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[TRIBUNE] Autoconsommation collective : une réponse locale aux grands enjeux nationaux

Autoconsommation

Les zones d’activité des intercommunalités disposent de dizaines d’hectares de toitures d’entrepôts et de bâtiments industriels, presque toutes sans installation solaire. La France comptait 33 gigawatts de solaire raccordé au 31 mars 2026 [1], quand la programmation pluriannuelle de l’énergie en vise 48 en 2030 [2].

 

Ces quinze gigawatts manquants se poseront sur des surfaces déjà bâties ou ne se poseront pas. Les collectivités sont devenues le fer de lance de la transition énergétique. L’autoconsommation collective leur ouvre une voie qu’elles ont tout intérêt à emprunter.


Tribune rédigée par Nicolas Mercier, Directeur général de Sunrock France

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Nicolas Mercier, Directeur général de Sunrock France. Crédit photo : Sunrock France. Image de homepage générée par IA.

L’autoconsommation collective permet à un producteur de partager sa production avec des consommateurs situés à quelques kilomètres, réunis au sein d’une même personne morale [3]. Sur une zone d’activité, l’entreprise propriétaire de la toiture d’entrepôt ou de bâtiment industriel produit, la commune et les entreprises voisines consomment. La collectivité n’a donc pas à équiper ses propres bâtiments : l’électricité vient des grandes toitures privées de la zone d’activité. Chacun garde son fournisseur pour le reste et le prix de l’électricité partagée est fixé par contrat.


Sur ce terrain, leur avance est nette. Enedis recensait 1 945 opérations en service au 31 mars 2026, dont 320 au premier trimestre, et les collectivités en portaient 43 % [4].
Une installation produit pendant une trentaine d’années, sur des surfaces sans autre usage et sans mobiliser de terres agricoles. Le prix convenu au départ échappe aux mouvements du marché de gros pendant toute cette durée, une visibilité qu’aucun contrat de fourniture n’offre.


La filière solaire est créatrice d’emplois pérennes

Ces installations font également vivre une filière qui travaille sur place. Les énergies renouvelables représentaient 248 785 emplois directs en France en 2024, dont 44 392 pour le solaire, selon le Syndicat des énergies renouvelables [5]. Près de 40 % de ces emplois directs et indirects ne sont pas délocalisables [6], la pose et la maintenance se faisant sur le bâtiment.


L’électricité emprunte le même circuit court. Produite sur un entrepôt ou une usine, elle alimente l’école voisine, sans combustible importé ni passage par les marchés. Une collectivité qui s’engage agit sur sa facture d’énergie et sur son tissu économique, tout en avançant sur ses objectifs climatiques. Peu de décisions locales réussissent à faire les trois à la fois.


Des appels d’offres qui se font attendre

Malgré ces atouts, les pouvoirs publics hésitent, et leur hésitation casse la dynamique. La programmation pluriannuelle prévoit chaque année trois périodes d’appel d’offres de 300 mégawatts pour le photovoltaïque sur bâtiment de plus de 500 kilowatts-crête [7], soit neuf cents mégawatts. Le calendrier gouvernemental du 2 avril 2026 n’en retient aucune et renvoie ces projets vers un appel d’offres ouvert à toutes les technologies [8]. Le classement s’y fait au prix, or une toiture produit entre 76 et 91 euros le mégawattheure, contre 70 au sol et 59 pour l’éolien terrestre selon l’ADEME [9]. Elle n’a donc guère de chance d’être retenue.


L’élection présidentielle de 2027 rouvrira ces arbitrages. Les équipes qui préparent les programmes énergétiques trouveront dans les territoires des opérations en service assorties de résultats concrets.


Trois décisions à portée de délibération

C’est pour cela que l’échelon local compte. Une opération d’autoconsommation collective engagée cette année produira ses premiers kilowattheures avant l’échéance, et une réalisation pèse davantage qu’une intention. Aucune ne suppose d’investissement public :


• Recenser les toitures disponibles. L’intercommunalité identifie les plus vastes toitures d’entrepôts et de sites industriels de son territoire et les consommateurs situés dans un rayon de 2 kilomètres, porté sur dérogation à 10 kilomètres en zone périurbaine et 20 en zone rurale, jusqu’à 5 mégawatts [10].
• Se porter consommateur. En s’engageant sur des volumes réguliers, une collectivité rend le projet finançable et sécurise son prix d’achat.
• Associer les entreprises du territoire. Rassembler propriétaires de bâtiments et consommateurs potentiels donne au montage sa taille.


Tout est réuni pour avancer vite. Les toitures sont construites, le cadre juridique existe depuis 2025 et des centaines de collectivités ont déjà franchi le pas. Il reste à lancer, dans chaque zone d’activité, les opérations d’autoconsommation collective qui réuniront élus et entreprises autour du même intérêt. C’est sans doute la transition la plus simple à engager pour un territoire.


Sources :
[1] Service des données et études statistiques (SDES), Tableau de bord : solaire photovoltaïque, premier trimestre 2026 : https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/publicationweb/823
[2] Décret n° 2026-76 du 12 février 2026 relatif à la programmation pluriannuelle de l’énergie, objectif de puissance solaire installée en 2030, JO du 13 février 2026 : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000053464980
[3] Code de l’énergie, article L.315-2, Légifrance : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/id/LEGISCTA000032939883
[4] Enedis, données d’autoconsommation collective au 31 mars 2026, Observatoire de la transition écologique : https://observatoire.enedis.fr/autoconsommation
[5] Syndicat des énergies renouvelables, étude Utopies et Colombus Consulting, Les emplois des filières renouvelables dans les territoires en 2024, avril 2026 : https://www.syndicat-energies-renouvelables.fr/energies-renouvelables-impacts-socio-economiques-et-emplois-dans-les-territoires/
[6] Syndicat des énergies renouvelables, étude Utopies et Colombus Consulting, Les emplois des filières renouvelables dans les territoires en 2024, part des emplois non délocalisables, avril 2026 : https://www.syndicat-energies-renouvelables.fr/energies-renouvelables-impacts-socio-economiques-et-emplois-dans-les-territoires/
[7] Décret n° 2026-76 du 12 février 2026 relatif à la programmation pluriannuelle de l’énergie, périodes d’appel d’offres pour le photovoltaïque sur bâtiment, JO du 13 février 2026 : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000053464980
[8] Ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, Lancement d’appels d’offres sur les énergies renouvelables, 2 avril 2026 : https://www.economie.gouv.fr/actualites/lancement-dappels-doffres-sur-les-energies-renouvelables
[9] ADEME, Évolution des coûts des énergies renouvelables et de récupération en France entre 2012 et 2022, coûts actualisés de production du photovoltaïque en toiture, au sol et de l’éolien terrestre, étude 2024, synthèse ADEME Infos de mars 2025 : https://infos.ademe.fr/energies/2025/electricite-et-chaleur-renouvelables-quel-mode-de-production-est-le-moins-cher/
[10] Arrêté du 21 février 2025 modifiant l’arrêté du 21 novembre 2019 fixant le critère de proximité géographique de l’autoconsommation collective étendue, JO du 5 mars 2025 : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000051292744

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