Dans quel contexte s’inscrit aujourd’hui votre appel à accélérer le développement du solaire dans les territoires ?
Nous sommes dans un contexte à la fois réglementaire, énergétique et géopolitique. D’un côté, il y a des obligations qui montent en puissance : la solarisation des bâtiments existants de plus de 500 m² d’ici 2028, ou encore celle des parkings de plus de 1 500 m² d’ici 2026 ou 2028 selon les cas. Ces obligations, issues notamment de la loi APER et des textes européens, vont mécaniquement accélérer le mouvement.
Mais il y a surtout un contexte géopolitique qui change la donne. Nous sommes entrés dans une crise énergétique fossile durable. Dans ce cadre, le solaire devient une solution concrètement permettant aux collectivités de réduire leurs factures énergétiques. Les prix des équipements ont baissé, que ce soit au niveau des panneaux photovoltaïques comme des batteries. Encore peu rependu, l’usage de batteries pour stocker l’énergie solaire va ainsi pouvoir se développer et rendre ainsi le solaire pilotable. Le vehicle-to-grid (V2G) où les véhicules électriques deviennent eux-mêmes des solutions de stockage, devrait aussi participer à développer ces capacités de pilotage de l’énergie solaire.
Peut-on mesurer concrètement les gains pour une collectivité ?
Oui, on commence à avoir des retours d’expérience très parlants. Une petite commune comme Escource, dans les Landes, a par exemple, réduit sa facture d’électricité de 42% grâce à l’autoconsommation, individuelle et collective. Et lorsque l’on optimise les usages, que l’on pilote les consommations, on peut aller encore plus loin. Les économies atteignent 30 à 50 % pour une collectivité de taille moyenne.
Cela est notamment dû aux performances des panneaux photovoltaïques qui ont énormément progressé. Nous sommes aujourd’hui autour de 23 à 24 % de rendement, contre 19 à 20 % il y a cinq ans. C’est un saut significatif.
Où en est aujourd’hui le déploiement du solaire dans les territoires ?
Le photovoltaïque s’est fortement développé, même au-delà des prévisions. Nous avons installé environ six gigawatts (GW) l’an dernier, et le parc total atteint autour de 30 GW. C’est une technologie désormais bien appropriée, compétitive et comprise.
À l’inverse, le solaire thermique (produire de la chaleur via le chauffage d’un fluide par rayonnement solaire, NDLR), a été éclipsé par le photovoltaïque. Mais, il commence à revenir sur le devant de la scène, notamment pour les réseaux de chaleur et l’industrie.
Parmi les « 6 clés pour agir » proposées par Enerplan, quels sont les leviers les plus structurants pour les collectivités ?
Le premier levier, c’est clairement l’autoconsommation collective patrimoniale. C’est le point d’entrée le plus simple et le plus efficace. Toutes les collectivités peuvent le faire, et pourtant, seules environ 800 sur 35 000 s’en sont saisies aujourd’hui.
C’est un outil très concret pour sécuriser la facture énergétique à court, moyen et long terme. Et cette logique d’autoconsommation peut aller au-delà des bâtiments publics, pour être étendue aux habitants et même aux entreprises du territoire.
Le deuxième levier est l’accompagnement des zones d’activités économiques et industrielles. Il y a là un enjeu majeur de compétitivité. Une collectivité peut, par exemple, mettre du foncier à disposition pour développer une production de chaleur solaire au bénéfice des industriels.
Troisième levier : la mobilité. La solarisation des parkings avec des ombrières, qui est une obligation légale, est une opportunité pour déployer des bornes de recharge. C’est très concret : on produit de l’énergie localement pour alimenter directement les véhicules.
Enfin, il ne faut pas oublier la dimension sociale. Le solaire peut être un outil de solidarité, en permettant, par exemple, de redistribuer le surplus d’électricité à des ménages en situation de précarité. Enerplan est membre fondateur, aux côtés de l’Ademe, de la BPCE et de l’Union sociale pour l’habitat, de l’association Sol Solidaire. Elle conduit des actions de lutte contre la précarité énergétique grâce à la solarisation.
Quels sont aujourd’hui les principaux freins au développement du solaire ?
Le premier frein, c’est l’instabilité réglementaire. Les dispositifs de soutien ont été remis en cause récemment, ce qui perturbe les acteurs et ralentit les projets. Il y a aussi des enjeux de financement, notamment pour les projets de chaleur renouvelable, avec un fonds chaleur très sollicité. Il y a plus de projets que de budget disponible. Enfin, il reste des freins plus structurels : le manque de connaissance, la complexité perçue, ou encore les questions de foncier.
Mais globalement, les conditions sont réunies pour accélérer la solarisation des territoires. Le solaire est aujourd’hui une solution mature, accessible et pertinente pour les collectivités.
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