Le coût des énergies renouvelables (EnR) va s’insérer dans le débat public national. La mission Levy-Tuot, chargée par l'État en décembre dernier de réfléchir à l'optimisation du soutien aux énergies renouvelables, doit rendre dans quelques semaines ses conclusions.
À l’approche de l’échéance, le Réseau Action Climat a publié ce 9 mars une note faisant le calcul du coût et des recettes des EnR, pour rappeler « qu’il ne faut pas regarder qu’un seul côté de la pièce, à savoir le coût », affirme Bastien Cuq, expert énergie pour le Réseau Action Climat. Les deux écueils soulevés par la fédération sont une sur-focalisation sur les dépenses, occultant les recettes générées, et la non différenciation du solaire pré-moratoire et post-moratoire dans les calculs du coût des énergies renouvelables. Le tarif de soutien est en effet passé de 400 euros / MWh produits à 70 euros / MWh produits depuis 2010.
L’équipe du Réseau Action Climat, aux côté de l’expert de l’éolien terrestre Théo Fiquet, s’est concentrée sur l’éolien et le photovoltaïque. À partir des chiffres de la statistique publique, ils ont pu dresser une simulation. Les conclusions : à date, depuis la création des filières en 2006, les énergies renouvelables ont rapporté à l’État deux fois plus qu’elles ne lui ont coûté en soutien.
Dans le cas de l’éolien terrestre, qui cristallise les critiques, la filière a coûté au total 5,6 milliards d’euros, mais a engendré 4,3 milliards d’euros nets de bénéfices (7,8 milliards d’euros par les cotisations sociales et l’impôt sur le revenu, auxquels sont soustraits les dépenses de raccordement, de R&D, etc.). Les énergies renouvelables ne constituent donc « pas un engagement financier majeur pour la puissance publique », d’après la note. « Je me suis assez vite aperçu que le bilan était positif, et non négatif, encore moins dans les proportions qu’on a pu entendre, certains responsables politiques évoquant un coût à 300 milliards d’euros, ce qui est déconnecté de la réalité », indique Théo Fiquet.
Des retombées pour les collectivités
A l’échelle locale, les énergies renouvelables offrent également des retombées positives aux collectivités. « Un mégawatt d’énergie renouvelable installé rapporte via une taxe 10 000 euros, 30 % dus à la collectivité, et le reste à l’EPCI et au département. Une éolienne, qui représente 4 à 5 MW, c’est ainsi 40 000 à 50 000 euros de retombées sur le territoire par an », rappelle Bastien Cuq.
Du côté du solaire, prisé par les collectivités en autoconsommation collective d’après le baromètre 2025 d’Observ’ER, la réduction dans les factures d’électricité des ménages s’ajoute aux externalités positives. « Les projets portés par les communes avec les citoyens ont trois fois plus de retombées garanties que les autres projets, car ils impliquent des acteurs locaux », met en avant Bastien Cuq. De son côté, le Syndicat des énergies renouvelables (SER) a également publié en février une étude consacrée aux retombées fiscales des énergies renouvelables dans les territoires et assure que 77 % des recettes sont perçues directement par les communes et intercommunalités.
Fort des résultats de cette note, le Réseau Action Climat recommande à l’État de soutenir en priorité le développement des énergies renouvelables dans les régions où elles sont moins productives, « pour équilibrer le déploiement et éviter les concentrations », soulève Bastien Cuq. La fédération encourage également les collectivités à déployer davantage de projets. « Les communes rurales détiennent le potentiel d’installation », souligne Théo Fiquet, pour qui l’agrivoltaïsme représente une carte à jouer.



