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[Covid-19] Ouvrons l’usage des données personnelles pour sauver des vies !

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Grâce à une utilisation astucieuse des données personnelles de ses habitants, la Corée du Sud a réussi à juguler la crise du Covid 19 en limitant le nombre de morts, sans confinement généralisé et sans mettre le pays à l’arrêt. Impossible à faire en France ?

Une tribune d'Ariel Gomez, rédacteur en chef de Smart City Mag.

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Je suis estomaqué par les atermoiements qui se manifestent en France à l’idée de mettre en place des dispositifs technologiques comme ceux qu’à déployé la Corée du Sud pour lutter contre le déferlement du Covid 19. En clair, il s’agit d’un tracking anonymisé des personnes testées positives grâce à la géolocalisation par GPS de leur smartphone. Cela permet, grâce à l’historique horodaté des déplacements, de reconstituer le parcours des personnes en question, d’identifier les lieux qu’elles ont visités, et d’identifier – par recoupement des parcours - les personnes avec lesquelles elles auraient pu être en contact. Un tel dispositif permet d’d’alerter les personnes ayant été potentiellement exposées au risque, de les tester (de manière ciblée, mais assez large) et de procéder, en fonction des résultats de ces tests, à des confinements ciblés.
Résultat : la Corée, qui était le pays le plus touché par le virus après la Chine, a réussi à endiguer l’épidémie et à limiter le nombre de morts sans passer par un confinement total de la population et une mise à l’arrêt de son économie. La mise en œuvre de cette stratégie a été possible parce que la Corée a tout de suite identifié l’intérêt d’une telle approche au profit d’un impératif absolu de santé publique. Techniquement parlant, ce n’est ni très compliqué ni très coûteux. En France, les opérateurs télécoms ont déjà utilisé ce tracking anonymisé, à la demande du Ministère de l’Intérieur, pour estimer le nombre de parisiens qui avaient quitté la capitale avant le début du confinement.

 

Ne pas stigmatiser

Or, lorsqu’on évoque la mise en oeuvre du dispositif coréen en France, on assiste tout de suite à une levée des boucliers des belles âmes qui hurlent à la mort sur le sacro saint respect des données personnelles. En ces temps de fake news et de complotisme galopant « on » pourrait utiliser ces données pour « autre chose ». Le gouvernement « profiterait de l’occasion » pour mettre la main sur notre intimité numérique. La Ministre de la Justice elle-même, Nicole Belloubet, déclarait prudemment à la radio qu’il fallait « évaluer l’atteinte possible aux données personnelles » avant d’autoriser quoi que ce soit.
Mais soyons clairs : de quoi s’agit-il ? Il s’agit de coupler les données anonymisées de géolocalisation des personnes à des données tout aussi anonymisées sur leur situation sanitaire (malade, contaminé, à risque). Le but étant de permettre à chacun d’éviter les lieux et les personnes à risque et de s’occuper de manière appropriée des personnes touchées par le virus. Il ne s’agit en aucun cas de stigmatiser les malades ou les personnes qui peuvent l’être en balançant leurs noms et adresses sur les réseaux sociaux. Il ne s’agit pas non plus, puisque ce sont les services de l’Etat qui sont à la manœuvre, de céder ces données à des fins mercantiles.


Savoir donner….

L’internaute lamba - dont votre serviteur – donne déjà, de manière plus ou moins consciente et consentante sa vie numérique entière sur un plateau à Facebook, Google, Apple, Microsoft, Amazon et autres en échange de l’usage de leurs apps et de leurs services. Ainsi renseignés, ces grands acteurs du numérique nous connaissent mieux pour mieux nous cibler et mieux partager nos données avec leurs partenaires dans le but de nous vendre plus facilement ce qu’ils veulent nous faire acheter.
Nous donnons donc (gratuitement), toute notre intimité numérique aux acteurs marchands du secteur pour devenir de meilleurs clients, mais nous refusons de céder une partie de nos données pour sauver des vies, dont probablement la nôtre et celles de nos proches ? Certes, le trait est forcé, et le contrôle de l’usage des données personnelles doit rester un impératif majeur dans une société démocratique.
Mais devant l’urgence vitale, il faut savoir faire rapidement les bons choix car, pendant qu’on discute du sexe des anges, le virus continue à faucher des vies, à briser des familles, à épuiser et à décimer les soignants et à anéantir l’économie du pays.
Qu’on se le dise : l’option n’est pas binaire et figée. Ce n’est pas l’efficacité de la cyber dictature totalitaire OU l’inefficacité coupable de la « démocratie-qui-respecte-les-données-personnelles ». Les lignes bougent vite, et le confinement massif des populations, impensable il y a deux mois, est aussi pratiqué dans nos démocraties.


Grâce à l’utilisation des données, la Corée a sauvé des milliers de vies. Israël, l'Allemagne et d’autres pays suivent le même chemin et mettent en place ces outils. Ferons-nous partie des pays qui auront eu l’intelligence de la situation, ou allons-nous grossir les rangs mortifères des idiots utiles du RGPD, qui préfèrent se faire enterrer avec leurs données personnelles bien au chaud plutôt que de vivre en les partageant à bon escient ?

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