau existe déjà, notamment en France grâce au déploiement de compteurs de gaz connectés de GRDF. Et ce réseau est aujourd’hui accessible. Des dispositifs permettent à des acteurs tiers de s’y raccorder pour déployer leurs propres services. C’est une opportunité importante, mais encore insuffisamment connue.
Enfin, il ne faut pas opposer les solutions. Dans les faits, nous travaillons sur une approche hybride. Nous déployons ainsi des réseaux combinant Wize pour le comptage intelligent de l’eau et LoRa pour d’autres usages.
Pour finir, je dirais que Wize est une technologie peu connue, bien que déjà largement déployée. Elle joue un rôle essentiel dans les infrastructures critiques. L’enjeu aujourd’hui, pour l’Alliance Wize, est de mieux faire connaître cette réalité terrain pour bâtir des territoires connectés intelligents sans multiplier inutilement les coûts et les infrastructures.



