Les collectivités sont de plus en plus nombreuses à vouloir se doter d’un hyperviseur pour agréger divers flux. C’est ce qu’a observé l’association nationale de la vidéoprotection (AN2V), qui a placé cette thématique au cœur de sa réunion du 26 mars dernier. « C’est un vrai sujet en 2026, les communes veulent centraliser leur éclairage public, leur arrosage automatique, la mobilité, le niveau des rivières, etc. Cela fait beaucoup de données qu’il faut malaxer, comprendre et afficher. Cela demande un outil plus vaste que le CSU », a expliqué Dominique Legrand, président fondateur de l’AN2V, qui a créé un groupe de travail dédié en réaction à l’adhésion à l’association de nouveaux membres spécialisés sur l’hypervision.
Rappelons qu’un hyperviseur est une « plateforme logicielle servant à faire coopérer différents systèmes métiers entre eux. Il ne faut pas vouloir en installer un pour faire seulement de la télésurveillance », a souligné Vivien Baczkiewicz, directeur associé de l’éditeur CASD. Un avis partagé par Denis Castanet, directeur France chez Advancis : « Si le besoin est de faire discuter un système vidéo, un système de contrôle d'accès et un système d'intrusion pour un usage en sécurité, la supervision suffit. » Chartres par exemple va inaugurer un nouveau CSUi pour 67 communes de sa métropole sans recourir à l’hypervision. Alors quand l’hyperviseur se révèle-t-il plus pertinent pour les collectivités ?
Pour éviter l’accumulation de superviseurs
La première raison avancée par Pierre Ferrand, directeur grands comptes de l’éditeur Prysm est quand « il y a une accumulation de superviseurs métiers qui apportent trop de complexité, avec des contraintes d’usage, de réactivité et de maintenance, et une vision silotée qui ne permet pas d’améliorer les process ». Cela a été le cas du syndicat mixte Oise THD, qui a créé, à l’aide d’AMO en 2018, un centre de supervision départemental en s'appuyant sur les besoins du conseil départemental de l'Oise.
Celui-ci agrège aujourd’hui les flux de 170 communes (sur les 680 de l’Oise) et du conseil départemental, soit quelque 3 500 caméras et 300 alarmes. La maintenance occasionnée par les pannes l’a conduit à « ces dernières années à intégrer des systèmes existants sur un hyperviseur », a témoigné Pierre Marcheux, son directeur général. « La force de l’hyperviseur, c’est d’apporter de l’interopérabilité en pouvant gérer des centaines de protocoles faisant communiquer différents systèmes de sûreté, sécurité et technique », a mis en avant de son côté Pierre-Emmanuel Ogé, responsable commercial grands comptes chez AzurSoft.
Pour une forte volumétrie d’équipements
La deuxième raison principale d’adopter un hyperviseur réside dans le passage à l’échelle d’un projet de territoire connecté et durable, « au moment de la scalabilité avec une forte volumétrie d’équipements et le développement de fonctionnalités », a indiqué Pierre Ferrand. AzurSoft, qui propose un hyperviseur standard à 60 000 euros à ses clients avant de développer des fonctions sur-mesure en fonction des besoins, étudie par exemple une fonctionnalité de détection de drones à travers l'hypervision.
Au-delà de savoir quand basculer vers un hyperviseur, il faut aussi prévoir la question du comment. « Souvent, le cahier des charges précisant les processus opérationnels est mal défini, ce qui complique les choses. Si l’hypeviseur est mal géré et part dans tous les sens, la productivité va s’effondrer. La gestion de projet est donc essentielle », a reconnu Pierre-Emmanuel Ogé.
Pour sa part, Pierre Marcheux a reconnu ne pas avoir mis assez de moyens au départ sur l’acculturation des équipes. Les projets du syndicat mixte de l’Oise se poursuivent tout de même : « On va placer sur une infrastructure plus centralisée pour décupler nos capacités de relecture et d'analyse, ça va être une migration qui va s'étaler encore sur deux bonnes années », a-t-il annoncé.



