Les embouteillages représentent un point noir pour les collectivités. « Ils vont à l’encontre d’un de leurs KPI, qui est d’augmenter la vitesse de déplacement de leurs habitants pour dynamiser leur attractivité », observe Pierre Philbert, CEO de l’entreprise d’optimisation automatisée des carrefours à feux WISP Solutions. Et pourtant, cette congestion urbaine continue d’augmenter dans les agglomérations, d’après la 15e édition du baromètre mondial de l’entreprise de cartographie et de technologies de géolocalisation TomTom : elle s’est accrue de 5 % au niveau mondial, passant de 20 à 25 % entre 2024 et 2025.
Les conséquences en sont désastreuses pour les territoires, rappelle les acteurs du secteur. Les particules fines que les véhicules émettent induisent une baisse de la qualité de l’air. Les embouteillages sont également source de pollution sonore et renforcent l’effet d’îlot de chaleur. Les répercussions ne sont pas qu’environnementales, elles sont aussi sociales : le temps perdu dans les bouchons engendre du stress, de la fatigue et une perte de productivité pour les conducteurs. Pour les villes, les retombées économiques doivent aussi être prises en compte, par une baisse d’attractivité et des dépenses supplémentaires dans la voirie.
Quelles sont les villes les plus embouteillées de France ?
En France, le podium des villes les plus embouteillées en 2025 se compose de Lyon, Bordeaux et Montpellier, selon Tom Tom. Les automobilistes lyonnais qui ont effectué un trajet de 10 km deux fois par jour aux heures de pointe ont perdu en moyenne 121 heures dans les bouchons. « Ces résultats s’expliquent par des raisons conjoncturelles et non structurelles. Des travaux réduisant le nombre de voix ont été menés à Lyon et Bordeaux fait face chaque année à un pic de congestion au moment des départs en vacances », explique Delphine Séné, experte des transports pour le cabinet de conseil Alenium, qui nuance en rappelant que la France est à la 24e place à l’échelle européenne, avec un taux de congestion de 20,1 % d’après le baromètre. Paris (où l’indice a baissé de 44 à 40 %) et Marseille occupent les 4e et 5e place du baromètre Traffic Index de TomTom.
En France, la congestion est principalement due à un problème d’exploitation, menant à un déséquilibre dans l’usage de l’espace. « La problématique est la densification de la population en zone urbaine et la volonté d’intégrer de nouvelles mobilités, ce qui augmente la complexité », analyse Pierre Philbert. Pour Delphine Séné, il est ainsi indispensable de mettre en place une gouvernance de la donnée de mobilité à l’échelle d’un territoire. « La Nouvelle-Aquitaine justement mène cette réflexion autour de Bordeaux », ajoute-t-elle. Les collectivités doivent investir davantage dans des outils de gestion de flux. Certains territoires optent pour l’instauration de péages ou l’abaissement des vitesses. Mais le numérique peut jouer un rôle pertinent.
Quel rôle peut jouer le numérique ?
Les solutions numériques de gestion des flux peuvent être variées. Pour obtenir des feux tricolores intelligents, qui régulent le trafic en fonction de l’affluence et de la vitesse, citons les radars. Ou les capteurs et caméras qui transmettent leurs informations en temps réel sur des panneaux dynamiques. « L’information est à la base de l’action. Il faut comprendre la situation sur la route pour trouver la meilleure solution », rappelle Pierre Philbert, soulignant que les collectivités « manquent de ressources humaines » et ont besoin de l’appui de solutions numériques pour « gérer leur trafic à tous les points névralgiques ».
WISP Solutions utilise les données des constructeurs automobiles et l’IA pour adapter la durée des feux rouges en fonction de la circulation, afin de réduire les embouteillages. À Clichy, sa solution a abouti à un carrefour à une baisse de 18% du temps d’attente et à une réduction de 15% des émissions de CO2. Dans le cadre du programme « Quartiers métropolitains d’innovation », WISP Solutions mène actuellement une expérimentation à Aubervilliers sur trois intersections, où « les retours sont très positifs », avec une diminution de 5% de temps de parcours en trois mois.
Lire aussi notre dossier « Comment optimiser les flux de circulation grâce au numérique » dans SCM n°69, avec le détail des solutions numériques et de projets en cours.



