Permettre aux artisans de tester, sans engagement, des alternatives à leur véhicule professionnel, telles que la location de vélo cargo, les livraisons mutualisées ou encore la collecte de déchets par un acteur spécialisé. Tel est le principe du programme expérimental "Marguerite " porté par l'association La Fabrique de la Logistique. Cette association regroupe des entreprises du secteur de la logistique ainsi que des collectivités, dont la Région Île-de-France. Marguerite bénéficie également du soutien de l’ADEME et de l’AIT (Agence de l’innovation dans les transports).
Lancé il y a trois ans, Marguerite est passé en phase opérationnelle en 2025 et entre aujourd’hui dans sa « dernière ligne droite », car il doit prendre fin en décembre 2026. Déployé dans six villes (Paris, Lille, Lyon, Nantes, Bordeaux et Aix-Marseille), il a été testé par 951 artisans, dont 456 ont pérennisé la démarche au-delà des tests (soit un taux de conversion : 47,9%). L’objectif est de porter ce chiffre à 1800 artisans d’ici la fin de l’année.
« Face aux contraintes croissantes qui pèsent sur les déplacements professionnels en ville — congestion, zones à faibles émissions, extension des zones piétonnes ou difficultés de stationnement — les artisans et commerçants sont de plus en plus confrontés à des défis logistiques », contextualise Guillaume Billard, responsable communication du programme. « Marguerite vise à les accompagner vers des solutions de transport et d’organisation logistique plus sobres et mieux adaptées aux réalités urbaines ».
Concrètement, le programme intègre une mise en relation avec des prestataires de logistique via un catalogue de 80 allant du vélo-cargo à l’autopartage, en passant par la collecte de déchets de chantiers ou l’approvisionnement mutualisé en marchandises. Il s’agit donc d’un côté de remplacer le véhicule thermique par une alternative en cyclo-logistique, et de l’autre de mutualiser des livraisons ou collectes afin d’éviter les déplacements inutiles. L’objectif étant que les artisans utilisent au minimum, voire plus du tout, leur véhicule professionnel.
« Le transport et la logistique représentent près de 30 % des émissions de gaz à effet de serre en France, ce qui en fait un levier clé pour la transition énergétique », poursuit Guillaume Billard. « Dans les centres urbains, ces enjeux se combinent avec des contraintes de circulation de plus en plus fortes. Les artisans, qui utilisent souvent des véhicules utilitaires thermiques, sont particulièrement concernés. Le programme Marguerite cherche donc à leur proposer des alternatives concrètes permettant à la fois de réduire les émissions, de simplifier leurs déplacements et d’améliorer leur organisation de travail ».
Entre 1000 et 1200 euros d’aides financières
L’une des particularités du programme Marguerite est de permettre aux professionnels de tester des solutions avant de s’engager. Les artisans peuvent bénéficier d’une aide financière pouvant atteindre 1000 à 1200 euros, selon les territoires, afin de financer tout ou partie de la phase d’expérimentation. Ce soutien vise à lever les freins à l’adoption de nouvelles pratiques.
Les porteurs du programme donnent l’exemple d’un électricien parisien qui utilisait jusque-là une camionnette pour ses déplacements professionnels. « Au fil du temps, ce professionnel s’est rendu compte qu’il passait une part importante de sa journée dans les embouteillages ou à chercher une place de stationnement. Ces contraintes finissaient par peser lourdement sur son organisation quotidienne », explique Guillaume Billard. Selon les éléments recueillis lors de l’expérimentation, il cumulait également plusieurs milliers d’euros d’amendes de stationnement chaque année.
« Grâce au programme Marguerite, il a pu tester pendant un mois l’utilisation d’un vélo cargo pour se rendre sur ses chantiers. L’essai a été financé dans le cadre du dispositif. Le résultat s’est révélé concluant. L’électricien a constaté qu’il se déplaçait plus rapidement en ville et qu’il arrivait parfois plus tôt à ses rendez-vous qu’en utilisant sa camionnette. À l’issue de l’expérimentation, il a décidé d’adopter cette solution de manière durable et d’acheter son propre vélo cargo ».
Un programme expérimental financé par les CEE
Le programme Marguerite s’inscrit dans le cadre des Certificats d’Économies d’Énergie (CEE). D’une durée initiale de trois ans, il doit se terminer fin 2026. Les porteurs du projet espèrent cependant obtenir une prolongation d’un an afin de consolider les résultats et d’atteindre les objectifs fixés.
« Au-delà de l’expérimentation, l’objectif est clair : démontrer que des solutions logistiques plus simples, plus économiques et plus durables peuvent progressivement s’imposer dans les centres urbains », conclut Guillaume Billard.



