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Doit-on parler de smart city "inclusive" ?

Inclusion

Tribune rédigée par Mustapha Derras, directeur des technologies, de la recherche et de l'innovation chez Berger-Levrault, et publiée initialement dans Smart City Mag #8.

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"L’inclusivité des smart cities est donc un principe dont il faut avant tout partager et potentiellement limiter le sens." Mustapha Derras, directeur des technologies, de la recherche et de l'innovation chez Berger-Levrault. © Flickr / Michael Kappel

La ville, qui est par construction un lieu de convergence réunissant de nombreuses populations variées et diversifiées, n’a pas attendue d’être smart pour mettre en œuvre des actions visant à améliorer la qualité de vie de toutes ses composantes humaines. Force est de constater que, d’une part, la complexité des milieux urbains s’accroît sensiblement et que, d’autre part, le terme "inclusif" crée des amalgames avec, par exemple, l’inclusion sociale qui fait référence à une large palette d’initiatives. Ces dernières adressent en effet des sujets aussi divers que l’amélioration des infrastructures, la lutte contre les inégalités ou la valorisation des individus. L’"inclusivité" des smart cities est donc un principe dont il faut avant tout partager et potentiellement limiter le sens.
Qualité de vie, lutte pour la protection de l’environnement, éducation, engagement citoyen, aide aux personnes âgées, accompagnement des personnes déficientes... font a priori partie de la démarche des smart cities "inclusives" pour lesquelles les technologies numériques peuvent avoir un impact très positif. Ce qui est remarquable, c’est que la définition, l’évaluation et la mise en œuvre des solutions pour créer une société "inclusive" peuvent aussi participer d’une démarche d’inclusion soutenue elle-même par des outils numériques. Les technologies peuvent donc être mise au service de toutes ces causes et produire des effets spectaculaires d’autant que nous assistons à l’émergence de possibilités issues de la combinaison des usages des objets connectés et des capacités croissantes de traitement des données. Nous ne sommes donc limités, théoriquement, que par notre créativité et les moyens dont disposent les villes.
Les exemples sont nombreux de plates-formes qui testent certaines fonctionnalités telles que l’identification des bancs et des fontaines pour les parcours de personnes âgées l’été, la réduction des consommations d’énergies dans les bâtiments publics, la mesure de la qualité de l’air et de l’eau grâce aux objets connectés, les outils des cellules de crises relatives aux intempéries, la consultation des comités de quartiers sur des budgets ou des plans d’actions... Pourtant, nous n’assistons pas à une « prolifération » de solutions et nous pouvons tous constater que, malgré les avantages évidents que nous pouvons entrevoir, les exemples de réalisations concrètent sont non seulement peu nombreux mais en règle générale limités.

 

Des efforts à faire pour progresser

Mustapha Derras, directeur des technologies, de la recherche et de l'innovation chez Berger-Levrault.

La dimension "inclusive" de la smart city déborde largement le cadre simple de la disponibilité des technologies ou des moyens pour les mettre en place. Nous ne pourrons raisonnablement progresser dans l’atteinte d’objectifs ambitieux qu’au prix d’efforts. Tout d’abord, des efforts relatifs à l’acceptation des technologies dont nous devons améliorer la compréhension pour établir un statut de confiance avec les usagers des services de la ville dans une démarche d’instruction des individus pour qu’ils se sentent moins vulnérables face au numérique. Ensuite, des efforts sur la transformation des organisations opérationnelles des milieux urbains qui, jusqu’à présent, ont intégré le numérique comme un outil de support des activités courantes ; il faut repenser leurs modalités en silos et replacer l’usager au cœur des dispositifs en lieu et place de "l’objet" ville lui-même. Enfin, des efforts concernant la reconsidération du numérique dans son potentiel réel de créateur d’économies de fonctionnement, de réducteur des inégalités et de créateur d’attractivité ; il faut revaloriser la fonction numérique dans ce qu’elle a de potentiel en matière de création de valeur.
Il est curieux de constater que la racine étymologique du mot inclusion vient du latin inclusio qui signifiait enfermement. Il faut prendre garde à certaines expressions qui nous enferment dans une vision trop étroite et techniciste. Si les technologies du numérique ont un rôle inconstatable à jouer dans nos villes dès aujourd’hui, il ne faut pas sous-estimer le poids conjugué de l’histoire, des cycles de vies de la ville et de la place centrale qu’occupe l’humain dans l’évolution des univers urbains que nous connaissons. Au-delà des habituelles critiques faciles de la lenteur de nos institutions, se trouvent cachées des réalités extrêmement disparates qui constituent l’identité spécifique de chaque groupe urbain.

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